La voie de Rocamadour veut renforcer l'accueil des pèlerins

Chemin de Compostelle

Bien plus qu’une destination, Saint-Jacques-de-Compostelle est  un cheminement. Certains seront tentés par l’aventure en mode GPS favorisant l’ «autoroute» du chemin du Puy par exemple et ses quelques 35.000 pèlerins à l’année. D’autres préféreront les itinéraires bis. C’est justement un de ces itinéraires que l’association Un chemin de Saint-Jacques - la Voie de Rocamadour a ré-ouvert il y a trois ans. Un chemin de traverse qui relie le Chemin de Vézelay et celui du Puy au départ de Bénévent l’Abbaye en Creuse jusqu' à la Cité sacrée lotoise via Eymoutiers, Treignac, Corrèze, Tulle, Aubazine, Collonges et Martel. Un  chemin de Saint-Jacques en Limousin et Haut-Quercy d’environ 300 km, rythmé par des étapes courtes qui représente entre dix et douze jours de randonnée.

Une clientèle atypique à double détente

Aujourd’hui, l’association et l’Agence de Développement et de Réservation Touristique (ADRT) de la Corrèze désirent en faire un véritable outil de développement touristique. «Trois ans après avoir fait renaître ce chemin, on s’aperçoit que le pèlerin est une clientèle  nouvelle pour les hébergeurs qui ne savent pas forcement l’appréhender» indique François Ceyrac, président de l’association.

Et pour aider ces hôtes à bien recevoir cette clientèle atypique, l’association et l’ADRT ont édité un petit guide recensant les demandes et les besoins de ces randonneurs au long cours. «Il faut savoir qu’un pèlerin arrive vers 15 ou 16 heures après avoir parcouru 20 à 30 km avec pas moins d’une dizaine de kilos sur le dos. Parti depuis plusieurs jours, semaines ou mois, son objectif est alors de laver son linge et le faire sécher avant de repartir. Ce sont des touristes pas comme les autres» insiste François Ceyrac.

Mais l’accueil de pèlerins n’en reste pas moins une marque qui peut se révéler payante. «Je crois beaucoup en cet itinéraire. L'appellation Saint-Jacques est connue dans le monde entier. On se doit de surfer dessus en s’appuyant sur les initiatives locales. Le produit touristique existe. Il ne reste plus qu’à l’accompagner» précise le directeur de l’ADRT de la Corrèze, Nicolas Mignard.

Entre mai et septembre, un peu moins de 1.500 personnes ont emprunté la Voie de Rocamadour selon une borne d'éco-comptage installée sur la commune de Lanteuil. Si des randonneurs du dimanche ont pu se glisser dans ses résultats, il n’en reste pas moins que cette clientèle représente un potentiel intéressant du point de vue économique. «En moyenne un pèlerin dépense 32 euros par jour. Un seuil légèrement en-dessous de la moyenne du touriste classique mais les retours économiques existent. D’autant plus que cette clientèle est à double détente. Inscrit dans un voyage long donc coûteux, le pèlerin ne dépensera pas beaucoup plus que ce qu’il s’est fixé. Cependant, c’est une clientèle qui revient en famille ou entre amis sur des lieux qui l’ont marqué. D’où tout l’intérêt de développer ce type d’accueil» explique François Ceyrac.

Ne pas perdre son âme

Toujours est-il que l’ambition de l’association est de compter un millier de pèlerins supplémentaires sur la Voie de Rocamadour d’ici deux ou trois ans.

Un objectif «accessible» selon l’association qui ne souhaite pas  devenir le Disneyland des chemins de Saint-Jacques. «Aujourd’hui nous avons environ 150 partenaires inscrits dans cette dynamique d’accueil des pèlerins, qu’il s’agisse d’hébergeurs, de mairies ou d’offices de tourisme. Vingt-cinq nous ont rejoint depuis la signature de la convention avec l’ADRT en mai dernier. Mais avant tout, nous avons de très bons retours de la part des randonneurs qui sont très satisfaits des chemins, de l’ambiance. C’est ce caractère authentique qui nous différencie des «autoroutes» à pèlerins sur lesquelles ils ont parfois le sentiment d’être des porte-monnaie ambulants. Il y a donc un équilibre à trouver entre le développement et la préservation de ce cadre. Mais nous n’en sommes pas encore à nous poser des limites» précise le président.

Surfant sur les réseaux sociaux et le bouche à oreille pour développer ce «produit», l’association rencontre cependant quelques difficultés pour recruter des adhérents à Tulle, alors même que cette bretelle fût créée par son évêque au XIIe siècle. Un paradoxe auquel  la structure bénévole espère mettre un terme le plus rapidement possible. La Voie de Rocamadour semble être en bonne voie pour faire son petit bonhomme de chemin.

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