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Du savoir-faire au savoir reprendre

Artisanat

Ils sont quatre, chacun avec son parcours et ses motivations, mais avec un point commun : ils ont repris une entreprise en Creuse en 2018. Sébastien Pasquet, boucher charcutier à La Souterraine, Amandine Pairin, fleuriste à Fursac, Emilie Bourjon, créatrice-réparatrice de bijoux à Guéret et Aurélie Fieldler, coiffeuse à Fursac, témoignent.
Céline Canque, chargée de développement économique à la Chambre de métiers et de l’artisanat (CMA), a accompagné chacun de ces artisans dans leur processus de reprise d’entreprise. Un rôle de transmission-conseil pour les artisans, afin de les accompagner au mieux. «Il faut penser à anticiper, il faut entre 3 à 6 mois pour la transmission, mais en général il faut 2 à 3 ans au total pour trouver le bon repreneur», assure Céline Canque. La notion de savoir-faire est indispensable.
Le savoir-faire, nos quatre néo-repreneurs le possèdent déjà, aucun souci de ce côté là.  Pourtant, reprendre une entreprise n’a été simple pour aucun d’entre eux. En cause ? La lourdeur administrative.
«On ne s’attend pas à toute cette paperasse, ce n’est pas simple», soupire Emilie Bourjon. Elle a repris la bijouterie de ses parents à Guéret, en y intégrant un volet création et réparation. Dès le début, elle savait exactement ce qu’elle voulait, «pour moi c’était simple dans ma tête, tout tracé, mais avec toutes ces «barrières» de papiers, il faut en vouloir quand même», précise la bijoutière.
Constat partagé par Sébastien Pasquet, trente ans de métier en tant que boucher, qui a repris la boucherie de La Souterraine après la faillite de celle-ci. «Nous on connaît notre métier, le plus compliqué c’est le côté administratif». Les deux nouvelles venues à Fursac, la fleuriste qui a repris l’entreprise de son patron après neuf ans à travailler pour lui, et la coiffeuse qui souhaitait revenir sur ses terres, partagent cette opinion... et confirment l’importance de l’accompagnement de la CMA23 et du stage obligatoire commun à tous les repreneurs.
«C’est bien qu’on soit tous mélangés, moi ça m’a confortée dans mon choix, lui il a changé, c’est important d’avoir ces informations», constate Aurélie Fiedler.  Toujours est-il que les nouveaux chefs d’entreprise sont tous ravis d’être enfin à leur compte.
Sébastien Pasquet, installé depuis six mois, a le plus de recul. Si tout se passe bien pour le moment, il affirme néanmoins que «ce n’est pas simple de reprendre une clientèle». Constat partagé par Amandine Pairin, qui pourtant travaillait déjà dans la boutique depuis neuf ans «ce n’est pas comme s’ils ne me connaissaient pas».
La CMA 23 ne les a pas lâché dans la nature pour autant : un suivi est fait sur trois ans. La première année, trois points de suivi, et deux points les deux années suivantes, ensuite au gré des besoins. La CMA de la Creuse accompagne entre vingt et trente repreneurs par an. «On est vraiment bien encadrés, un mail et on nous répond». La CMA s’occupe aussi de la mise en relation, comme avec Initiative Creuse, et s’assure que le dossier est bien ficelé pour la demande de prêt à la banque.

RĂ©ponses Ă  une forte demande creusoise
Dans le cadre du mois de la transmission reprise en Nouvelle-Aquitaine, érick Pascal la CMA 23 tient à souligner l’enjeu «économique fondamental pour un département rural mais aussi pour l’artisanat» des reprises d’entreprises dans le département. Important pour le maintien du tissu économique, du savoir-faire, et de l’emploi. «Chez nous en Creuse, c’est 33% des artisans qui ont 55 ans et plus, et qui seront donc potentiellement en retraite demain», prévient Céline Canque. Sans compter ceux qui souhaitent vendre en cours de vie, pour des raisons familiales ou des envies de changement, tout simplement. De la même manière, chaque transmission est particulière, c’est aussi pour ça qu’une transmission prend du temps et qu’il est important de la travailler en amont. La CMA propose donc, des réunions occasionnelles et surtout, sur le long terme développe des plans d’accompagnement basés sur un premier rendez-vous d’information générale ; une phase de diagnostic ; une évaluation pour aboutir à une offre cohérente avec le prix du marché ; et enfin la diffusion. « On utilise des supports départementaux, régionaux, on communique aussi au national pour mettre en relation les cédants avec les reprenneurs », précise Céline Canque. « Mais pas uniquement. On cherche aussi à sensibiliser les chefs d’entreprise à ce qu’ils ont en interne, un salarié qui pourrait être intéressé ou même à penser au-delà à un ancien apprenti, un employé parti depuis. Il s’agit pour les artisans, commerçants, de faire savoir qu’ils sont cédants y compris en en parlant avec leurs fournisseurs. Le bouche à oreille est important aussi pour générer des contacts. »
Contacts : 05.55.51.27.28 ou c.canque@cma-gueret.fr