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L'association qui protège les chemins creusois

ADMVC

Il y a 20 ans Dominique Blin, originaire d’Aubusson, crée l’association ADMVC (Association pour la défense et la mise en valeur des chemins) après avoir tenté d’empêcher la vente d’un chemin public à un agriculteur près de Bellegarde-en-Marche. En cherchant à faire avorter cette transaction, elle fait une surprenante découverte. « Les mairies ont tout à fait le droit de ven-dre des chemins publics à des particuliers. » Dans le village, c’est la stupéfaction, personne ne s’attendait à se retrouver devant cette difficulté. Le maire de l’époque refusera de revenir sur la promesse de vente puisque c’était son deuxième adjoint qui devait l’obtenir. Le conseil municipal votera l’autorisation de la vente.
C’est alors que Mme Blin, ainsi qu’une vingtaine de personnes l’accompagnant, tentera tout pour sauver ce chemin, un combat qui durera 8 jours. Une rencontre salutaire permettra aux villageois d’empêcher la cession du chemin, le sous-préfet d’Aubusson de l’époque savait que si on laissait partir les chemins aux privés beaucoup de gens serait lésés alors quand la future créatrice de l’association se présenta avec une pétition qui demandait le retrait de cette demande d’achat, le sous-préfet accepta d’intervenir. « Par chance, il fera passer le bien commun avant le privé. »
Après cette bataille, Mme Blin créa l’association qui compte dé-sormais entre 260 et 280 adhérents chaque année. Très vite elle saisira la presse et commencera à sensibiliser les Creusois avec ce problème épineux puis s’associera avec la Fédération de randonnée pédestre, un acteur juridique important qui apportera beaucoup de soutien par rapport à la vente de chemin excessive.
Et ce cas de figure ne concerne pas que la Creuse, tous les départements français sont touchés par ce phénomène d’appropriation des biens publics par un privé. « Il nous a semblé nécessaire d’aider les plus démunis », c’est par cette pensée que Dominique a été guidée pour organiser les actions de l’association. Chaque année, les adhérents reçoivent trois newsletters leur transmettant des informations, un site web a également été mis en place mais ils recherchent une personne compétente pour le faire fonctionner. L’ADMVC organise également chaque année des randonnées de 8 km environ, tous les dimanches et aussi les mercredis pendant tout l’été.
Ils agissent également sur le terrain dès qu’un dilemme de ce type apparaît avec des échanges et des négociations avec les mairies mais cela n’a rien d’évident puisque les maires des petits villages ont trop vite tendance à privatiser les chemins pour obtenir des voix permettant leur réélection, des actes de copinages bien connus des habitants ruraux qui se répètent trop souvent à leurs goûts car ils sont fiers de pouvoir profiter des petits patrimoines qui bordent les chemins qu’ils aiment arpenter régulièrement.
Il n’y a pas qu’avec les mairies que l’association négocie, elle rencontre aussi l’acheteur et tente de lui faire renoncer à la vente et ensuite le vendeur. Ils sont parfois amené à discuter avec des députés ou des sénateurs ce qui ne facilitent pas les négociations bien au contraire.
Quand les discussions ne donnent rien, c’est le moment de l’enquête publique qui est obligatoire et dure 15 jours avec un commissaire d’enquête impartial, puisque nommé par le préfet. Ce qu’il y a c’est que les maires ont le libre choix d’accepter ou non le résultat de l’enquête rendu deux mois après son commencement.
Si là encore, le processus de vente reste inchangé alors l’association n’a d’autre choix que d’emmener le dossier devant la justice. C’est le cas pour la commune de Saint-Oradour-près-Crocq où deux agriculteurs ont demandé l’aide de l’association «les gens sont désemparés face à ses ventes et ils s’adressent à notre association, nous travaillons donc avec eux. » Pour cette commune, le maire n’a rien voulu céder étant donné qu’il vendait le chemin à son troisième adjoint, le fait qu’il relie deux hameaux préoccupe moins le maire que le fait de ne pas satisfaire son collègue de travail. Alors l’association n’a eu d’autres choix que de saisir le tribunal administratif de Limoges et ensuite la cour d’appel de Bordeaux en dernière instance.
Fort heureusement « la majeure partie du temps la discussion suffit, on cherche à régler les problèmes calmement en cherchant tous les arrangements possibles. Il est très rare d’avoir à saisir le tribunal administratif. On cherche à faire comprendre qu’un chemin qui est utilisé par tous n’a pas à être privatiser en privilégiant le dialogue, c’est très délicat et il faut beaucoup de diplomatie. »

Le samedi 13 juillet, l’association fêtera ses 20 ans avec une assemblée générale et un pot spécial à la salle des fêtes de Bosroger à 17h.

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