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Devant le fait accompli

Auto-école

Un coup de massue. C’est le sentiment ressenti par la plupart des clients de l’auto-école aubussonnaise CFG2R en apprenant qu’elle était fermée. Pourtant, ils n’ont rien su de la part du dirigeant. Sur la porte, et c’est toujours le cas, une affichette «fermée pour raisons de santé. Merci de votre compréhension». Les clients l’avaient vue un samedi, puis deux, puis la semaine. Certains, inquiets, ont appelé la préfecture de la Creuse pour en savoir davantage. Ils ont donc appris la nouvelle : la société est en liquidation judiciaire depuis le 2 octobre dernier. Depuis les premiers clients avertis tentent d’alerter les autres car de nombreuses questions se posent  : comment  faire  pour passer son code ? Son permis?  Est-ce que je serai  remboursé? Un parcours du combattant qui concerne des dizaines et des dizaines de personnes. La sous-préfecture a récupéré 166 dossiers.
Des situations diverses
Delphine était contente d’avoir retrouvé une auto-école pour sa fille après la fermeture de la première où elle avait passé avec réussite son code. Elle a déboursée 264 euros de sa poche et sa banque a versé 1.000 euros pour le permis à 1 euro. Rapidement, Delphine se fâche pour avoir des heures de conduite... Alors qu’elle attendait la 2e évaluation, elle parle avec Bernadette qui a inscrit son fils en juillet 2017 et cette dernière lui apprend que les portes sont régulièrement closes depuis septembre. Bernadette a bien tenté d’appeler l’agence, d’y aller... Sans réponse. «S’il nous avait avertis...»,  confesse cette maman qui habite à 44 km aller-retour d’Aubusson. Elle a payé et son fils n’a ni le code, ni des leçons de conduite. «Ce n’est pas honnête, la situation il la connaissait, avoue Bernadette. La liquidation c’est un dernier recours, pourquoi avoir pris des dossiers en juillet, en août, c’était bien pour une question d’argent. C’est un sacré malhonnête». «Pourquoi ils ne nous ont pas dit on est en liquidation ?, ajoute Sandrine, maman de Maxime qui aurait dû passer le permis quelques jours avant la liquidation, un passage annulé au dernier moment alors que l’auto-école lui a fait prendre une heure de conduite trois jours avant. La liquidation, ça peut arriver, ça aurait été plus honnête de le dire et de lui donner son dossier pour qu’il aille ailleurs. Ce n’est pas sympa pour les gamins».
Même colère chez Karine qui a inscrit son fils Charles en mai 2017. Le dirigeant lui a proposé une remise avec un paiement comptant.. Elle a accepté mais aujourd’hui elle se retrouve dans une situation compliquée avec presque 1.500 euros de sortis qu’elle ne reverra peut-être jamais et son fils n’a fait que trois séances de code.
Mathilde a également été touchée. Super contente de l’auto-école après avoir obtenu son permis, elle s’inscrit il y a environ un an et demi pour passer le permis moto 125. Elle obtient une date qui finalement sera annulée la veille avec comme explication «il n’y a personne pour le faire passer» puis après elle n’a eu aucune nouvelle. Elle a appelé, est passée à l’agence mais on lui a indiqué que ce n’était pas possible. A force d’attendre, elle a demandé à passer le gros cube... Sans plus de succès et un ami l’a alertée, Mathilde a pris les devants en envoyant deux lettres en recommandé - qui lui sont revenues - pour se faire rembourser. Aujourd’hui Mathilde est dégoûtée, écœurée, elle n’a pas passé son permis moto,  avec cette procédure, elle ne pourra pas avancer l’argent deux fois et ça va faire bientôt cinq ans  qu'elle a eu son code, elle devra le passer à nouveau pour son permis moto «ça va me coûter plus cher !»
Maxime, ancien employé de CFG2R licencié pour faute grave* en août 2016 n’a pas été surpris en apprenant la situation. «Depuis ma mise à pied conservatoire, je savais que cela allait arriver», note celui qui a connu une première liquidation judiciaire chez son premier employeur. Il évoque des soucis d'organisation, des problèmes de communication entre les secrétaires et pointe aussi du doigt son non remplacement alors qu’il était le seul moniteur moto de l’entreprise. «Pour moi, il connaissait la situation», avoue Maxime désolé pour ses clients et qui a quitté l’enseignement à la conduite dégoûté par l’attitude de ces deux anciens patrons.
Des démarches à entreprendre
Des questions se posent sur la tarification différente pour chacun mais aussi sur des contrats. Sur celui de Karine que nous avons pu nous procurer, la date de validité de l’assurance est au 30 septembre 2016 alors qu’elle a signé en mai 2017 et la garantie financière stipulée ne précise pas qu’elle ne s’adresse qu’aux personnes souscrivant aux permis à un euro... «L’auto-école aurait dû le faire, confie l’assurance de l’auto-école qui a mis en place un service sinistre. L’assurance indemnisera le capital restant dû des clients qui ont souscrit le permis à un euro», précise-t-elle. Pour les autres comme Karine, il faut se tourner vers le mandataire judiciaire et faire une déclaration de créances. Pour l’instant, le mandataire a reçu une cinquantaine de lettres. Il faut savoir que les clients ne sont pas les premiers créanciers. L’idée n’est pas de récupérer l’argent, ça sera difficile mais d’alerter sur des situations similaires et pourquoi pas créer un collectif.  «On ne mérite pas cette malhonnêteté», avoue Delphine qui a pu réinscrire sa fille rapidement dans une autre auto-école. D’ailleurs, elle avertit les autres parents, si les enfants ne sont pas réinscrits ailleurs, attention à ne pas les faire conduire. Encore faut-il que les deux auto-écoles qui restent à Aubusson puissent absorber ce flux...
Nous avons contacté le dirigeant  de CFG2R sans succès. Quant au numéro de l’agence, il n’est plus en service.
*Maxime a été licencié pour faute grave . On lui reprochait sa gestion des  heures de conduite et d’avoir pas remis les tickets de carburant au bureau. Certains l’ont accusé d’avoir détourné de l’argent, il a d’ailleurs porté plainte contre deux anciens collègues. Une procédure prud’homale est en cours.