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Mobilisation contre "un bac inégalitaire"

Social

L’épreuve écrite de philo s’est révélée particulière cette année. Les syndicats Snes-FSU et SUD Solidaires avaient appelé à la grève pour ce premier jour du Bac, hier. À Brive et à Tulle les enseignants des lycées d’Arsonval, Danton et Edmond-Perrier étaient mobilisés contre la réforme Blanquer.

Trouver le moyen de créer «l’incident» qui permettra de gripper la machine à réformes du ministre de l’éducation, jugée créatrice d’inégalités par un grand nombre d’enseignants et enfin avoir voix au chapitre.
Ils étaient une trentaine de professeurs à s’être présentés dès 7h30 devant les grilles du Lycée d’Arsonval. D’autres venus de Danton ont grossi les rangs parmi lesquels quelques parents et retraités sont venus en soutien. «Le mouvement a été suivi par 27 profs sur les 97 au total. Ça représente un tiers de l’effectif, ce n’est pas rien» constate un enseignant du lycée général.

"Un bac inégalitaire"

Du côté du lycée polyvalent, le mouvement de grève a été suivi par 50% du personnel convoqué pour la surveillance des examens. «Ce qui se prépare, c’est un Bac inégalitaire ! Avec des sujets qui ne seront plus nationaux mais  locaux» insiste une enseignante
retraitée. «À Lyon et à Bordeaux, on ne passera pas le même Bac. On va devenir des brigades d’évaluateurs. On passera plus de temps à évaluer qu’à former ! Quand fera-t-on cours ?» interrogent trois professeurs de français. À raison puisque «le contrôle continu fera l’objet de deux évaluations particulières en plus de celles destinées à établir les bulletins scolaires» expliquent-elles. «On est de plus en plus muselé. Nous portons un T-Shirt rouge avec des inscriptions revendicatrices mais nous avons hésité longtemps à le faire» avoue l’une d’entre elles.
La peur s’immisce dans les esprits. Le 24 mars dernier, à Toulouse, une manifestation d’enseignants s’est vue fortement réprimée par les forces de l’ordre. Ce que veulent obtenir les enseignants, c’est avant tout un dialogue avec leur ministère qui continue de faire la sourde oreille. Ils ont cherché un moment clef pour agir. «Nous ne sommes pas contre le fait que nos élèves passent leur bac. C’est contraire à notre philosophie !» ironise l’un d’entre eux.

Un leurre

De leur côté, les chefs d’établissements ont assuré leurs arrières pour que les élèves puissent passer leur première épreuve. Dans les salles d’examens, aucune incidence. Les élèves ont planché sur leur sujet respectif. Pour la série ES (Economique et sociale), les
bacheliers pouvait disserter sur : «Le travail divise-t-il les hommes ?». Le ministre Jean-Michel Blanquer rendra-t-il sa propre copie ? De l’avis de tous, son «école de la confiance» est un leurre et divise. «Le gouvernement use de stratégies pour ne pas créer de postes voire en détruire» s’insurge un gréviste. «Sur le lycée d’Arsonval, cinq postes sont supprimés à la rentrée 2019» dénonce un autre. «Nous venons d’apprendre que le Rectorat a refusé un afflux de 90 élèves à la rentrée pour notre lycée !» annonce-t-on encore. Alors quid du parcours d’orientation à définir dès la classe de Troisième ?

«Mur d'incompréhension»

A Tulle, hier matin, la vingtaine d’enseignants grévistes d’Edmond Perrier ne s’est pas rendue devant le lycée «pour éviter d’éventuelles tensions avec les élèves ou parents d’élèves», mais aussi «pour permettre à un certain nombre de collègues de faire grève de manière beaucoup plus sereine», signale Pascale Cautrès de la section SNES-FSU du lycée. Car pour tous pratiquement, manifester était une première. La surveillance a été assurée avec la participation d’assistants d’éducations et du personnel administratif. Les enseignants protestent contre la réforme du bac, la réforme du lycée et la loi Fonction publique. Ils ont le sentiment de se heurter «à un mur d’incompréhension. Les effets de la réforme, si elle a vraiment lieu, vont se faire sentir sur plusieurs années. Les conséquences seront destructrices et irréparables tant au niveau de la formation des professeurs, des élèves mais aussi de la fonction publique puisque l’on va vers une contractualisation plus importante de la mission enseignante», ajoute la syndicaliste. «On va détruire des disciplines au niveau des LV3, des options, du Français, insuffler un dogme managérial».
«Aujourd’hui nous vivons peut-être l’avant-dernière session du bac national, anonyme et terminal», s’inquiète Clément Vernédal, du SNES-FSU.

S.P et K.B

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