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Au plus près du drame

Littérature

Les éditions Par Ailleurs, basées à Thiviers, viennent de publier Les ensevelis de Georges de Peyrebrune. Le texte original qui date de 1887 est proposé dans sa version d’époque, suivi d’une présentation réalisée par Jean-Paul Socard, universitaire périgourdin qui replace le roman dans son contexte historique et social.

Le 25 octobre 1885 en début d’après-midi, les carrières de Chancelade s’effondraient, ensevelissant cinq ouvriers qui travaillaient en ce dimanche d’automne, un couple et sa petite fille qui passaient sur le chemin longeant le site au moment de l’éboulement, et des habitants du hameau situé sur la colline au dessus de l’exploitation souterraine.
Inscrite dans la mémoire collective des Périgourdins, cette catastrophe a aussi fait l’objet d’un roman écrit par Georges de Peyrebrune, femme de lettre originaire de Sainte-Orse, mariée à un Chanceladais mais vivant à Paris où elle faisait partie des auteurs et écrivains tenant salon. C’est ce roman, Les ensevelis, paru en 1887, que Jean-Paul Socard a choisi de faire découvrir aux lecteurs, en l’enrichissant d’une étude des personnages, de la société de l’époque, et en revenant sur le procès qui s’était tenu en 1888, soit un an après la parution du roman de Georges de Peyrebrune.
On se trouve donc face à un ouvrage complet, dont la première partie est le roman originel de l’auteure périgourdine, la seconde étant composée des études, explications et autres précisions dûes à Jean-Paul Socart. Le tout forme un bijou d’étude sociale, sociologique, historique. La trame du roman ne prend jamais de liberté avec la réalité des faits. L’écriture de Georges de Peyrebrune est très précise, et ses mots font apparaître sous nos yeux la vie en cette fin de 19e siècle, où les mutations industrielles s’accompagnent de mutations sociales. « Elle possédait une maison à Chancelade, et a été très frappée par le drame » note Jean-Paul Socard. « Sa première intention était d’en faire une pièce de théâtre, ce qui était dans l’air du temps ». Ce n’est finalement pas sous cette forme que le projet aboutira, mais pour l’universitaire, « on sent dans le roman cette volonté première, car il est composé comme une succession de ta-bleaux ».
L’auteur n’a mis qu’un an et demi à le rédiger, et il a connu un succès certain auprès de ses contemporains. Il faut dire que cette ca-
tastrophe avait eu un retentissement national, bénéficiant de la couverture des grands journaux nationaux avec des gravures l’illustrant. Les qualités de l’oeu-vre sont nombreuses, et c’est un roman à multiples facettes, avec une grille amoureuse, sur fonds de faits authentiques, attestés et datés. La condition de la femme, l’évolution du monde ouvrier,  avec une nouvelle catégorie faisant son apparition, les ouvriers de la campagne que la terre ne suffit plus à faire vivre et qui vont s’engager dans les carrières, la passivité de ces derniers face aux patrons quand ceux du Paris-Orléans (Po) sont déjà entrés dans le syndicalisme, les classes sociales encore très prégnantes, bref ce monde en mutation de la fin du 19e siècle nous est présenté dans toute sa complexité avec ses codes que presque personne à l’époque ne pense encore à bousculer. Elle décrit aussi avec beaucoup de précisions les mutations sociales, l’arrivée du chemin de fer, les évolutions de l’intérieur des maisons des ouvriers, avec une marque régionale qui dénote un véritable attachement à son Périgord natal, et l’horeur qu’elle a ressenti à ce drame qui a eu lieu dans sa région, voire même dans sa commune puisque la maison où elle vivait quand elle venait en Dordogne est située sur la commune de Chancelade, au lieu-dit Les-Grèzes, très proche du lieu où se trouvaient les carrières.
Enfant naturelle à qui on a donné le patronyme du hameau où elle est née, mariée à 19 ans, comme il était de coutume alors, par décision et choix de sa mère, elle décidera un jour d’aller vivre à Paris, où elle réussira à se faire une place dans le monde littéraire. Contemporaine de Zola, qu’elle connaissait et dont elle a pris la défense quand il a été traîné dans la boue, elle ne recevra pas la contrepartie de son engagement, l’auteur de Germinal (paru deux ans avant Les ensevelis) considérant « qu’une femme n’était pas digne de pren-dre la plume, surtout pour le roman » confie Jean-Paul Socard. Pourtant, Georges de Peyrebrune prouve, avec ses écrits, qu’une femme de lettres peut participer au mouvement naturaliste, « qu’on aurait tort de limiter aux auteurs masculins. Quand elle décrit le chaos de l’éboulement, la découverte des cadavres, ses mots sont aussi précis et évocateurs que ceux de Zola ». Ce sont en tout plus d’une trentaine d’ouvrages que la Périgourdine écrira avec un succès certain, mais qui n’a pas passé les années. La guerre qui éclate en 1914, accompagnée
d’une dégradation de son état de santé la plongera dans une misère noire. Son dernier correspondant, celui qui continuera à être à ses côtés est Henri Barbusse, l’auteur du livre Le feu, et la Société des gens de lettre lui accordera une pension. C’est elle aussi qui assurera ses obsèques. Là encore, l’écrivaine qui à travers ses livres affirme une contestation du couple classique, ce qui en fait une pionnière du féminisme, ira contre les us et coutumes de son siècle en choisissant de se faire incinérer. « La crémation à l’époque était un acte fort, et anti-religieux » rappelle Jean-Paul Socard. « Elle s’était détachée très tôt de la religion ». C’est grâce au fonds Pyrebrune conservé à la Médiathèque Pierre-Fanlac à Périgueux, qu’il a eu accès au manuscrit originel, qu’il a choisi de présenter tel quel.

« Les ensevelis » de Georges de Peyrebrune, suivi d’une présentation de Jean-Paul Socard, édition Par Ailleurs, 430 pages, 26 euros.

Où se le procurer
Il est en vente dans les Librairies Bonaventure, Les Ruelles et Des Livres et Nous à Périgueux, à l’espace culturel de Trélissac-La-Feuilleraie, ainsi que dans les librairies de  Brantôme, Sarlat ou Bergerac. On peut aussi se le procurer directement auprès de l’éditeur : éditions Par Ailleurs à Thiviers, 05 53 55 14 04, contact@editions-par-ailleurs.com.

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