De la Syrie à la paisible Corrèze

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Le village d’Ayen abrite deux familles de réfugiés originaires de Syrie. À leur arrivée en France, Zozan et Jooma Haj Mohamad et leurs trois enfants ne savaient pas un mot de la langue de Molière. Un an plus tard, ils sont ayennois ou presque ! L’histoire d’une intégration idéale dans un village à  haute teneur solidaire.

Aujourd’hui, Jooma travaille comme maçon à Saint-Robert, Zozan au village de vacances d’Ayen, leur fille Manar ambitionne de devenir aide-soignante. Avec sa sœur et son frère, ils sont scolarisés dans les collèges d’Objat et de Brive.
Les cinq membres de la famille s’expriment maintenant en français. Récemment, Zozan a validé le niveau linguistique A1 avec la note de 97/100. Elle affiche un sourire éclatant et envisage de poursuivre les cours pour obtenir le niveau A2.

Nouveau chemin de vie

Sa fille Manar, toute aussi brillante, attend de savoir si elle pourra intégrer la classe de Bac pro à la rentrée prochaine pour préparer son diplôme de  soin à la personne. En seulement 12 mois, la famille Haj Mohamad a su trouver son nouveau chemin de vie à Ayen. «C’est un parcours exemplaire  mais il faut dire qu’ici, il y a ici un effort de solidarité remarquable» constate Pierre Delmas, directeur départemental de la cohésion sociale et de la protection des populations. «Il faut toutefois savoir que les situations ne sont pas toujours aussi idéales» tempère-t-il. Les familles accueillies ont  parfois des difficultés à vivre en milieu rural, trop éloignées des centres administratifs pour accomplir les démarches de façon autonome. Zozan et Jooma Haj Mohamad étaient agriculteurs dans leur pays, la campagne ne les a donc pas rebutés.
Autour d’eux, s’est animée la solidarité de tout un groupe de personnes pour leur permettre de remplir leur contrat d’intégration républicaine (CIR)  dans lequel ils se sont engagés après avoir choisi la France comme terre d’accueil depuis la Turquie où ils ont vécus tous les cinq dans les camps réservés aux réfugiés.
«Dans notre village de 700 habitants, ils se sont tellement bien intégrés que certains ne savent même pas que deux familles vivent ici. La première  est venue en juillet 2018 et la seconde depuis janvier 2019. Je me souviens avec mes collègues Isabelle Froidefond et Jérôme Perdrix lorsqu’il a fallu se faire comprendre sans un mot de français ni d’anglais !» témoigne Hélène Lacroix, maire d’Ayen.  «C’est une expérience humaine  extraordinaire. Il y a 11 mois, ils ne savaient pas un mot de français et voilà qu’à la rentrée la jeune Manar intégrera une seconde pro ! Il faut préciser qu’il n’y a pas de petits ni de grands engagements. Chacun apporte ce qu’il peut pour aider ces familles. On donne autant que l’on reçoit» s’émeut Jérôme Perdrix conseiller municipal et, désormais, proche de Zozan et Jooma.
Au-delà des relations humaines quotidiennes, les personnes réfugiées s’impliquent dans leurs devoirs auprès des instances de l’État sans qui la vie en France serait impossible. C’est l’OFII, office français de l’immigration et de l’intégration, qui se charge de la gestion des procédures des  demandeurs d’asile.
Cette instance travaille en étroite collaboration avec le service solidarité et insertion sociale de la DDCSPP et  la préfecture.

Un cadre, des outils

Aux côtés des institutions, des associations accompagnent les familles de réfugiés dans leur intégration. En Corrèze, l’association Chemins  Singuliers a été mandatée par l’État pour guider les familles à travers les différents dispositifs institutionnels.  Elle a été un soutien pour Zozan et Jooma Haj Mohamad dans l’accession à un logement. «Nous accompagnons 12 familles soit 70 personnes sur tout le département» décrit Julie Deves, coordinatrice pour Chemins Singuliers. Le CIR prévoit différentes étapes dont celle de la maîtrise de la langue. Pour cela, un maximum de  600 heures de formations linguistiques peuvent être allouées aux personnes selon leur degré d’expression. En Corrèze, il existe 20 ateliers  sociolinguistiques. Une mallette pédagogique existe en ligne*. Un outil essentiel pour les bénévoles qui souhaitent s’impliquer dans l'apprentissage du français aux étrangers.  Autre mesure améliorée, «la formation civique, [elle] est passée de deux jours à quatre jours déployés sur un an» stipule Krystel Le Lay-Caroff, directrice territoriale de l’OFII de l’ex-Limousin. En Corrèze, 360 personnes réfugiées ont été accompagnées dans le  département depuis 2015. sur l’année 2018-2019, 115 réfugiés sont suivis par les services de l’État. On compte 232 demandeurs d’asiles.

Sabine Parisot

* atelier-canope-19.canoprof.fr.