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"Le carnyx est une partie de l'âme du peuple"

Patrimoine

Souvent présenté comme un instrument destiné à inspirer la frayeur aux adversaires des Lemovices sur les champs de bataille, pour le musicien écossais John Kenny, le carnyx est avant tout un instrument sacré aux sonorités douces et mystérieuses.
Si la soirée 100% Corrèze n’a pas attiré la foule des grands soirs samedi, le musicien John Kenny s’est glissé dans la programmation de ce festival généralement consacré aux musiques actuelles pour faire vrombir de nouveau le carnyx sur ses terres. Un moment rare qui a autant surpris que fasciné les festivaliers.
Il était aux alentours de 21 heures samedi. Tandis que le groupe Samaka quittait la scène, un musicien affublé de gants blancs et muni d’un étrange instrument faisait son apparition à 100% Corrèze pour un intermède musical hors du temps.
Entre les doigts de John Kenny, une reproduction du célèbre carnyx mis au jour sur le site gallo-romain navarois de Tintignac en 2004.  
Un artiste de renommée internationale précisément pour être un des rares musiciens sinon le seul à  savoir faire sonner le fameux carnyx. Il l’avait d’ailleurs fait résonné une première fois à Naves puis sur le site des cars il y a quelques années.
Pour le tromboniste professionnel, le carnyx est une formidable voie d’expérimentation. «Contrairement aux instruments d'aujourd'hui conçus autour d’une musique qui s’est organisée lors des cinq derniers siècles avec des gammes, des accords, le carnyx est construit avec les sonorités
naturelles, donc pas du tout accordé de la manière d’un instrument moderne et c’est bien là toute la difficulté. Au début c’est bizarre de travailler comme ça mais au final c’est aussi une libération» confie l’écossais.  
Car souffler dans cette tête de sanglier ne se fait pas sans soulever de nombreuses questions dont la première est encore de savoir ce qu’était la musique de cette époque.
«La musique a toujours beaucoup changé que ce soit entre les années 1960 et aujourd’hui ou encore entre Verdi et Mahler. Au début, mes collègues archéologues pensaient qu’il s’agissait d’une trompe de guerre. Mais c’est parce que les Romains ont rencontré ses instruments dans cette situation. Mais pour le reste du temps, on ne sait pas. Pour moi, après des heures de travail, je pense que c’est beaucoup plus que ça. La tessiture du carnyx ressemble beaucoup plus à celle d’un baryton, tenor, basse».
L’autre élément qui laisse penser au musicien que l’utilisation du carnyx dépassait le seul cadre des champs de bataille réside dans les lieux mêmes où ont été découverts ces instruments.
«En Ecosse des carnyx ont été retrouvés dans une tourbière qui était il y a plus de 2.000 ans un lac au milieu duquel les pictes avaient construit une île pour les rituels. Ces carnyx étaient sacrificiés dans l’eau comme l’épée d’Arthur. Ici à Tintignac c’est différent, il y a une fosse remplie d’objets dont sept instruments. Tous ont été sacrificiés parce qu’ils ont été détruits d’une manière rituelle avec des épées plantées dans la gorge de l’instrument. Aussi, nous avons au-dessus de cette fosse un temple gallo-romain et un fanum romain, c’est à dire que c’est un espace sacré».
Enfin, le musicien qui a pu manipuler l’instrument pendant de longues heures est catégorique : «cet instrument n’est pas pratique dans une bataille, c’est trop lourd, trop fragile, mais dans un espace sacré c’est différent. On peut imaginer des rituels avec des sonorités très douces, mystérieuses combinées avec des voix ou d’autres instruments. Pour moi, si les carnyx étaient utilisés dans les batailles c’est surtout parce qu’ils sont une partie de l’âme du peuple».
Le musicien qui travaille depuis 25 ans sur le carnyx écossais de Deskford et quatre ans avec celui de Tintignac fait encore des parallèles. «Ils ont des qualités différentes mais cette qualité essentielle c’est la même chose. Ils ont beaucoup de couleurs, ils sont puissants et les sonorités
profondes sont extraordinaires. J’ai découvert qu’on peut jouer encore plus grave qu’une contrebasse et aussi aigu qu’une flûte. C’est une tessiture énorme bien plus importante que n’importe quel instrument moderne. Ce n’est pas instrument sauvage. C’est instrument très très sophistiqué».


Quatre reproductions made in Corrèze

Si le carnyx de Tintignac est unique et actuellement entreposé avec les autres pièces du site dans les réserves du musée Jacques-Chirac de Sarran après avoir effectué une tournée mondiale, quatre reproductions ont été réalisées par le dinandier d’art Jean Boisserie installé à Cublac.
Une première en cuivre, et trois autre en bronze, le matériau original. Le premier a été réalisé pour l’EMAP (European Music Archelogy project) dont John Kerry est membre. Après avoir beaucoup joué sur cet instrument et même enregistré un album, l’instrument est désormais en tournée. Pour continuer à s’exercer John Kenny a ensuite trouvé les subventions nécessaires auprès d’une grande compagnie de whisky écossais pour posséder le sien. Un autre est actuellement exposé musée Marius-Vazeilles de Meymac jusqu’au 3 novembre.