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"Ce libéralisme fou nous amène à la ruine !"

Interview

L’élu communiste de Chanteix Jean Mouzat est candidat sur la liste menée par Ian Brossat pour le PCF. Cet ancien président du MODEF au plan national, parle d’un des enjeux de la campagne l’agriculture...

La seule politique commune de l’UE est la Politique Agricole Commune. Elle pèse entre 50 et 55 Mards d’euros par an. La France en bénéficie de manière importante. La campagne des élections se termine et on a l’impression que c’est un sujet secondaire parmi les thèmes débattus. Pourquoi  ce peu d’intérêt politique alors que c’est un enjeu fondamental ?
J’ai eu la chance de participer à beaucoup de réunions pendant notre campagne et de circuler dans de nombreux départements et à chaque fois, toutes les interrogations, les échanges tournaient autour de l’agriculture et de la ruralité parce que les deux sont terriblement impliquées. Mais j’entends cette question au niveau des listes en lice et des thèmes retenus. Le thème le plus mis en avant est l’immigration. C’est cette fracture que l’on veut faire ressortir dans cette société pour mettre en garde contre les dangers, qui sont réels, de la montée des mouvements populistes extrêmes,  du Rassemblement National. La République en marche en a fait son cheval de bataille afin de créer quelque part la peur. Si le danger était imminent on pourrait dire que c’est de bonne guerre mais je trouve que c’est particulièrement mal venu.

On ne parle pas d’agriculture pour cause de stratégie et d’un dossier complexe, technique alors ?  
La PAC est quelque chose de très technique, qui sert beaucoup les territoires. C’est 9,5 Mards d’euros distribués par an en France. On devrait utiliser mieux cette enveloppe importante. S’en servir pour favoriser la petite et moyenne agriculture qui elle est la seule à même de pouvoir produire des denrées de qualité supérieure et de revenir à une agriculture de proximité au service des consommateurs. Ils deviennent de plus en plus demandeurs de ce type d’alimentation.

La PAC 2010-2020 se termine. La nouvelle est en cours de discussion. Quel bilan tirer de cette PAC qui s’achève ?
Au MODEF, on a essayé de l’orienter du temps de Stéphane Le Foll, de tirer fort sur la corde pour redonner un autre sens à la PAC au service de l’agriculture de notre pays. Je pense notamment à la redistribution faite sur les 52 premiers hectares. Le MODEF est à l’origine de cette réflexion. Je suis déçu car on n’est pas aller assez loin sur ce dossier. Le président Hollande nous avait promis de récupérer 30% du premier pilier pour les redistribuer mais on a obtenu que 10%. On devrait en rester là. On ne remet pas en cause le fait que 80% des aides de la PAC ne vont qu’à 20% des exploitants dans ce pays. Si on fait le choix d’une nouvelle agriculture au service des agriculteurs, des territoires et des consommateurs, il faut se donner d’autres moyens, soit une autre redistribution.

En tant que candidat sur la liste de Ian Brossat, quelle vision de l’agriculture défendez-vous ? Quelle PAC faudrait il mettre en place  pour concilier enjeux environnementaux et prix rémunérateurs ?
Il y a une nécessité de produire différemment. Il fait sortir de cette société de consommation poussée à l’extrême. Aujourd’hui 30% des denrées agricoles produites en France partent à la décharge alors que des gens meurent de faim de par le monde, que la commission européenne remet en cause les aides alimentaires aux plus démunis. On marche sur la tête. Ce libéralisme fou nous amène à la ruine. Notre projet  prévoit de se servir de cette manne financière générée par  la PAC pour pouvoir organiser l’agriculture et l’alimentation autrement. L’agriculture doit être présente encore plus sur nos territoires. Elle a l’obligation de nourrir des Hommes, d’entretenir les paysages, de préserver les éco-systèmes et l’avenir de notre planète. Aujourd’hui, on s’interroge, s’inquiète sur le maintien de la  biodiversité mais on sait que cela fait des années que le danger pèse sur nos têtes comme une épée de Damoclès. On est dans la dernière ligne droite. Il y a une nécessité absolue de prendre conscience de tout ça. Il faut donner des moyens aux forces présentes sur les territoires à savoir les agriculteurs pour changer ce modèle agricole.

On  connaît  le rôle des pesticides dans cette perte de la biodiversité. Comment au niveau européen, impulser une politique forte qui change rapidement ce modèle ?
Si ça ne reste que des mots, on restera dans les maux. Nombre pays européens avec cette tendance populiste souhaitent que la commission et le Parlement européen ait moins d’emprise sur les politiques agricoles mises en place. Beaucoup d’Etats voudraient retrouver une indépendance pour organiser leur politique agricole. Ce serait la pire des catastrophes qui pourraient advenir. Nous, communistes,on veut garder une réflexion collective au sein de l’UE et de ses pays, riches de leur diversité agricole. Il faut mettre en place une PAC digne de ce nom. On a une chance à saisir. Eloignons nous de ces contrats commerciaux qui nous lient  avec des pays qui n’ont rien à faire de la qualité des produits qu’ils livrent en France et ailleurs. Je pense à la viande importée d’Argentine, du Brésil dont on sait qu’elles sont bourrées d’antibiotiques et d'anabolisants. C’est un choix politique à faire à mille lieux des choix ultra-libéraux portés par la commission européenne et validés par le parlement.

Où en est l’agriculture française du local au marché mondial ? Quel rôle a joué le syndicat majoritaire dans la situation actuelle : une agriculture tiraillée par l’agro-business et un modèle plus localisé ?
Les consommateurs veulent de la qualité et de la proximité. Ils ont raison. L’agriculture ne sortira de son impasse que si les citoyens s’en mêlent. Les agriculteurs sont devenus trop peu nombreux pour peser et changer les choses. Au sein du syndicat majoritaire (FNSEA-JA NDLR), les pressions sont tellement fortes que ceux qui voudraient une autre voie ne sont pas entendus. Par obligation, j’ai côtoyé des grands patrons de l’agro-business. Ils sont loin des soucis des agriculteurs. Ils sont dans un monde où seul le profit, la rentabilité comptent. C’est un constat d’échec mais il ne faut pas perdre espoir. Cette menace que l’Homme fait peser sur l’environnement va faire changer les mentalités. On est sur le fil du rasoir.

Dans le film «Demain», des modèles alternatifs agricoles sont mis en avant comme dans des friches industrielles urbaines. Pourquoi ce type d’expériences a du mal à prendre en France ?
Dans nos régions, on a été tenu à l’écart de cette intensification urbaine. On n’est pas dans ce schéma. Le 1er jour où j’ai croisé Ian Brossat, c’était chez le Premier ministre à propos de la vente de légumes qu’organise le MODEF à Paris. J’ai rencontré un élu parisien qui avait le souci de revenir chercher des espaces libérés par l’industrie entre autres pour créer des pôles de petits producteurs à proximité afin de limiter les impacts carbone.
A ce sujet, la suppression envisagée du train des primeurs Perpignan-Paris, une ligne ancestrale de fret vers le marché de Rungis est une aberration.  Les décideurs  n’ont pas pris la mesure des risques qu’on fait courir à l’humanité.

Propos recueillis par Serge Hulpusch
Photo : Jean Mouzat tracte avec Dominique Grador sur le marché de Tulle (KB)

 

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