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Bâton trouvé, violence... à prouver

Tribunal

Le vieux militant syndical, politique, associatif qu’il est ne pouvait pas rester chez lui le 17 novembre, ni les jours qui ont suivis, pas plus que les semaines qui se sont enchaînées, et les mois qui se sont écoulés. Daniel Gargaud a tout naturellement trouvé sa place, parmi les gilets jaunes, sur le rond-point de La Croisière, dans les cortèges à Guéret. Et c’est tout naturellement qu’il va la première semaine du mouvement à la rencontre des gendarmes, parlementer, comme il a toujours eu l’habitude de le faire. Une habitude qui l’a finalement mené -si tant est qu’il ne s’agit pas de son engagement- devant le tribunal de Guéret, mercredi. Il est reproché à Daniel Gargaud d’avoir, le 24 novembre, commis à Saint-Maurice-la-Souterraine, menace, outrage et violence à l’encontre d’une personne dépositaire de l’autorité publique et un nouvel outrage, le 5 février, à Guéret.
Ce second épisode, capté par la caméra de la policière dont la mise en marche flegmatique a encouragé du même coup insultes, allusions à la Seconde Guerre mondiale et déclenché un doigt d’honneur (en direction de l’objectif), ne sera pas sujet à débat. Les faits, Daniel Gargaud les reconnaît et les regrette. « Ces mots ne vous étaient pas destinés », explique-t-il à l’adresse de la femme sous l’uniforme, « mais destinés à un ensemble, destinés au président. » Et son conseil, Guillaume Viennois, de dresser le parallèle avec Jean-Luc Mélenchon, coincé à l’extérieur de son local, tonnant du « la République c’est moi » au visage d’un policier impassible : « Plus le policier était calme, plus ça énervait l’homme politique, qui a pris ça pour une provocation. Cet homme politique a expliqué après, qu’il n’en avait pas après ce policier, mais après Macron ; le policier devant la porte était le bras armé du pouvoir, il s’en prenait au système, pas à la personne. Quand Daniel Gargaud dit qu’il s’adresse au président, il me fait penser à ce responsable politique... » Un parallèle, pas une excuse. Guillaume Viennois ne plaidera pas la relaxe. La partie civile demande un euro symbolique au titre du préjudice.
interprétations...        et intentions
Les événements du 24 novembre, la violence avec arme en particulier, sont davantage sujets à discussions et interprétations, lesquels oscillent du « Il a un bâton ! Et il fonce droit sur nous ! » pour le ministère public, à l’aide à la mobilité pour la défense. Dans les deux cas, du moins, il avait un bâton. Le fait est que Daniel Gargaud a été reconnu travailleur handicapé et que les onze opérations qu’il a subies au niveau de la colonne vertébrale ont laissé des marques, alors, les mobilisations, auxquelles il ne se voit pas renoncer, il peut les faire  parfois partiellement... comme il peut prendre appui sur un manche en bois ramassé sur un tas de palettes. « Je n’avais aucune intention belliqueuse », certifie le prévenu, dont le tribunal a cherché à reconstituer le parcours à l’aide d’une vidéo.
On l’y voit en effet entrer dans le champs en s’appuyant sur sa «canne», bifurquer à gauche, réapparaître ensuite, brièvement se diriger tranquillement vers le bloc qui arrive, tout en muscle et en carapace, dans un tintamarre de sirènes et de huées. Et... « Tenez, vous voyez, là , je suis à terre. »
Certains auront pu voir dans le petit bout de Daniel Gargaud visible avant de se retrouver à terre, la confirmation des témoignages de quatre militaires : une attitude menaçante d’un bras qui s’arme, un bâton dans le prolongement... d’autres tout simplement les lois de la physique à l’œuvre sur un corps en train de chuter. « Mais pourquoi alliez vous dans leur direction ? », interroge le procureur de la République. « Je voulais savoir pourquoi ils arrivaient avec la sirène alors que la semaine d’avant, les choses se passaient bien avec le capitaine du PSIG. »
Qu’importe finalement, aux yeux du ministère public, qui s’est fendu à l’intention de la présidente du tribunal d’un « soit vous considérez que les gendarmes mentent et vous le relaxez, soit vous estimez qu’ils disent la vérité et vous le condamnez » pour le moins péremptoire, c’est très simple : « La jurisprudence est claire, il n’est pas nécessaire de porter un coup pour que la violence soit caractérisée. Sur une situation tendue, tenir un bâton de 90 cm, même s’il n’est pas en l’air, c’est une violence caractérisée », déclare le procureur qui requiert 5 mois de prison avec sursis...
Pas si simple, pour Guillaume Viennois qui souligne le fait que dans son raccourci, le procureur a oublié la question de l’intention. « Rien ne prouve que Daniel Gargaud ait eu l’intention de porter atteinte à l’intégrité physique des gendarmes. On le voit se diriger tranquillement vers eux, pas se ruer vers eux, le bâton au dessus de la tête comme ça, comme quelqu’un qui veut en découdre. D’ailleurs le 14 février, il n’a pas été placé en garde à vue pour violence. »
Quant aux témoignages sur lesquels reposent essentiellement l’accusation, la lecture qu’en fait l’avocat fait apparaître des divergences entre celui qui déclare avoir vu le prévenu tenir le bâton des deux mains, celui qui affirme qu’il s’est approché le bras tendu et le bâton le long du corps... flottement qui vient renforcer l’ambiguïté de la qualification, le gendarme victime des violences n’est pas celui vers lequel, d’après les témoignages toujours, le prévenu se serait dirigé.
Le jugement sera rendu le 26 juin à 13h30... Mais les questions demeureront : quel distance sépare à présent, « sur une situation tendue », un bâton, une banderole, un autocollant, un crayon, une banane, d’une arme et leur utilisation d’un acte de violence ? Et, plus grave, quelle distance nous sépare de la suppression pleine et entière du droit de manifester, du droit de s’exprimer, du droit de remettre en cause ?

Les GJ de Creuse soutiennent Daniel Gargaud

Le 29 mai, les gilets jaunes de Creuse s’étaient donné pour mission de soutenir leur collègue Daniel Gargaud, jugé au tribunal de Guéret pour « outrage à agent, menace de crime ou délit contre les gendarmes et de violence sans incapacité avec arme  » (voir ci-dessus).
Tandis que Daniel Gargaud se trouve dans le tribunal avec quelques citoyens qui sont entrés après avoir retiré leur gilets jaunes et montré leur carte d'identité, d’'autres sont devant le tribunal avec leur caravane jaune et leurs pancartes de soutien où sont inscrites des phrases prononcées par des policiers pendant les manifestations pacifiques telles que « dégage vieille truie » émise par un policier à Nantes, le 15 décembre.
Le but est de montrer l’absurdité du motif de ce jugement par rapport aux insultes et menaces proférées par les policiers à l'encontre des citoyens durant les rassemblements. Pour le moment, aucune plainte déposée contre ces derniers n'a abouti. Ils sont présents eux aussi, quatre policiers venus à l'entrée du tribunal peu de temps après l'arrivée des premiers citoyens, présents sur place à partir de 13h.
Près de la caravane, une boite était à disposition pour faire des dons pour soutenir Daniel Gargaud qui a préalablement donné son accord.