La croix (blanche) et la bannière

Santé

Ventre affamé aura-t-il l’oreille de l’agence régionale de santé ? C’est ce qu’aime à croire le conseiller municipal d’Aubusson Mathieu Charvillat qui a entamé depuis une semaine une grève de la faim pour rétablir le dialogue avec l’administration et l’alerter sur le vide médical qu’elle tend à accentuer sur Aubusson et sur le sud-creusois.
Le tour d’horizon sur Aubusson est rapide : trois généralistes surchargés dont deux s’approchent des 70 ans... sans successeur en vue. « Le plan santé +23 proposé par l’ARS est complètement décalé... On ne peut faire de médecine si on n’a pas de médecin ou de personnel paramédical », souligne Olivier Sébenne, médecin, et maire de Saint-Médard-la-Rochette. « On aimerait plutôt qu’on nous aide à trouver des successeurs, que l’ARS paye des chercheurs de têtes, c’est simple... »
Ce que l’ARS propose, en revanche, c’est une nouvelle mouture du projet de restructuration de l’hôpital et de l’EHPAD Saint-Jean. Tous deux ne seraient plus réunis avec et sur le site du Mont comme précédemment évoqué : la maison de retraite serait restructurée sur site -un établissement sur 4 niveaux mais avec une quinzaine de lits en moins- et les services de la croix-blanche rapatriés sur le site du Mont -la chirurgie programmée ophtalmo et digestive se perdra en chemin-.
« À maintenir plusieurs sites, on fragilise les structures et on se retrouve avec des dépenses dont on pourrait faire l’économie. Et il ne faut pas oublier que si la maison de retraite est reconstruite sur place, elle l’est pour des décennies. », dénonce le maire d’Aubusson Michel Moine qui se désespère de voir la chirurgie ambulatoire du schéma régional de santé 2018-2023, les conditions de travail des agents se dégrader et les praticiens disparaître...
Et qui se désespère de l’impossibilité d’avoir un dialogue avec l’ARS : un rendez-vous demandé en juillet et honoré en novembre avec comme seule proposition du directeur le financement d’un bus pour emmener les gens se faire opérer à Limoges... Saisir le ministre de la santé ? Sans résultat... pas même de réponse. D’où la décision de Mathieu Charvillat. « Devoir en arriver là pour se faire entendre ? Dans une démocratie ? », s’étrangle Michel Moine.
« Il y avait besoin de faire entendre un cri de désespoir de la part d’une population qui se sent méprisée par une administration qui, basée à Bordeaux, saurait mieux quoi faire sur le territoire », insiste Mathieu Charvillat qui précise toutefois que l’ARS ne doit pas être considérée comme un adversaire mais comme un partenaire. « L’idée de rétablir le dialogue et d’obtenir une forme de sanctuarisation de l’état actuel. Il faut non seulement adapter une offre de soins qui soit pertinente pour les patients (les 35 à 40.000 habitants du bassin) et aussi ne pas hypothéquer l’avenir. » Mention particulière au plan tout aussi particulier pour la Creuse dans le cadre duquel Philippe Ramon, le directeur de projet, mise sur la reconquête démographique via les jeunes retraités : difficile de poser un territoire comme attractif sans structure de santé... « On ne demande pas la charité, on demande à l’ARS de permettre à la population de s’accomplir, de pouvoir entreprendre. »
Un courrier doit être expédié ce matin à tous les élus de l’arrondissement leur demandant de présenter en conseil municipal une motion de défense des activités du centre hospitalier. Les élus aubussonnais demandent également à avoir rapidement une réunion à Aubusson avec le directeur général de l’ARS et la préfète de la Creuse... « Et on aimerait bien voir le député, aussi. Ça fait trois fois que je lui ai demandé, je n’ai jamais eu de réponse », indique Michel Moine.

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