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Un Suisse en première ligne

Histoire

L’association pour la recherche sur la Résistance et l’occupation dans la Creuse vient de faire paraître le bulletin n°52, résultat des recherches récentes. Une nouveauté n’arrivant jamais seule, la première des deux publications qu’il contient est signée de la main d’un nouvel adhérent de l’ARROC, Michel Thébault, correspondant du Maitron des fusillés (1).
« C’est un nouvel adhérent précieux parce qu’il apporte des éléments nouveaux », explique Christophe Moreigne, l’un des chercheurs de l’association. « On croyait tout savoir sur Combeauvert,  mais il a trouvé à Caen, à la division des archives des victimes des conflits contemporains, des éléments qui apporte un éclairage  nouveau sur la chronologie des deux convois. »
Christophe Moreigne a travaillé, lui, sur Eddy Oelschläger, un personnage peu connu du grand public, qui a été témoin majeur -et actif- des événements du 9 juin 1944, la reprise de Guéret par les Allemands, et témoin direct de la libération définitive le 24 août. Un exposé rendu relativement complet par l’acquisition par l’ARROC d’une partie des papiers Oelschläger. Le dit Oelschläger est arrivé en 1940 à Guéret où il est chargé de diriger la Nationale caisse enregistreuse, entreprise située place Bonnyaud... en d’autres termes, il est aux premières loges lors de l’incendie de la  kommandantur le 7 juin ou du départ en catastrophe, le 24 août, des miliciens : véhicules en pannes, miliciens trop nombreux, mobilier abandonné et brûlé sur place (2)...
Mais ce n’est pas tant où il vit qui en fera un témoin majeur des événements de juin que d’où il vient : Eddy Oelschläger est Suisse... et germanophone. Aussi quand le maire Adrien Arfeuillère a à négocier une transition délicate avec les Allemands après le départ contraint des Résistants qui viennent de libérer Guéret, c’est vers lui qu’il se tourne.
« On sait que la ville va être reprise et on sait que les Allemands n’ont pas digéré cette première prise d’un chef-lieu de département. Le maire doit donc aller aux devants d’eux et il va lui falloir un bon traducteur... », retrace Christophe Moreigne. C’est ainsi qu’il se retrouve ce 9 juin, à 17h, à la mairie, à participer à un échange déterminant pour les Guérétois... et tout particulièrement du millier d’entre eux encore (3) retenus en otage sur la place Bonnyaud.
Ils seront libérés à l’issue de la réu-nion. « Un élément qui a joué aussi, c’est qu’ils avaient en face d’eux un capitaine de la wehrmacht et non des SS, arrivés en retard parce qu’ils se sont arrêté à Combeauvert, on sait pourquoi... » Cette issue n’est en tout cas pas dûe, comme la mémoire collective l’a retenu pendant près de 40 à un diplomate de Franco, au final passé par hasard et reparti assez tôt, avant même la réunion décisive...
Tous les détails dans  le bulletin n°52 de l’ARROC disponible à la Maison de la presse et Aux Belles Images à Guéret. Tarif 10 €.

(1)Tout comme le Maitron original, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier (1789-1968), il s’agit d’une base de données regroupant les biographies des fusillés et exécutés par condamnations et comme otages et guillotinés  en France pendant l’occupation.
(2) Les notes d’Eddy Oelschläger sont intégrées dans la publication. On y trouve du reste - et entre autres - des photos prises par le Suisse ainsi que la transcription intégrale de l’interview qu’il a donné à Guy Marchadier en 1996.
(3) La libération des femmes et des enfants a été obtenue un peu plus tôt.

Parution : Christian Penot retrace l’histoire de la milice

Membre de la même association pour la recherche sur la Résistance et l’occupation dans la Creuse (lire ci-dessus), Christian Penot décortique l’histoire de la Seconde Guerre mondiale depuis une quinzaine d’année. Après s’être penché sur le colonel François (1),  les parachutages en Creuse, la mission Bergamotte ou encore l’itinéraire d’une collaboratrice (2), Christian Penot s’est intéressé à l’histoire de la milice en Creuse dont il a tiré un ouvrage...
Un ouvrage qui s’inscrit dans la dynamique qu’a provoqué l’ouverture des archives judiciaires en 2015. « Pendant très longtemps on a eu des livres, comme ceux de Marc Parrotin ou René Castille, qui étaient essentiellement basés sur témoignages, avec la fragilité que ça comporte. À présent, on a accès à une masse énorme de rapports, de documents militaires jusque-là classifiés... Mais voilà, on est passé d’une période où il y avait beaucoup de témoignages et peu de documents à une période où on a accès à beaucoup de documentation mais où les témoins sont de plus en plus rares... », explique l’auteur qui a épluché les documents internes de la milice.
Histoire de la milice en Creuse re-prend la naissance, le développement et la disparition d’une organisation qui n’a jamais réellement pris en Creuse grâce à une Résistance bien implantée, notamment dans l’administration locale : « La préfecture a toujours refusé de leur transmettre les fichiers des juifs, c’est quelque chose qui les a beaucoup freiné. »
L’un des éléments marquants notés par le chercheur tient dans la composition même de la milice (3) qui regroupe autour d’un noyau dur constitué de membres de partis d’extrême droite ou de droite nationaliste : des conservateurs favorables à Vichy (classe moyenne et commerçant) ; des jeunes (enfants de miliciens ou jeunes entrés dans la milice pour échapper au STO) et une majeure partie d’opportunistes... Mais là où les agriculteurs représentent 50% de la population active de l’époque, ils forment 20% à peine des rangs de la milice.
« Cet élément indique que la majeure partie de la population est hostile à la milice », insiste Christian Penot. « Et ce qui s’est passé au bois du Thouraud a marqué la rupture avec la population. À partir de septembre 1943 les hostilités sont ouvertes. »
Au printemps 1944, la milice monte un premier plan visant à vider Guéret des opposants hostiles... le plan découvert par Christian Penot aux archives est accompagnée d’une liste de noms répertoriés avec un code couleur : rouge pour ceux qu’ils appelaient les «francs popu», bleu pour les gaullistes et jaunes pour les juifs. Le plan ne sera pas mis à exécution... au printemps, du moins : 80 personnes ont été raflées le 25 juin 1944 suite à la première libération de Guéret...
Histoire de la milice en Creuse édité chez la geste, 22 €. À noter que l’auteur  sera présent en dédicaces à l’Espace culturel du centre Leclerc de Guéret samedi 15 juin, de 10h à 12h et de 14h à 18h.
(1) Du maquis creusois à la bataille d’Alger, Albert Fossey dit François, de la Résistance à l’obéissance, L’Harmattan, 2014.
(2) Sujets qui ont donné lieu à des publications au sein du bulletin de l’ARROC.
(3) Laquelle suivant les périodes compte 130 à 188 membres.

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