Egalité, j'ai du mal à écrire ton nom

Société

Des portes déjà ouvertes, des dossiers déjà mis sur la table et pourtant une marge de progression des plus larges... À mi-chemin du tour de France de l’égalité qui doit permettre à la DDCSPP de dégager et faire remonter des pistes (1) pour ramener un peu d’égalité dans les rapports hommes/femmes, un premier bilan se dessine : la route est droite mais la pente est forte comme dirait l’au-tre...
Sur la Creuse, Agnès Zeppa, déléguée aux droits des femmes et à l’égalité homme/femme a recueilli de la matière au cours de cinq actions menées par des structures partenaires : un atelier avec les lycéens de Pierre-Bourdan ; un café violences à Intermède 23 ; un café des parents porté par AnimA autour de l’articulation des temps de vie ; un atelier sur l’entrepreunariat au féminin avec les entrepreneuses de Femmes de Creuse en Marche ; une rencon-tre entre agricultrices et BTS, organisée par le lycée agricole d’Ahun, la MSA et la chambre d’agriculture. Cinq directions et un problème récurrent, l’articulation des temps familial et professionnel. « C’est le thème transversal le plus marqué », analyse Agnès Zeppa. « La garde des enfants est problématique quand les métiers sont très prenants mais aussi dans le cadre de l’insertion professionnelle. Un problème d’autant plus marqué qu’il est lié aux revenus. »
Un phénomène souligné lors du café parent organisé par AnimA. La reprise ou le maintien en activité après avoir eu un enfant est compliqué pour la plupart des participantes. Non diplômées, elles disent n’avoir accès qu’à des emplois précaires en horaires atypiques (soir et week-end). Et les solutions de garde qui leur correspondent sont soit inexistantes soit inabordables. Reste un système D qui n’a qu’un temps, la solidarité entre amies ou voisines.
Une fois encore, au pays des droits de l’Homme, l’égalité en prend un coup, et la liberté est touchée, par ricochet : les femmes, en particulier les mères isolées, sont confrontées à un non-choix que pointe dans sa synthèse Agnès Zeppa : soit elles occupent un emploi peu reconnu, peu valorisé et peu rémunéré sur des horaires atypiques, qui occasionnent des frais de garde et la culpabilité de n’être pas disponible pour les enfants ; soit elles renoncent à travailler pour s’en occuper, ce qui signifie vivre des minima sociaux et à terme bénéficier d’une retraite minime. Entre autres pistes de réflexion soulevées, l’inversion des données du problème en proposant des formations aux personnes vivant en famille monoparentale permettant de les conduire vers un type d’emploi non soumis aux horaires atypiques.
Non-choix aussi pour les femmes qui évoluent dans le monde agricole qui, quoi qu’il arrive, sont, sur l’exploitation, au four et au moulin, à jongler entre les livres de comptes et de contes. Si, comme le souligne Marie-Christine Bertin, responsable du service social de la MSA, le statut de la femme évolue (2), reste un partage des tâches bien délimité : les  champs pour les hommes, l’administratif pour les femmes qui récupèrent au passage la gestion de la vie familiale. « Statistiquement ce qui est ressorti, aussi, c’est que lorsque l’exploitation est en difficulté, la personne qui sort pour chercher un travail à l’extérieur est la femme. Elle cumule emploi extérieur, fonction de comptable, de mère... elle cumule toujours », résume-t-elle.
Le cumul, mais pas la confiance. Pour un achat foncier, ou n’importe quel projet, les femmes peinent encore plus que les hommes à convaincre un interlocuteur bancaire. Un manque de confiance qui se traduit, chez les entrepreneuses, confrontées elles aussi aux problèmes de gestions des enfants, par une certaine déperdition de projets. La DDCSPP propose de développer le marrainage ou encore de créer un service de remplacement pour les indépendants mais aussi de développer les aides pour faciliter l’accès au crédit...
« La finalité de ce tour de France est d’ouvrir des chantiers et d’en poursuivre d’autres. Il y a des sujets qu’on connaît moins bien et qui seront remontés au secrétaire d’état à l’égalité. et il y a, comme la garde d’enfant, des dossiers ouverts. On ne part pas de rien, il y a des dispositifs existants mais des trous dans la raquette », résume Bernard Andrieu, directeur départemental de la DDCSPP. En résumé, le chemin sera long jusqu’à l’égalité avec les hommes... dont certains sont, aussi, plus égaux que d’autres. La route est droite, la pente verticale.

(1) Les conclusions sont prévues pour le 8 mars.
(2) Même si, niveau formation, les jeunes femmes ont toujours plus de difficulté à trouver un stage que les jeunes hommes qui ont moins à justifier de leurs compétences....