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Tu seras danseur, mon fils

Culture

La compagnie Hervé Koubi a présenté sa pièce chorégraphiée destinée au jeune public «Boys don't cry» dimanche dernier dans la grange du château de Sédières, une première en Corrèze. Ovation levée d'une salle comble à saluer le spectacle, comme il se doit. Ici, on chérit les danseurs «koubistes» !

Il faut dire qu'ils sont beaux. Des corps bien structurés emmenés dans une folle danse acrobatique et théâtrale. Des corps qui s'allument à mesure que la danse avance. Ils brillent sous les feux de la prouesse. Visible, palpable et franc, l'effort sans artifices. Une danse, très mâle.
Vient la prise de parole. Tout dans un univers blanc de candeur où un micro attend celui qui a dansé et qui dansera. Le souffle est court, les mots dits, la peau colle au costume, la sueur luit.
Et ça nous parle. Tout nous parle de manière simple. Le texte de Chantal Thomas, celui d’Hervé Koubi, les mouvements des artistes sur le plateau, l’écriture des chorégraphes, la bande-son choisie ou composée. Diana Ross, so funky !  La voix de Oum, hak rabi ! Petite pointe de féminité tout de même. De la musique originale aussi, signée Stéphane Fromentin.
L'empreinte Hervé Koubi, c'est son pas de côté. Un façonnage contemporain qui revêt un autre habit. Celui de la vérité. Une vérité pleine de  Méditerranée.
Créé en 2018, «Boys don’t cry» raconte la difficulté d’être un garçon qui danse dans les cultures du Maghreb. Une histoire autobiographique croisée. Celle des deux chorégraphes qui ont allié leur regard dans l’écriture de cette pièce : Fayçal Hamlat et Hervé Koubi.
«Il y a beaucoup de mon histoire, beaucoup de celle de Fayçal. J’ai encore mon papa, Fayçal ne l’a plus. J’ai écrit l’histoire pour Fayçal. C’est  vraiment un quatre mains. Le sujet de la filiation nous importait beaucoup» témoigne Hervé Koubi.
Adil Bousbara, Mohammed Elhilali, Zakaria Nail Ghezal, Bendehiba Maamar, Mourad Messaoud,  Houssni Mijem, El Houssaini Zahid. Ils sont sept
danseurs arabo-berbères pour incarner le féminin comme le masculin, l’enfant comme l’adulte.
«C’est une création que j’avais déjà faite qui ne portait pas ce nom là. J’avais fait ça il y a plus de dix ans mais avec des danseurs formés en France, issus du conservatoire» explique le directeur artistique de la cie, «En travaillant avec des danseurs rencontrés de l’autre côté de la Méditerranée, j’ai trouvé ça plus pertinent, plus percutant aussi. Cette société est malade à certains endroits. Malade de ses clichés qu’il faut combattre. Il y en a trop. Des amalgames malheureux aussi. Il faut reconnaître que l’Afrique du Nord est patriarcale. Toujours ce côté garçon qui doit... Et j’ai trouvé ça  délicieux de revisiter cette pièce, de la réécrire. J’ai gardé le texte. J’ai écrit la deuxième partie pour Fayçal, la première est de Chantal Thomas. J’avais envie de requestionner ça : que veut dire être un danseur dans le monde arabe ? Je trouve qu’avec leur accent, leur prénom, cette maman qui joue au football. Ma mère était très bonne au football mais quand elle est devenue adolescente, tout naturellement, on lui a dit, c’est fini, tu ne joues plus au ballon avec tes frères» argumente Hervé Koubi.
Sur scène, une ribambelle de personnages jouent au foot. Se prennent, qui des coups de savate à la maison, qui une raclée dans la cour de l’école. Pourtant, on se relève et on danse. Par fierté et parce qu’elle anime ce feu intérieur qui brûle. Les images défilent sans vidéo. C’est ça, c’est  exactement ça.
Le titre anglophone promet un itinéraire international. Déjà six dates programmées à Washington et d'autres qui arrivent. La pièce sera traduite entièrement dans la langue de Shakespeare avant de traverser l’océan. Du travail à venir. «Je tiens sincèrement à remercier le Conseil  départemental pour son soutien.  Il nous a donné un lieu dans lequel on pouvait régler quelques lumières, ici à Sédières. Nous étions quand même très mal en point au moment où on a créé. En terme technique, on était très embêté» salue Hervé Koubi.
Désormais la compagnie a plusieurs maisons en Corrèze. Entre Uzerche, Brive, Tulle et Sédières, elle pourra poser ses valises, créer encore et encore pour le plus grand bonheur des Corréziens. Le processus de reconnaissance est engagé.

Sabine Parisot