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"La non-violence nous apprend à être debout"

Interview

Jean François Bernardini, leader du groupe corse i Muvrini a animé ce jeudi à Allassac deux conférences, une publique et une auprès de collégiens sur le thème de la non-violence.

Comment en vient-on à créer la Fondation Afc-UMANI ?
C’est le citoyen. Je suis un artiste qui porte des mots, des inquiétudes de citoyen et qui se passionne pour les solutions. Qu’est-ce que je peux faire ici et maintenant. Il n’y a pas de plus grande insolence que de construire des petites réponses, des prototypes, faire des petits pas dans un monde qui nous dit, ça ne sert à rien. Je crois que ça, c’est la première insolence. Là vous commencez à rassembler des gens qui sont tous différents et qui se disent éthiquement on peut travailler ensemble parce que ce qui nous intéresse c’est le bien commun. En ce sens là, c’est noblement politique. On a commencé en 2002. On a aujourd’hui 5 programmes d’actions dont un en 2011 qui s’appelle «Devenons artisans de la Non-Violence». Je rappelle que Umani est une petite ONG européenne qui vit sans fonds publics, portée par des bénévoles avec un seul salarié. Elle est aujourd’hui totalement enthousiaste de voir ce programme trouver des échos qui étaient insoupçonnables quand on l’a lancé en 2011.

La violence est quelque chose pour vous d’intolérable, une gangrène au niveau des pays, des sociétés et des individus ?
Le monde nous questionne profondément parce que nous respirons tous les jours une violence qui est banalisée, sacralisée, prestigieuse au sens de faire illusion. C’est une véritable impasse, une imposture qui ne règle aucun des problèmes ni dans les salles à manger, ni dans les écoles, ni en Syrie ou ailleurs. La non-violence n'est pas une marche contre la violence. La violence est une énergie. Elle peut exprimer quelque chose de digne, de défendable. Quand vous voyez une injustice, il est normal que vous soyez en colère. A la limite, vous ne pouvez pas blâmer celui qui a eu l’audace, l’impudence de renverser la table. La non-violence vient lui dire : ta colère, ton indignation c’est super. Sur les moyens on peut discuter car tu rentres dans un engrenage qui sera inefficace, dans lequel tu risques de t’abîmer et d’abîmer ton prochain. La non-violence vient nous proposer une autre boussole. Elle ne nous apprend pas à être sage, elle nous apprend à être debout avec des moyens nobles pour défendre des causes nobles, pour ne pas donner à l’injustice et au mensonge tous les arguments dont ils ont besoin pour vous rendre inefficace.

Justement quelle méthodologie employez-vous dans ce but ?
La non-violence, elle a plusieurs registres. La raison pour laquelle j’étais avec des collégiens (200 élèves de 3e et 4e du collège d’Allassac NDLR), c’est pour leur parler de non-violence éducative. C’est-à-dire donner les repères, les fondements à travers des histoires. Je leur explique que la violence est un piège, comment nous fonctionnons, la connaissance de soi, le cerveau reptilien, des colères qui peuvent t’aveugler, mettre en route ta mafia intérieure. Je leur dis : tu as droit à toutes les émotions, à toutes les colères mais tu n’as pas droit à tous les comportements. Si tu veux être efficace pour renverser ce qui t’indigne, t’insurge, la non-violence elle peut t’aider à être meilleur dans tes relations humaines, dans le conflit qui fait partie de la vie. La non-violence est là pour réhabiliter le conflit mais le conflit ne nous condamne pas à faire la guerre. Dans le conflit, il peut y avoir une chance de progrès, de mieux vivre ensemble. ça passe au niveau des individus mais cela passe aussi au niveau des Etats. Il y a la non-violence-éducative et ce qui peut inspirer une non-violence active plus politique. Elle peut renverser des dictatures, des systèmes injustes, la chute du mur de Berlin par exemple, Gandhi, Martin Luther King, les fous du Larzac en France et d’autres luttes comme en ex-Yougoslavie, les militants de Greenpeace formés à la non-violence... Ce sont autant d’exemples qui montrent comment avec une méthode, des règles, une stratégie, on peut être plus efficace face à l’injustice et au mensonge et équiper les petits chercheurs de justice que nous sommes. Encore faut-il que nous le soyons, que nous ayons une capacité à s’indigner. Celui qui ne s’indigne de rien, il a besoin ni de violence, ni de non-violence, il est spectateur. Cette boussole de la non-violence, elle veut nous sortir de ce rôle de spectateur et nous dire indignons-nous, insurgeons-nous de la bonne manière.

Il y a une urgence dans l’action aujourd’hui ?
La non-violence éducative, c’est une urgence. Je le constate tous les jours après avoir fait 360 conférences -en bénévole je le précise- dans des lycées, des collèges de France. Je me rends compte de cette urgence : c’est équipement de vie ou équipement de mort. Aujourd’hui très souvent, on vous équipe pour la mort, pour être dans un monde de crocodiles, de reptiliens. œil pour œil, on va tous finir aveugle et ça commence dans les cours de récréation. Equiper, désamorcer, montrer qu’il y a d’autre voies possible. Ensuite, c’est construire le citoyen de demain pas de régler des problèmes de discipline. Il s’agit de prendre conscience de notre humanité et de dire dans mon humanité, je peux me construire et affronter de manière plus efficace l’injustice et le mensonge. La non-violence, ce n’est pas renoncer à lutter, c’est lutter cent fois mieux.

En lien avec le rectorat de Corse, votre ONG a formé des personnels à cette culture de non-violence. Comment s’est passée votre relation avec l’institution ?
Au départ, reconnaissons qu’un Corse qui parle de non-violence, c’est un peu inattendu ! Je crois que plus vous êtes dans le vécu de la violence subie et la violence que vous commettez et plus vous avez soif du vaccin. Quand vous découvrez le vaccin, vous essayez progressivement de convaincre le plus grand nombre. Le recteur de Corse a été le premier en France à demander aux équipes pédagogiques d’ouvrir leurs portes à ces formations. ça n’a pas été un miracle mais symboliquement c’est très important. Aujourd’hui, c’est le recteur de Marseille en audience qui me dit qu’il faut absolument qu’on forme les CPE.
Notre action prend de l’ampleur. Les conférences ont touché près de 30.000 personnes qui ont consacré au moins deux heures de leur vie au minimum soit à une initiation, une sensibilisation, soit une formation qui peut concerner tout le monde. Par différents protocoles, nous répondons à des besoins opérationnels pour l’enseignant, pour les jeunes qui seront de futurs médiateurs. Il faut dire comment dans cette société, on peut apprendre, on peut se décontaminer de ce virus qui nous laisse croire que si tu veux être respecté, il faut te battre. C’est ni peste, ni choléra, ni s’écraser, ni devenir violent.

L’école est-elle un terrain, un terreau de violences ?
L’école est un lieu qui nous montre  les réalités auxquelles nous sommes confrontés. Il y a une maltraitance, une souffrance, l’être humain n’est pas fait pour supporter des taux de stress. Dès que vous apportez aux élèves une meilleure connaissance d’eux mêmes, une écoute, déjà vous commencez cette résilience dont on a tellement besoin. Cette violence est tellement banalisée qu’ils vivent dans un contexte de chacals et de crocodiles. Ce que Marshall B. Rosenberg appelle la communication et les comportements chacals, agressifs, exigeant le jugement, le mépris. Ils sont démunis, ils ne savent pas trop ce qu’il leur arrive. Dès que quelqu’un te reconnecte avec ta vraie nature qui est empathique, coopérative, altruiste, compassionnelle alors là ! Moi je dis je suis un petit électricien qui vient vous rebrancher avec notre vraie nature. La violence est un marché. Ton ami n’est pas une arme...

Propos recueillis par Serge Hulpusch

Des infos sur  www.afcumani.org

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