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"Je n'ai pas écrit pour témoigner mais parce que je voulais écrire"

Interview de Louisiane C. Dor

Louisiane C. Dor, 24 ans, originaire d’Aubusson (23) et qui y revient à chaque fois qu’elle en a l’occasion, a reçu en début de semaine le prix Renaudot de poche 2017 pour son premier roman les Méduses ont-elles sommeil ?. Une autofiction qui parle d’une adolescente, Hélène, qui s’est perdue dans la drogue. Une histoire inspirée de son propre vécu. Aujourd’hui, elle ne veut pas faire de ce livre un simple témoignage mais faire passer un message aux jeunes. L’adolescente perdue a laissé la place à une jeune femme qui s’est trouvée. Elle sera  ce week-end à la Foire du livre de Brive.
Bonjour Louisiane, tout d’abord félicitations pour ce prix. Que ressentez-vous ?
Pour être honnête, j’ai perdu 2 kg en me rongeant les ongles et j’ai très peu dormi. Je savais que c’était possible mais c’est très étrange. Quand Frédéric Beigbeder, mon idole, l’a annoncé, j’ai crié comme une folle. C’est comme le loto, on croit que cela n’arrive qu’aux autres.
Avez-vous réalisé ce qu’il vous arrive depuis lundi ?
C’est un peu dur de réaliser. Quand je vais rentrer dans les librairies et que je vais voir mon livre avec le bandeau « Renaudot de poche 2017 », je vais m’asseoir. C’est hyper flatteur, c’est un premier roman, à 24 ans, c’est chouette, c’est un bon début.
Vous aviez pensé à décrocher ce prix ?
Pour les grands formats il y a une liste formalisée, pour les formats poche, les éditeurs proposent des romans. J’ai appris  que Frédéric Beigbeder était président du jury, je savais qu’il aimait bien mon livre, j’ai insisté auprès de mon éditeur.  C’est tout un processus. La veille, j’étais un peu angoissée, j’ai appelé un ami journaliste qui m’a dit que si je n’avais pas de nouvelles avant 12h15, je n’aurais pas le prix. Le lundi, je n’avais rien et je l’ai appris en regardant BFMTV en famille. J’ai été surprise. On l’apprend en même temps que tout le monde, j’ai vu mon idole de toujours prononcer mon nom ! Depuis des semaines, on me disait « Prends la chose à la légère », ce que je faisais jusqu’à deux-trois jours avant, où j’ai commencé à appréhender.
Ce premier roman, paru aux éditions Gallimard en format poche au printemps dernier, a déjà une longue histoire ?
Oui. J’ai écrit peut-être 8 à 10 versions différentes qui ont abouti à une version publiée début 2015, alors que j’avais 21 ans, sur Amazon. J’ai envoyé quelques mails aux médias pour qu’ils s’y intéressent, mais personne a répondu.  J’ai vu un article sur Paris-Match sur Lolita Sene avec une histoire similaire à la mienne et j’ai écrit à la journaliste Vanessa Boy-Landry sans vraiment y croire. Quand je fais quelque chose, j’ai envie que ça marche. Elle m’a répondu positivement. Mon histoire a été partagée des milliers de fois. J’ai commencé à parler avec Lolita Sene, elle a parlé de mon livre à son éditrice, ça m’a convaincue. C’est une  toute autre version que celle d’Amazon, on a retravaillé le livre, il est beaucoup plus petit.
Quand j’ai reçu mon contrat, j’étais au Brésil mais on m’a dit de rentrer. Je suis rentrée en France mais ça n’a pas eu le même effet qu’avec Amazon. J’étais un peu déçue, alors j’ai envoyé un mail à Antoine Gallimard. C’était un peu gonflé. Je suis allée le voir et on m’a dit « on va donner une deuxième chance à ce livre ». Maintenant, il est en folio.
Nous savons que vous ne voulez plus trop vous étendre sur la drogue et l’autobiographie mais juste un mot sur ce livre les Méduses ont-elles sommeil ? qui évoque l’histoire d’Hélène, une jeune fille qui monte à Paris et qui tombe dans les travers de la drogue.
C’est une autofiction, comme je le dis souvent. J’ai voulu faire passer un message plus que « la drogue c’est mal », celui d’une adolescente influençable qui va se faire embarquer dans une spirale. Hélène vit quelque chose parce que les autres le vivent. C’est l’histoire d’une adolescente perdue en recherche d’elle-même.
Aujourd’hui on me voit comme une ancienne toxicomane, ça ne me convient pas du tout, on ne me voit pas forcément comme une auteure. Je n’ai pas écrit ce livre pour témoigner mais parce que je voulais écrire.
D’ailleurs, comment est venue cette passion pour l’écriture ?
Je ne sais pas. Je me souviens quand j’avais 10-11 ans, j’ai écrit un petit bout de livre intitulé Pieds nus sur le toit parce que je le faisais. Je réalisais des petits magazines avec une copine. J’ai toujours eu un journal. ça a grandi.
L’adolescence un peu perdue s’est bien trouvée ?
C’est sûr ! Finalement le destin n’est pas tant un désastre. Cela fait plus de deux ans et demi qu’il est sorti, j’ai envie qu’il arrive dans beaucoup de mains, j’ai envie d’encourager les jeunes à le lire. J’ai envie qu’il marche.
Vous parlez des jeunes, quel message vous vous voudriez leur faire passer ?
écoutez vos parents ! Quand on est jeune, on a l’impression de vivre des choses uniques, mais en fait, nous sommes beaucoup à vivre ce genre de choses. Il ne faut pas s’enliser, il y a une lumière au bout. Il y a toujours quelqu’un qui a vécu quelque chose de similaire. Je vois mes neveux, mes nièces, et je me vois à cet âge, on pense tout savoir et que personne ne nous comprend, ce n’est pas le cas.
Quels sont vos projets, désormais ?
Je suis sur mon deuxième livre. Il est tout juste terminé. Il s’agit d’un recueil de nouvelles qui devrait paraître l’année prochaine. Cela parle d’amour déchu, d’histoires d’amour impossibles.  C’est un peu sombre, je mets toute l’encre noire sur le papier alors que j’ai tout le temps le sourire (sic). Il y a beaucoup de personnages, j’avais envie que chacun puisse se reconnaître.
Vous êtes présente sur les réseaux sociaux, est-ce important ce lien avec les lecteurs ?
C’est rassurant de voir des gens qui nous suivent, il y a aussi des choses plus lourdes et il faut accepter la critique. Il ne faut pas être une chochotte.  
Vous serez samedi et dimanche à  à la Foire du livre de Brive, comment se prépare-t-on à ce grand rendez-vous littéraire ?
J’ai toujours refusé les salons car j’ai beaucoup de mal avec le contact avec les gens. Je ne dors pas et à la fois j’ai hâte d’être dans l’ambiance. Je suis nouvelle dans ce milieu, j’ai beaucoup à apprendre. La moitié de ma famille est briviste, ça sera aussi un peu comme une colonie de vacances.
Qu’est-ce que l’on peut vous souhaiter Louisiane ?
L’avenir, je n’y pense pas. Je pense à mon livre, à ce qu’il marche. Je suis déjà très contente de ce qu’il m’arrive. Je ne peux pas espérer mieux.

Propos recueillis par Vanessa Juliet

Les Méduses ont-elles sommeil ?, Louisiane C. Dor, éditions Gallimard., 5,40 euros.

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