Mélilotus distille ses savoirs

Nature

S’ils ont l’habitude d’ouvrir leurs portes en grand au public, c’est la première année qu’Audrey et Julien accueillent les visiteurs dans le cadre de  l’opération «Dans les Coulisses» organisée par l’Office de Tourisme de Tulle. L’occasion d’une visite fleurie entre les plantes aromatiques et  médicinales «bio» de Mélilotus.

Installés depuis bientôt sept ans sur la commune de Chanteix dans un ancien corps de ferme, Audrey et Julien se qualifient eux-mêmes d’«artisans herboristes». Après des études de gestion et de protection de la nature, ils posent leurs valises dans la verte Corrèze sur ce terrain d’un hectare et demi comprenant un jardin cultivé de près de 8.000m2. Sur celui-ci, légué en même temps que les bâtiments par un paysan parti à la retraite,  quelque 120 plantes différentes, cultivées ou fleurs sauvages, se côtoient.
Une vingtaine de visiteurs se pressent dans le bourg de Chanteix pour pénétrer dans l’ancienne grange en pierre. C’est là que les deux alambics en cuivre trônent en attendant de distiller les plantes fraîches ou séchées et dont sortiront les hydrolats que le couple transformera en cosmétiques ou produits médicinaux. Ils ont développé une gamme de près de 180 recettes : alcoolature (plantes macérées dans l’alcool), baumes, hydrolats, gemmothéraphie (macérats de bourgeons), aromates, tisanes, pestos, macérats huileux...
Après le lancement d’une distillation, direction le jardin.
1.200 pieds de cassissiers, 35 espèces cultivées et des plantes sauvages réaclimatées... Le terrain sur lequel le petit groupe pénètre en ce   mercredi matin à un petit air d’Eden.
«Nous travaillons sur des buttes en planches permanentes ce qui permet de ne pas labourer le sol et donc de le faire moins travailler. Le paillage  effectué permet également une dépense en eau moindre» explique Julien.
Fidèle aux principes de permaculture et de respect de l’environnement, Melilotus est en relation avec le Conservatoire d’Espaces Naturels qui leur  met à disposition des terrains sur lesquels quelque 60 espèces sauvages seront récoltées.
Le paysan herboriste invite les curieux à toucher, sentir et même goûter les duveteuses fleurs rouges des monargues, délicieusement poivrées. Les
explications font remonter le temps jusqu’aux savoirs ancestraux des Amérindiens puis les questions des visiteurs, connaisseurs ou néophytes,
pointent une timide fleur blanche en bouton ou une plante épineuse haute de près de deux mètres.
Après un grand tour dans le jardin, tout le monde suit Julien pour regarder le résultat de la distillation. Le petit alambic révèle son trésor : un hydrolat de rose. Les visiteurs  sont à présent récompensés par une tisane d’échinacée, de sureau et d’ortie. Revigorés après l’escapade matinale dans le jardin, Julien ouvre les portes du séchoir et dévoile à ses invités  70 claies, sortes d’étagères aérées qui laissent passer l’air chaud et sec de la pièce pour sécher doucement les plantes. En moyenne, 120 kilos d’entre elles y sont séchées par an.
Puis, de la chaleur odorante, le petit groupe passe à la fraîcheur du local où est précieusement gardée la cinquantaine de macérats différents.
«La gemmothérapie est une partie importante de notre activité. Les bourgeons sont récoltés au printemps puis sont directement introduits dans un mélange d’eau, d’alcool et de miel et laissés à macération pendant un mois pour en extraire toutes les propriétés car ils contiennent les principes actifs de l’ensemble de la plante» détaille le paysan herboriste.
Et si un bocal de macérat de bourgeons de cassis demande cinq heures de travail, les étagères qui montent jusqu’au plafond recèlent un vrai trésor.
Isabelle et sa fille Elise, 11 ans, habitent Seilhac et sont déjà clientes à Melilotus. «Nous achetons souvent des tisanes notamment, et nous avons déjà assisté à une distillation. Si nous sommes venues aujourd’hui, c’est pour voir comment le produit fini que l’on achète est fait. On ne pensait pas qu’ils cultivaient autant de plantes !» s’émerveillent-elles.
Après la visite de l’atelier où se passe la mise en flacons des hydrolats et autres baumes confectionnés avec de la cire d’abeilles d’un ami apiculteur bio, les deux heures d’ouverture se terminent à la boutique où tout le monde y va de sa question vis à vis d’un mal de dos, d’un problème de  sommeil ou bien demande des conseils pour des soins du visage.
Mais pour Julien et Audrey, les portes ouvertes ont pour objectif l’échange et le partage.
«On fait venir les gens sur notre ferme car il est important pour nous de montrer le quotidien de notre métier. Beaucoup de gens reviennent à  l’utilisation des plantes sans forcément savoir ce qu’ils consomment et il est de notre devoir de leur montrer non seulement comment elles sont cultivées, transformées mais surtout comment on les utilise. Nous organisons également des stages pour apprendre à faire soi-même ses propres macérats à la maison, pour montrer une distillation... Il faut transmettre le savoir du bien commun pour que les gens se l’approprient».
Si le marché du soin par les plantes et l’utilisation des produits naturels sont dans l’air du temps et connaissent un essor exponentiel ces dernières  années, il n’est pas sans rappeler que l’emploi intensif des pesticides et la disparition progressive des parcelles sauvages fanent toujours un peu plus les campagnes corréziennes.

Mélilotus fait aussi son festival !
Animations, portes-ouvertes, visites du jardin, ateliers, vannerie, distillations... les 9, 10 et 11 août prochains, Mélilotus résonnera pendant le Festival aux Champs.
Vendredi 9 août : 10h30 : conférence sur la gemmothérapie ; 14h : atelier fabrication d’un macérat huileux ; 16h30 : sortie botanique dans le jardin
Samedi 10 août : 10h3 0: atelier herboristerie, conférence et goûter de tisanes ; 14h : atelier distillation ; 16h30 : sortie botanique dans le jardin
Dimanche 11 août : 10h30, 14h, 16h30 : visites de la ferme ; 10h : expo et démonstration de vannerie ; 14h, 16h : atelier vannerie, fabrication d’un panier en osier.
Renseignements complémentaires : Mélilotus, Le bourg 19330 Chanteix ; site www.melilotus.org ; téléphone au 05 55 21 99 56 ou au
06 73 32 46 78.

Sabine Taverdet