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Entre tradition et modernité

Agriculture

Le festival de l’élevage fêtait ce week-end son passage au quart de siècle. Un anniversaire arrosé de quelques gouttes de pluie, mais résolument optimiste malgré la grisaille. Oui, l’agriculture de demain existe. Et ils le prouvent.

Déjà 50 étés pour le Festival de l’Elevage de Brive, et une dizaine d’années sous la forme que nous  lui connaissons aujourd’hui.
En ce sens, l'événement apparaît comme une institution locale, manifestation  invariablement fixée au calendrier du pays gaillard. Une tradition, donc, qui repose sur quelques incontournables - concours de race limousine, marché couvert, ventes de bovins aux enchères - mais n’a de cesse d’évoluer pour se tourner vers l’avenir. C’est ainsi que l’édition 2018 s’est vue augmentée de visites guidées, d’un concours de chevaux de traits et d’une conférence animée par le collectif «Jeunes agriculteurs» (avec pour objet de débat «L’agriculture de demain»). Heureuse «coïncidence» que cette thématique qui appelle de nouveau à allier coutumes - quoi de plus ancestral que la culture des sols ? - et vision plus futuriste de notre société.
«Après-guerre, la France a développé une politique agricole de masse, notamment pour remédier aux famines», note Grégoire Demontbron, jeune cultivateur installé en GAEC avec ses parents. «Mais depuis une quinzaine d’années, on s’aperçoit que la surproduction a un impact négatif sur les sols». Le labour, autrefois érigé en invention géniale, pose en réalité de nombreux problèmes à long terme, à commencer par la déstructuration et l’appauvrissement des terrains, lesquels se transforment en coulées de boue ou en nuages de poussière au gré des caprices météorologiques. Disparition des vers de terre - on en compte, normalement, 2 à 4 tonnes par hectare -, pollution de l’eau, de l’air, recours systématiques aux produits phytosanitaires constituent d’autres pendants pervers du système.

L’agriculture écolo de demain

Faudrait-il faire machine arrière, revenir au temps où chacun cultivait son bout de jardin en autosuffisance ? Pour Grégoire et ses acolytes, la solution se trouve au juste milieu, dans ce qu’ils appellent «l’agriculture écologiquement intensive» (AEI). Grâce à la rotation des parcelles, à la couverture des sols en jachère, au semis de plantes fixatrices d’azote et à bien d’autres astuces, ils espèrent combiner respect de l’environnement et rendement des exploitations.
«C’est un domaine vraiment nouveau, auquel nous n’avons pas été formés. Nous sommes tous en train de tâtonner, de nous appuyer sur nos expériences et sur la technologie pour essayer de progresser». Une méthode empirique d’autant plus fastidieuse qu’il leur faut, malgré tout, tirer leur épingle pécuniaire du jeu.  «Le plus difficile, c’est de gérer la période de transition entre agriculture conventionnelle et agro-écologie » reconnaît Mathieu Serieys, lui-même en phase de basculement. «On estime qu’il faut 5 à 10 ans pour recréer une vie dans le sol. Ce n’est qu’à partir de ce stade que l’on peut réduire les coûts de production et devenir rentable».
En attendant, les comptent s’en ressentent, avec des aides financières quasiment inexistantes à l’échelle nationale. Il y a bien, ici ou là, quelques subventions locales pour soutenir l’achat de matériel spécifique, mais rien que de très ponctuel. «Nous n’avons pas non plus de label reconnu, donc pas de moyen pour valoriser nos produits, contrairement aux agriculteurs bio», déplore le jeune Mathieu qui pointe, comme autres freins au changement, la dépendance généralisée au glyphosate et la complexité des techniques agro-écologiques.
Autant de facteurs qui font de la Corrèze une retardataire en matière d’AEI. Avec ses 20.000 actifs répartis sur 5.000 exploitations, le département aurait pourtant une carte à jouer pour montrer l’exemple dans la France entière.


La Corrèze mise sur les agriculteurs connectés

Ce samedi 25 août marquait le lancement de l’opération «Agrinumérik19», un vaste déploiement des nouvelles technologies dans les exploitations agricoles du département. Elaboré et géré par notre Chambre d’agriculture, le dispositif repose sur trois mesures complémentaires. Un, équiper les agriculteurs en smartphones adaptés à leurs conditions de travail (dès octobre) ; deux, fournir un catalogue de logiciels professionnels (une application pour signaler une panne de courant dans les clôtures, un capteur détectant les signes d’un vélage imminent, des notifications en cas de surchauffe des balles de foin...) via le magasin numérique «AgriStore19» ; trois, déployer un plan de formation sur-mesure auprès des acteurs concernés (dès septembre). Avec, en toile de fond, les travaux engagés à hauteur de 154,7 millions d’euros pour que chacun dispose d’un accès au très haut débit d’ici à 2021. «Je ne crois pas que d’autres chambres d’agriculture aient monté un projet aussi abouti» a souligné Hervé Pillaud, membre du Conseil national du numérique, lors de son intervention de samedi matin. «La conversion des agriculteurs au numérique est primordiale, ne serait-ce que par souci économique. On estime à 1,4 milliards d’euros les bénéfices à réaliser en France». Pourtant, 28% des exploitants se tiennent encore à l’écart d’internet, voire plus sur le sol corrézien. Une
tendance à inverser ? Les volontaires peuvent se préinscrire sur 06.68.23.63.37.