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Paroles, paroles et paroles...

Grand débat national

Le grand débat national a eu lieu jeudi 7 février en soirée, à l’espace Chadourne à Brive. Une configuration de salle peu propice à l’exercice : 240 chaises massées frontalement devant le modérateur. L’assiduité des quelque 200 citoyens présents n’aura pas tenu ces 2h30 «démocratiques».

Au terme débat, le Petit Larousse illustré propose comme synonymes ceux de controverse, démêlé, dispute, palabre, polémique, querelle. Le débat organisé par la Ville de Brive relevait plus d’un cahier de doléances sonore que véritablement d’un débat supposant avis pluriels et interlocuteurs avertis. De cette assemblée, bel et bien hétérogène en catégories sociales, aurait pu naître un matériau fécond si les esprits avaient été sereins, entraînés à l’écoute et à la prise de parole. Le cadre était donné sous la forme de quatre thèmes : fiscalité, gouvernance de l'État, démocratie et services publics, transition écologique pour une parole publique sous contrôle, béquillée pour ne pas qu’elle s’égare ou tombe dans une sourde oreille car jugée inepte ou mal renseignée. Une prise de parole novice, teintée d’émotions vives, de colère, de tension tant le citoyen n’a que peu d’occasions de l’exercer, de l’entraîner. Soit qu’il se refuse à la prendre, soit qu’elle soit muselée, soit qu’il convient de rester muet et/ou narquois pour faire bonne figure à défaut d’opinions ou d’arguments.
Dans la salle nombre de personnalités politiques présentes : les députés Christophe Jerretie et Frédérique Meunier, le sénateur Claude Nougein, le maire Frédéric Soulier, des membres du conseil municipal,  des membres de partis politiques locaux et des citoyens avec ou sans gilets jaunes. Plus de 200 personnes qui finiront par quitter les lieux avant la clôture des «échanges». Afin de modérer les ardeurs, a été nommé Jean-Paul Pacchioni, ex-animateur sportif pour RFM. Un rôle tenu à la demande du maire de Brive. «Toutes les questions sont enregistrées et seront remontées au gouvernement» promet-il. Dans le hall, le décor est planté : post-it et tableaux à idées. Ils resteront vides ou quasiment, à 18h comme à 20h30. On fera toutefois état de 407 contributions issues des cahiers de doléances : 187 concerant le pouvoir d’achat, 262 la fiscalité, 106 la gouvernance de l’État, 21 la démocratie, 18 l’écologie.
Quand le débat débute, la tension est palpable.

Gilets jaunes en verve

Le porte-parole d’une délégation de Gilets Jaunes de Corrèze a d’emblée tiré le propos hors zone de confort en dénonçant : la
«violence gouvernementale», les «1900 blessés ou mutilés», les «7000 arrestations de Gilets Jaunes», rappelant également «qu’il y a quatre ans, vous étiez tous Charlie», prompts à la «défense de la libre expression».
Frédéric Soulier de temporiser  «Je ne répondrai pas pour l’État. La démocratie doit avoir la liberté de s’exprimer mais aussi de
travailler. La question centrale reste le pouvoir d’achat. C’est à ça qu’il faut consacrer plus de temps. Je ne peux que regretter la violence quelle qu’elle soit, d’où qu’elle vienne», obséquieux, il poursuit «Je tiens d’ailleurs à rendre hommage aux Gilets Jaunes. Les choses se sont bien passées. Vous avez su trouver le bon équilibre entre manifestation, expression et revendications».
Pris à parti à plusieurs reprises pour s’expliquer sur le vote de la loi «anti-casseurs», et notamment  l’article 2 qui renvoie au préfet le droit de prononcer une interdiction de manifester, le député Christophe Jerretie s’est saisi du micro malgré lui pour argumenter ce qu’il considère comme une contrevérité : «L’article 2 stipule que le préfet est sous contrôle du juge. Son objectif est d’encadrer les manifestations. Le cible, c’est les hooligans. Le juge est saisi en parallèle pour donner tord ou raison au préfet». «Faire une loi pour 150 personnes, c’est un problème» observera, après coup, André Pamboutzoglou, conseiller municipal. Devant le refus d’aller plus avant sur le sujet, une partie des Gilets Jaunes quittera la salle.
Certains resteront, debout à l’arrière ponctuant de huées ou d’approbations les propos entendus. Un autre s’emparera de la parole pour dire sa colère vis à vis des promesses de campagne présidentielle : «Macron est un menteur. Il avait dit qu’il ne toucherait pas aux retraites. Il supprime l’ISF soit 4,5Md d’euros et augmente la CSG pour récupérer 4,2Md d’euros !». Plus tard, un homme dira qu’il n’a rien contre cette suppression. Il recueillera les «houhous» des Gilets Jaunes cependant qu’une autre sera ovationnée par la salle pour sa requête d’ «abolition des privilèges de la classe politique». Un silence lourd de murmures se fera devant la négation du principe de fraternité de la devise républicaine : «suppression des aides sociales des étrangers qui arrivent sur le sol français pendant 5 ans». D’autres propositions émergeront  au fil des heures : le développement de la voiture à hydrogène, la reconnaissance du vote blanc, le vote obligatoire, le rétablissement de l’ISF pour financer des postes dans les hôpitaux et EHPAD, une TVA solidaire, un contrat spécifique aux associations, des heures à effectuer en entreprise pour les demandeurs d’emplois indemnisés, valorisation du FRET ferroviaire...
Mais tout ceci n’a-t-il déjà pas été défendu auparavant ?

Sabine Parisot

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