La verrerie sur son piédestal

Sédières

Après les Visages du Louvre, les affiches de Grasset et Berthon, le Fleuve Congo ou les Accordéons, ce sont «Les couleurs du verre» qui sont à l’honneur au Domaine de Sédières jusqu’à l’automne.
Le château des XVe et XVIe siècles offre un écrin idéal à cette exposition de prestige prêtée par le Musée des Arts Décoratifs de Paris. Elle montre comment l’homme s’est approprié le verre pour façonner des objets artistiques et décoratifs. Et comment, en un peu plus de cent ans, les créations des artistes et artisans ont évolué. Près d’une centaine de pièces exceptionnelles sont présentées sur deux niveaux.
Plus qu’un tour d’horizon historique, l’exposition aborde toutes les techniques utilisées par les maîtres-verriers. On y découvre le travail à chaud alors que le matériau est fluide et pâteux avec le soufflage et le modelage. Une fois devenu solide, le verre peut être façonné à froid. Il est gravé ou taillé à partir de roues abrasives en métal. Il peut être creusé, décoré, sculpté avec des acides très puissants ou des jets de sables abrasifs sous pression, mais aussi peint. La technique de la pâte de verre permet d’obtenir des formes monochromes ou polychromes, à partir de moules réalisés sur mesure pour des pièces uniques.
L’exposition commence au début du XXe siècle. A cette époque, le travail du verre est réservé aux hommes. Le milieu des artisans -verriers est alors fermé, le savoir-faire se transmet de pères en fils avec les secrets de fabrication. Dix années d’études sont nécessaires pour connaître le B.A-BA. Les objets façonnés ont tous une utilité : vase, coupe, verres, pichets... Mais l’aspect décoratif prend de plus en plus de place notamment avec l’art nouveau dont Emile Gallé est l’un des pionniers. Ses œuvres massives s’inspirent de la nature. Celles de René Lalique ont des formes plus épurées. Ce dernier travaille à l’acide pour donner des effets «mats».
Le travail du verre se libère
Pendant la période foisonnante de l’entre-deux guerres, la pratique du verre se libère de la tradition. De nouveaux noms apparaissent comme celui de Maurice Marinot. Ce peintre découvre le travail du verre à chaud en 1911 en visitant la verrerie cristallerie des frères Eugène et Gabriel Viard. Il décide alors de faire un apprentissage complet. Il fut le premier artiste à devenir artisan souffleur de verre.
Il considère «sa verrerie comme un art aussi libre que la peinture ou la sculpture» et invente une nouvelle esthétique. Ses pièces, épaisses, contiennent des bulles de gaz, des feuilles de métal, des poudres de couleurs... Dans la deuxième moitié du XXe siècle, le travail du verre est totalement libéré et s’ouvre à tous les horizons. Les femmes possèdent désormais ce savoir-faire millénaire. Les artistes, en toute indépendance, imaginent des œuvres figuratives, abstraites, naïves, expressionnistes ou sophistiqués... Aucun style n’est dominant. Aux arts décoratifs se mêlent le design et la sculpture. C’est ce que révèle la deuxième partie de l’exposition, très étonnante. La verrerie d’art s’internationalise (Australie, Japon, Etats-Unis, Chine) et depuis les trois dernières décennies retrouve de la vitalité. Le matériau, dans son aspect le plus massif, se sculpte au burin. Il est aussi poli, dépoli, patiné, allié au métal ou à l’émail. Le résultat ne laisse personne indifférent.

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