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11:02 hélas ne pourra pas lui rendre hommage

Le Medef joue la « provoc »

Social. A la veille du discours de Valls et feignant la surprise, le syndicat patronals’épanche sur son plan honteusement chiffré en nombre d’emplois.

Supprimer deux jours fériés, assouplir les règles sur la durée légale du travail ou le salaire minimum... des propositions du patronat visant à créer un million d’emplois, révélées hier par Les Echos, ne sont pas encore officielles mais apparaissent déjà comme une « provocation » aux yeux des syndicats de salariés.

Le Medef avait fixé à mercredi le lancement officiel du projet « un million d’emplois, c’est possible », dont le patron des patrons Pierre Gattaz parle depuis plusieurs mois affichant son ambition avec un pin’s, avant de le reporter hier à une date non définie. Mais au lendemain du vote de confiance à Manuel Valls aujourd’hui et à la veille de la conférence de presse de François Hollande jeudi, la date n’a plus paru opportune « compte tenu de l’actualité politique », a annoncé le Medef qui « souhaite en effet soumettre au débat des propositions de nature économique et sociale et n’entend pas s’insérer dans une séquence politique ». Selon Les Echos, qui ont eu accès à un document présenté comme celui qui devait être publié demain, la principale organisation patronale propose de supprimer deux jours fériés par an (sur 11 actuellement) pour gagner un point de croissance et créer 100.000 emplois. « Chaque mesure, qu’elle soit d’ordre social, fiscal et parfois très sectorielle, est quantifiée en termes de créations d’emplois attendues », précise le quotidien économique. Le Medef espère aussi de 50.000 à 100.000 emplois sur cinq ans en dérogeant au Smic pour certaines catégories de demandeurs d’emploi, et sur trois ans en remontant les seuils sociaux.

Sur le fond et la forme

Autoriser les commerces à ouvrir le soir et le dimanche permettrait par ailleurs d’engendrer à terme entre 50.000 et 200.000 emplois nouveaux dans le tourisme, et entre 40.000 et 100.000 dans le commerce et la distribution, estime l’organisation patronale. Ces propositions « apparaîtront certainement agressives ou caricaturales à certains », reconnaît le Medef en conclusion de son document, cité par le quotidien.

Ces propositions n’ont pas manqué en effet de provoquer un tollé du côté des syndicats de salariés. Le N°1 de la CFDT Laurent Berger y voit une « provocation à double titre ». « D’abord sur le contenu (...) pour la CFDT il est hors de question d’aller sur ces terrains- là ». Mais aussi sur la forme : « On n’élève pas le débat public en balançant dans la presse des propositions qu’on n’a discutées nulle part ailleurs », a-t-il jugé. Quand pour Jean-Claude Mailly (FO), le Medef est dans l’outrance, la CFTC y voit également de la « provocation gratuite » face à laquelle elle a décidé d’annuler sa participation à une rencontre bilatérale avec le même Medef la semaine prochaine sur le dialogue social.

« Archaïsme grandissant »

Enfin, le numéro un de la CGT, Thierry Lepaon, s’est dit de son côté « stupéfait du culot » du Medef. « D’abord sur la forme », a lui aussi affirmé le secrétaire général de la CGT, en rappelant que lors d’une réunion la semaine dernière avec les syndicats pour fixer l’agenda social « aucun des sujets que le Medef avance aujourd’hui n’a été mis sur la table ». Selon M. Lepaon, le Medef a ainsi « orchestré sa communication » avant le discours de Manuel Valls devant le Parlement et avance des propositions qui vont « constituer son cheval de bataille d’ici la fin de l’année ». « J’attends du Premier ministre qu’il tire les choses au clair et ramène enfin le patronat à la raison », lors de son discours aujourd’hui devant le Parlement, a affirmé M. Lepaon. Les propositions du Medef sont « ringardes » et d’un « archaïsme grandissant » poursuivra-t-il. Le CDI de projet réclamé par l’organisation patronale, « c’est la mort du travail à durée indéterminée » et le travail du dimanche « n’a jamais créé d’emploi », a souligné M. Lepaon. Par ailleurs, « après avoir critiqué les emplois aidés dans le secteur public », le Medef demande aujourd’hui « des emplois aidés dans le privé, quels que soient les résultats de l’entreprise », a-t-il relevé.

Mais les propositions ne réjouissent pas non plus les autres organisations patronales. Pour l’UPA, ces propositions ne paraissent pas « sérieuses ». Et son président Jean-Pierre Crouzet a réitéré dans une déclaration son opposition à « ouvrir grandes les vannes du travail dominical et généraliser l’ouverture des grandes surfaces le dimanche », qui au contraire détruirait plus d’emplois dans les commerces de proximité qu’il n’en créerait dans les grandes surfaces. Quant au président de la CGPME, Jean-François Roubaud, il ne critique pas tant les mesures souhaitées par le Medef que le chiffrage en termes d’emplois. Pour « créer un million d’emplois, il faudrait modifier toute la législation française et ça c’est impossible en quelques semaines ou en quelques mois », estime M. Roubaud. Il faut déjà préserver les emplois d’aujourd’hui juge-t-il.


Hollande fait de l’investissement la « clé même de l’avenir »

François Hollande a appelé hier à relancer l’investissement, « clé » de l’avenir de la France, esquissant une série de pistes pour le financement des entreprises en fonds propres et prêts et le rétablissement de leur trésorerie.

Quelque 250 personnes ont été conviées pour témoigner de leurs besoins de financement tant sous forme de crédits que de fonds propres, évaluer les nouveaux instruments introduits ces dernières années et ouvrir de nouveaux chantiers, au cours d’Assises de l’investissement et du financement. « La clé de tout c’est l’investissement, c’est la clé même de l’avenir de notre pays », a déclaré M. Hollande en clôturant ces rencontres. « L’enjeu de ces assises est de permettre que tous les financements qui peuvent exister dans notre pays puissent être mobilisés », a ajouté M. Hollande.

Il a évoqué le projet de la banque publique d’investissement Bpifrance d’expérimenter la titrisation de crédits accordés à des PME et des entreprises de taille intermédiaire (ETI), afin d’inciter les banques à leur prêter davantage. Évoquant le « problème de trésorerie » des TPE, Jean-François Roubaud, président de la CGPME venait de déplorer que « beaucoup de TPE meurent en bonne santé parce qu’il leur manque 15.000, 20.000 euros de trésorerie ». Il a réitéré son appel répété au respect des délais de paiement des sous-traitants.

Réflexion sur la fiscalité

Une campagne de contrôle des grands donneurs d’ordre sera menée par le gouvernement d’ici la fin de l’année, après la publication d’ici fin octobre des décrets d’application de la loi Hamon qui renforce les sanctions, a indiqué le président de la République. « Si on veut que l’épargne aille vers le financement long il faut qu’il soit davantage encouragé », a déclaré M. Hollande en appelant à « une réflexion sur la fiscalité ». « La fiscalité de l’épargne est un peu à l’envers, (elle) a tendance à privilégier l’épargne liquide sans risque, plutôt que l’épargne à risque ou de long terme », a résumé Gérard Mestrallet, président d’Europlace et PDG de GDF Suez. Mais, « la façon la plus simple et la moins coûteuse d’investir » est pour les entreprises de « disposer des marges nécessaires, c’est-à-dire de leur propre épargne », a estimé M. Hollande. Et « faire en sorte que les entreprises aient davantage de marges ce n’est pas leur faire un quelconque cadeau mais leur permettre de s’autofinancer », a-til conclu.

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