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Harold et Maude... et 35.000 euros

Justice

Harold et Maude (1) ne s’estiment plus. Le premier, qui a encaissé le chèque de 35.000€ que lui a donné la retraitée, n’encaisse pas la garde à vue qu’il a subi dans le cadre d’une enquête pour abus de confiance. Maude digère mal le fait que son agent immobilier - et néanmoins ami... à l’époque - ait détourné ses 35.000€. Harold comparaissait hier pour abus de confiance.
Les choses avaient pourtant bien commencé entre eux. Pas de découverte enflammée de passions communes type visites de chantiers de démolition ou virée en voiture volée mais une sympathie mutuelle très appuyée. Maude qui cherche à vendre sa maison dans le Puy-de-Dôme va rencontrer, par l’entremise de son notaire, Harold, qui deviendra son ami... et voisin, lorsque celle-ci emménagera dans l’est de la Creuse.
En bon ami, celui-ci va, comme il le dit, sortir du cadre réglementaire pour aider Maude aux prises avec sa banque (2), l’accompagner tout au long des travaux de sa nouvelle maison ou l’aider au quotidien. Tout est si idyllique que la question de l’adoption arrive sur le tapis... Tout est si flou qu’on ne sait pas de qui vient l’idée. Maude maintient qu’Harold lui en a fait la demande... Harold soutient que la proposition vient de Maude.
« Elle était contente de sa nouvelle maison et voulait me donner plein de choses, me mettre légataire universel, elle voulait même m’adopter », retrace Harold à la barre. « Un jour je suis allé la voir et elle m’a donné le chèque. Je l’ai accepté. » Ce qu’il qualifiera par ailleurs, de connerie qu’il regrette sincèrement.
Pour Maude le chèque ne tombe pas du ciel, il s’agissait d’un placement et non d’une donation : Harold lui a demandé, avec insistance la somme de 50.000€ pour réaliser un investissement. Maude finit par lâcher 35.000€ pour avoir la paix. Et, hormis le chèque, ne signe aucun document. Les sous, elle ne les reverra jamais.
Seul élément concret : le chèque débité le 4 septembre 2012. La somme atterrit sur le compte de la société d’Harold après avoir tran-sité sur le compte commun de Harold et son épouse, qui ne voit pas cette « donation » d’un bon œil : « On serait redevable à cette personne. »
« Vous ne vous êtes pas dit à un moment, c’est dangereux, que pourrait en penser sa famille ? », l’interroge le président du tribunal. « J’ai été naïf », regrette l’agent immobilier. Naïf autant que Maude dont l’avocat réclame la restitution des 35.000€, 5.000€ pour le préjudice financier, 20.000€ pour le préjudice moral.
Le problème, pour le ministère public, confronté à deux versions contradictoires,  reste naturellement l’abus de confiance en soi. Un don pour Harold, un prêt, pour Maude qui, au début, ne parle pas de placement... et pour la procureure un refus d’obligation contractuelle, peut-être, ou encore de l’extorsion, s’il y a eu pression, mais pas un élément constitutif d’un abus de confiance. « L’abus de confiance ne peut porter que sur des fonds remis à titre précaire. Aujourd’hui la remise à titre précaire n’est pas caractérisée, je demande la relaxe », explique la procureure. Une réquisition suivie par le tribunal.

(1) Prénoms d’emprunt.
(2) Les anomalies qu’Harold repère dans le dossier permettent d’effacer une partie de la dette de Maude... fait reconnu des deux parties en désaccord sur le montant qui s'élève, pour le premier, à bien plus de 35.000€, pour la seconde, à bien moins...

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