«L’humain d’abord plutôt que la finance encore»

Politique

Interview : Alain Guilbert, secrétaire départemental du pcf

De retour de l’Université d’été du parti à Angers, qui s’est déroulée le week-end dernier, Alain Guilbert, secrétaire départemental du PCF de la Corrèze, aborde cette rentrée sociale. Elle s’annonce «chaude».

Que retenez-vous de l’Université d’été ?
C’est un immense lieu d’éducation populaire et de rencontres. On débat de la politique du parti, le Secrétaire national intervient, d’autres aussi. Les textes qui seront évoqués en congrès nous ont été présentés par les animateurs. C’est une cocotte minute : on cogite sur la société, sur notre comportement personnel. L’université d’été est un temps fort de notre activité politique. On est entre nous, dans une ambiance de vraie fraternité, et en même temps, on s’ouvre au monde avec des intervenants extérieurs qui initient des débats, des discussions que l’on n’aurait pas forcément par ailleurs.

Comment s’annonce cette rentrée sociale ?
Vendredi dernier, lors de la réunion des secrétaires départementaux, nous avons analysé la situation à la fois nationale et dans les départements. On a décidé d’aller dans cette rentrée en marchant bien appuyés sur nos deux jambes avec une vue claire de là où on veut aller. Quand on voit la politique mise oeuvre par sa Majesté Macron Premier, on a du souci à se faire. Les mesures antisociales qui sont prises sont dramatiques.  Le pouvoir d’achat est en baisse et les prestations sociales aussi. Les salaires vont être bloqués avec une inflation à 1,7%. Les prestations sociales vont augmenter de 0,3%, cela signifie que l’on va perdre 1,4%. Concernant les retraites, c’est dramatique avec la CSG. On a fait le calcul : pour une pension de 1.300 euros par mois il y aura une perte de pouvoir d’achat de 578 euros sur un an. Pour une retraite de 2.000 euros c’est 888 euros par an en moins.
A côté de ça, on supprime l’ISF pour les riches, les profits des entreprises explosent. Au cours des six premiers mois de 2018, 47 milliards ont été redonnés aux actionnaires ! 15.000 suppressions d’emplois sont annoncées dans le secteur public. Pendant qu’on prend aux forces vives de la nation, on permet à ceux qui ont une cuillère dans la bouche d’exploser les profits. Tout cela prouve que Macron est bien le président des riches ! Des privatisations vont arriver. ParcourSup est une catastrophe pour la jeunesse. Beaucoup sont en attente ou sont allés vers une formation qu’ils n’ont pas choisie. Concernant le Transport, on apprend que 500 km de voies risquent d’être fermées en Limousin. Sur la santé, les hôpitaux, les budgets annoncés sont dramatiques, sans parler des EHPAD. On souffre d’un manque de personnel.  
Le gouvernement va accentuer la suppression des emplois aidés. En 2016, il y avait 459.000 emplois aidés en France. Au budget 2018 c’est 154.000 seulement qui sont abondés. Cela va toucher les associations, la culture... La fonction publique d’Etat va supprimer 50.000 emplois d’ici 2022. Sur la territoriale et la santé, 70.000 postes seront supprimés d’ici 2022 aussi.
En Corrèze, Anovo supprime 95 emplois. La SNCF met des postes en moins dans les guichets et sans doute ailleurs avec les fermetures de lignes. A l’hôpital s’il y a restriction budgétaire, quid du personnel ? Sans oublier Euralis qui a fermé. Ici aussi on est touché par la politique de Macron. Il faut créer les conditions pour s’opposer à ces mesures qui nous amènent dans le mur !

Justement on sent une résignation parmi les Français. Comment mobiliser ?
Les communistes sont dans cette démarche de mobilisation pour s’opposer à la politique de Macron mais aussi pour proposer une autre solution. On met en avant partout le coût du travail mais ce n’est pas cela qui grève les finances de l’Etat, c’est le coût du capital. 47 milliards de profits ! Cet argent pourrait servir à créer de l’emploi.
Lors de la fête de l’Huma, nous allons avoir des discussions sur les perspectives à dégager pour s’opposer à la politique de Macron. L’affaire Benalla, qui nous rappelle le SAC de M. Pasqua nous prouve que Macron est loin de mener une politique moderne comme il le prétend. Nicolas Hulot a bien dit aussi en annonçant son départ que Macron était un menteur.
Les communistes sont à l’offensive. Ils ne sont pas morts. Avant l’Huma il y aura Garavet, un grand rendez-vous de lutte. On invite ceux qui veulent construire une riposte populaire à venir avec nous. Notre congrès national aura lieu les 23, 24, 25 novembre à Ivry-sur-Seine. Nous avons l’ambition de dégager, à partir d’une analyse sans concession de notre stratégie politique de ces dernières années, un projet politique qui nous permettra de mobiliser les salariés de ce pays et ceux qui souffrent.
Cela commencera aussi par dire ce que l’on veut pour l’Europe.

Comment préparez-vous les élections européennes ?
On a un chef de file, Ian Brossat. On veut une Europe qui permette de développer l’emploi sans tirer les conditions de travail vers le bas, bien au contraire. Le Portugal a refusé de mettre en oeuvre la politique européenne, de baisser les salaires. Résultat : la croissance repart. On a l’ambition de rassembler celles et ceux qui ne veulent pas de l’austérité. Ceux qui ont dit qu’il n’y aurait pas de rassemblement prennent une responsabilité gravissime pour l’avenir de notre pays. Il serait bien que les partis de gauche arrivent à se parler pour mobiliser toutes les forces vives de la nation à ce projet politique d’une Europe qui valorise le travail et non le capital. Nous faisons le choix de l’humain d’abord plutôt que la finance encore.
Ian Brossat a dit : «les communistes ne sont pas du côté des premiers de cordées, mais ils sont aux côtés de ceux qui fabriquent la corde».
On va s’attacher à construire un rassemblement et une liste très représentative de ce que nous souhaitons.

Parler d’Europe est l’occasion d’aborder les questions environnementales ?
Oui. Au premier trimestre dernier, on a réuni des militants et chercheurs pour deux journées consacrées à un débat sur notre parti et l’environnement. On a inventé un terme : «l’éco-communisme». Il est vrai que sur cette question, on a du retard. On nous a d’ailleurs accroché l’étiquette de «productiviste». Aujourd’hui, nous avons nous aussi pris à bras le corps cette préoccupation. Elle n’est pas absente des discussions que nous avons dans la préparation du congrès. On animera un débat sur le stand du Limousin lors de la fête de l’Huma avec Jean Mouzat, sur la politique environnementale. Car on ne peut pas détacher la politique agricole de celle sur l’environnement. Idem avec l’aménagement du territoire. On veut travailler sur ces questions en disant qu’il faut sortir du système capitaliste, qui est incompatible avec une politique environnementale, une politique qui permet de bien vivre et de mieux vivre ensemble et en bonne santé.

Et les Municipales ?
Notre ADN c’est le rassemblement, mais il ne peut se faire comme une coquille de noix ballottée dans une tempête. Il faut un pilote dans le navire pour qu’il tienne la mer. Dans la préparation de notre congrès, on va se déterminer sur un projet politique qui devrait nous donner des bases solides pour aller au rassemblement. Ceci étant, nous sommes ouverts au débat clair avec toutes les forces progressistes qui permettent de prendre en compte les réalités du territoire. Notre objectif principal est d’être utiles aux gens et de participer à la mise en oeuvre de politiques
municipales qui permettent, en s’opposant à la loi NOTRe, de développer la vie locale et le bien être des habitants.

Propos recueillis par Karène Bellina

Le député communiste Alain Bruneel sera en Corrèze en septembre prochain, à Brive et à Tulle. Il évoquera entre autres la situation des hôpitaux, un sujet qu’il maîtrise pour avoir effectué un tour de France des Centres Hospitaliers.

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