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La sécurité laissée à quai ?

Cheminots

Depuis le 10 décembre, inutile pour les voyageurs de chercher un agent d’escale reconnaissable à sa casquette blanche sur les quais de gare.
Depuis cette date, la responsabilité de la sécurisation des départs des trains incombe donc aux contrôleurs ou aux conducteurs.
Un non-sens pour le syndicat des cheminots  CGT de Brive qui a demandé une expertise indépendante pour «démontrer l’irréalisme de ce projet». Sauf que la direction Limousin de la SNCF ne le voit pas de cet œil et a assigné les trois représentants des CHSCT (aiguilleurs, contrôleurs et  conducteurs) en justice.
La situation n’a pas manqué de faire réagir. Environ 150 personnes se sont réunies devant le tribunal de Brive, parmi lesquelles des cheminots, des élus, pour soutenir les prévenus et le bien fondé de cette expertise. «Nous estimons que cette mesure pose un problème en terme de sécurité des voyageurs et des agents. Le CHSCT demande une expertise pour rendre un avis. La direction la conteste. La décision du tribunal doit dire si le  recours à l'expertise est autorisé ou non» explique Hervé Pinaud, représentant de la CGT des cheminots de Brive. «Avec ce référé la direction est  clairement dans une stratégie de passage en force. Elle a sans doute peur des conclusions d’une expertise qui pourrait démonter qu’il y a  effectivement une atteinte à la sécurité. Ensuite il y a passage en force parce qu’elle n’a pas consulté les salariés pour mener son projet d’économie qui se fait dans le dos des salariés et des usagers» poursuit-il.
Car si la direction réfute le besoin d’une expertise sur la question, les cheminots sont unanimes : «les agents d’escale sont la boucle de sécurité  pour qu’un train puisse partir. Ce sont eux qui font le lien avec les aiguilleurs et les conducteurs de trains» explique un autre syndicaliste.
«Cela fait 22 ans que je suis conducteur de train. Pendant plus de 21 ans, c’était une règle de sécurité sacro-sainte à laquelle il était impossible de déroger. Et désormais on nous explique que cela est-inutile ?» s’étonne  Hervé Pinaud. Le but est uniquement économique. C’est de la suppression d’emploi au même titre que la suppression des agents de vente dans les guichets, les contrôleurs dans les trains. Il s’agit seulement de supprimer un maximum de personnel pour faire baisser les coûts au maximum».
Des incidents relevés
Si la mesure équivaut à la suppression de quinze postes, c’est avant tout sur la dégradation de la sécurité que les cheminots veulent mettre l’accent. Car depuis ce changement de procédure aux départs des trains des incidents seraient déjà survenus.
Descente d’un train en marche, confusion sur le signal de départ,  départ d’un train portes ouvertes auraient été observés depuis le 10 décembre. «Il y a eu tout un tas d’incidents, pour l’instant mineurs, mais qui auraient pu être plus graves, et dus à la suppression d’autorisation de départ» explique Hervé Pinaud.
Un changement de procédure d’autorisation de départs qui peut aussi avoir un impact sur les conditions de régularité et sur les correspondances. «Nous avons vu dernièrement un conducteur qui, de lui-même, a dû retarder son départ de 10 minutes suite à un retard d’un train de Paris, sinon les voyageurs seraient arrivés à Ussel deux heures plus tard. Cette «correspondance sauvage» se faisait officiellement mais aujourd’hui il n’y plus personne pour faire ce genre de tâches».
Car, s’agissant de sécurité ou de retard, cette nouvelle procédure de départ soulève également son lot d’interrogations quant à la responsabilités de chacun en cas d’ «incidents».
Hier, à l’issue de l’audience le tribunal a mis sa décision en délibéré. Celle-ci sera connue courant février. D’ici là, la même action se déroulera au  tribunal de Limoges mercredi prochain pour les mêmes raisons.

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