Quand la presse républicaine subissait la censure et la haine

Dans ce lieu familier à ses yeux que sont les fonds patrimoniaux de la ville, la jeune étudiante en histoire ne cessant de les fréquenter depuis plusieurs années pour ses recherches, devant une soixantaine de personnes parmi lesquelles sa mère, son oncle, Patricia Vilchès Pardo, adjointe au maire en charge de la culture, Vanessa Weinling, directrice du service culturel, et de nombreux ami(e)s et connaissances, Carole Rivière a donné samedi, au détour de midi, une première conférence.
Surmontant son émotion due à cette lancée face au public, l'enfant du pays a respecté le laps de temps obligatoirement réservé à ses prédécesseurs ayant accepté de conter une aventure, ou une épopée, ou une vie, dans le cadre de l'animation mensuelle « Une heure, une œuvre ».
Abandonnant souvent la lecture de ses feuillets, Carole Rivière a relaté avec brio l'engagement politique de George Sand au travers de la création de quatre journaux. L'écrivaine a vu paraître son premier article en 1831 dans Le Figaro. Ensuite, elle se sera essayée à tous les genres, de la critique littéraire au pamphlet, de la nécrologie en passant par le trait d'humour. En avril 1848, par un appel imprimé dans la revue La voix des femmes, George Sand était sollicitée pour devenir candidate à l'Assemblée constituante, ce qu'elle refusa pour n'avoir pas été avertie au préalable de cette demande et jugeant cette initiative à son égard précoce. En fait, en matière journalistique, le but tenacement poursuivi par George Sand aura été de « combler un manque en ce qui concerne la presse régionale de gauche face au poids de la presse parisienne ».
« Des rencontres déterminantes dans un pays souvent en cours de changement de gouvernance » (monarchie de Juillet, deuxième République, Second Empire) auront poussé George Sand à fonder successivement La revue indépendante (1841-1844), L'Éclaireur de l'Indre (1844-1848), La cause du peuple (1848, trois numéros), et Le travailleur de l'Indre (1849).
C'est à propos de ce dernier titre que Carole Rivière, qui a retrouvé la totalité des 63 numéros, archivés à la médiathèque de Châteauroux (accessibles également à la Bibliothèque nationale de France et sur le site internet Gallica), s'est particulièrement épanchée. Le mystère qui l'entourait jusqu'à présent découlait d'un doute : qui avait fondé ce bi-hebdomadaire publié du 30 décembre 1849 au 10 août 1850 ?
À la suite de ses recherches et en se basant sur des preuves formelles issues d'une correspondance croisée (13 lettres traitant de ce sujet), pour Carole Rivière, l'implication active, morale et financière, de George Sand, qui a constamment adopté dans cette entreprise collective destinée à l'éducation des couches populaires une position plus que discrète, préférant demeurer dans une ombre la préservant des foudres d'autorités policières et/ou préfectorales promptes à la censure et à l'incitation à la haine envers des républicains convaincus, à tendance socialiste, s'est faite clairement jour.
Après ces expériences dans le domaine de la presse qu'il convient encore et toujours de saluer, malgré ses défauts, et d'en tirer des leçons pour aujourd'hui comme pour demain, tant le risque était (et reste) grand d'être condamné à des poursuites judiciaires et à de lourdes peines de prison par un pouvoir autocratique, George Sand préféra faire passer ses idéaux par le biais du théâtre.
Il faudra attendre le 29 ou le 30 septembre (date non encore précisément fixée) pour assister à la prochaine animation « Une heure, une œuvre », laquelle se tiendra à la Maison des traditions de Chassignolles et aura pour sujet « le mobilier berrichon ».
Denis Bonnet

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
CAPTCHA
Cette question permet de vérifier que le formulaire n'est pas soumis par un robot (spam)
Fill in the blank.