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Ils n’oublieront pas Oradour

Mémoire

Mardi 26 élèves du lycée professionnel Pablo Picasso de Périgueux sont partis avec leurs professeurs et des membres de l’Association des Fils et Filles des Morts pour la France pour une visite du centre de la mémoire et du village martyr d’Oradour-sur-Glane.

Ce voyage était offert par l’association des Fils et Filles des Morts pour la France qui organise ce voyage depuis plusieurs années.
Outre son soutien aux pupilles de la Nation et sa participation aux cérémonies (voir par ailleurs), l’association œuvre auprès des jeunes dans le cadre du devoir de mémoire. « En Dordogne nous finançons pour les établissements volontaires un voyage à Oradour-sur-Glane. Cette année nous avons eu le collège de Coulounieix-Chamiers et le lycée professionnel Picasso. Il nous arrive aussi de témoigner dans des classes même si nous le faisons encore peu car nous préférons laisser les derniers témoins directs le faire. Mais cette année ma cousine Sylvette Veyrier a été témoigner au collège de Coulounieix-Chamiers, dans le cadre de l’étude du nom des rues pour expliquer la raison de la
« Rue des frères Peypelut » et leur a donc expliqué le parcours de mon père Yacinthe et de son frère Georges. Nous avons été aidés dans ce travail de pédagogie active par Jean-Paul Bedoin président de l’Anacr de Dordogne qui a réalisé un panneau explicatif assez significatif sur le parcours de nos deux pères. ça fait maintenant plusieurs années que j’accompagne les jeunes de Picasso à Oradour et je prends toujours autant de plaisir à voir des jeunes curieux, sensibles et attentifs. Ils ont incontestablement été touchés par ce qu’ils ont compris et appris aujourd’hui, c’est donc une grande satisfaction. Je sais qu’ils vont continuer à travailler sur ce voyage afin de réaliser des panneaux pour une petite exposition qui sera présente sur la 6e édition du Salon régional  Mémoire, Résistance et Déportation les 25 et 26 novembre », explique Maguy Peypelut-Marois vice-président de l’association.
Cela fait maintenant une dizaine d’années que Picasso participe à ce voyage sous l’impulsion d’ Annabel Lamigeon professeur d’histoire en poste à Picasso depuis quinze ans qui emmenait cette année 28 élèves de Bac pro Assp (Accompagnement soins et services à la personne), et huit élèves de terminale Cap employés de commerces multi-services. « Nous faisons ça dans le cadre de notre cours d’histoire sur la séquence « De l’État Français à la 4e République» du programme de 1ère Bac pro. Et nous avons bien dû envoyer une vingtaine de classes à Oradour-sur-Glane dans le cadre du devoir de Mémoire avec l’association des Fils et Filles des Morts pour la France », explique Annabel Lamigeon. « A chaque fois, cela donne lieu à un travail après la visite et cette année ce sera une exposition pour le 6e Salon Mémoire Résistance et Déportation. A chaque fois les élèves sont satisfaits de cette découverte et cet enrichissement culturel. Nous avons aussi emmené des classes chaque année depuis 2014 au maquis de Durestal qui a été reconstitué en 2013. Chaque fois cette visite est commentée par Jean-Paul Bedoin président de l’Anacr de Dordogne. Et comme chaque année depuis quinze ans nous participons au concours national de la Résistance et recevons d’anciens résistants ou déportés qui viennent témoigner en classe. Lundi nous avons ainsi reçu Ralph Finkler et en début d’année, c’est Vincent Garcia qui est venu témoigner. Aujourd’hui nous avons la chance d’avoir avec nous deux membres des Fils et Filles des Morts pour la France qui ont pu témoigner des parcours de leurs pères ce qui est tout de même un plus en terme d’authenticité », conclut Annabel Lamigeon.
Des témoignages poignants
En effet à l’aller Maguy Peypelut-Marois a retracé aux élèves le parcours de son père Yacinthe et de son oncle Georges. « Mon père habitait Manzac-sur-Vern et son frère à Coulounieix-Chamiers, ils étaient tous deux maçons et en février 1943 mon père qui faisait déjà partie des réseaux de résistance depuis 1942, a eu un chantier dans une ferme située à moins de huit kilomètres dans laquelle étaient installés un poste de commandement de la Résistance avec un poste de radio. Ils avaient été dénoncés et le 11 juin la gestapo et les miliciens se sont rendu sur place où ils n’ont rien trouvé puisque les résistants avaient changé de lieu. Mais ils ont molesté le fermier et ses employés et mon père qui arrivait sur son chantier, voyant ça, s’est réfugié dans les bois, récupérant au passage le fils du fermier blessé par les Allemands qu’il a aidé à se soigner. Le 13 juillet les Allemands sont arrivés à la maison où ma mère se trouvait seule en recherchant mon père. Elle leur a répondu qu’il se trouvait sur un de ses nombreux chantiers sans pouvoir préciser lequel, elles les a donc baladés de chantier en chantier sans qu’on retrouve son mari. Ils sont revenus le lendemain et ont emprisonné ma mère pendant un mois. Le 19 mars 1944, mon oncle Georges amène à mon père deux jeunes qui voulaient rejoindre le maquis et échapper au Sto. Après avoir accueilli les deux jeunes, mon père et son frère décident d’aller dormir à Manzac-sur-Vern plutôt que de dormir dans les bois car il faisait froid. Le lendemain à huit heures la gestapo les arrêtaient sur place ». Emmené à Limoges son père est vigoureusement interrogé et est fusillé le 26 mars à Brantôme avec 25 autres otages. Son frère Georges est envoyé à Buchenwald où il décède le 5 septembre. C’est ensuite Jacqueline Vincendreau vice-présidente de l’association qui a témoigné sur le parcours de son père Lucien Audouin commandant de la brigade de gendarmerie de Bergerac qui « comme beaucoup était résistant, travaillant le jour et œuvrant pour la Résistance la nuit », explique-t-elle. Dénoncé , il est arrêté avec quatre de ses collègues gendarmes le 10 juin 1944, « le jour de mes 20 mois », explique-t-elle des larmes dans la voix. Torturé, il ne parla pas réussissant à disculper ses collègues qui furent libérés. Pour le punir les Allemands lui coupèrent un pied. Il fut ensuite envoyé au camp de Hersbrugh où il mourut le 1er décembre 1944 à 41 ans, laissant une femme et cinq enfants. Des témoignages bouleversants qui introduisaient bien cette journée de mémoire, montrant que malgré les horreurs commises par certains, d’autres avaient choisi une autre voie.

L’association
L’association des Fils et Filles des Morts pour la France a été créée dans les années 20 pour venir en aide à toutes les veuves et les orphelins de guerre qui étaient en grand nombre. Elle est placée sous la responsabilité du secrétariat d’état aux anciens combattants et de l’Onac. Ses membres ont reçu le titre honorifique de Pupilles de la nation « qui est délivré par les Tribunaux », explique Maguy Peypelut-Marois, vice-présidente de l’association en Dordogne. « Ce titre nous a donné droit il y a quelques années à une indemnisation pour ceux dont les parents ont été déportés, fusillés ou victimes de la barbarie nazie ». L’association s’étant limitée aux deux conflits mondiaux, il reste aujourd’hui peu de pupilles de ces deux conflits et l’association compte 73 adhérents. Elle participe à de nombreuses cérémonies mais aussi activement au devoir de mémoire.

Ingrid commerçon, 17 ans, 1ère ASSP
Je n’avais jamais été là-bas, mais j’en avais entendu parler dans le cadre du cours et je trouve que ça permet de le rendre plus vivant à travers cette visite. C’était très intéressant de voir ce qui s’est passé mais aussi de rendre hommage aux victimes et de continuer à faire savoir ce qui s’est passé là-bas. Je trouve ça important. Bien sûr l’atmosphère est plutôt lourde, on ressent ce qui s’y est passé et qu’il n’y a pas eu de moment très joyeux là-bas, mais je trouve ça bien qu’ils aient laissé les lieux tels qu’ils étaient après le massacre. ça permet de mieux se rendre compte qu’il y a eu de la vie ici avant le 10 juin 1944. Je pense donc que c’est un lieu à visiter pour ceux qui ne l’ont pas encore fait. La visite du centre de Mémoire le matin a permis de préciser plusieurs choses avant la visite du village même si nous avions déjà des réponses puisque nous avions préparé la visite en cours avec un documentaire, et connaissions donc l’enchaînement des événements.

Chloé Brennand, 17 ans 1ère ASSP
J’ai beaucoup aimé cette sortie, car je ne suis ni de France, ni du Périgord. Je suis né en Angleterre et je trouve très intéressant de savoir ce qui s’est passé dans la région. La visite du centre était très enrichissante car ça explique le contexte historique et le déroulement précis des événements, avant, pendant et après le massacre. C’est donc très complet. La visite du village c’était à la fois très intéressant puisqu’on comprend dans quelles conditions les gens sont morts, et émouvant car nous sommes passés sur les lieux où ils ont été tués et brûlés vifs. J’ai vraiment appris beaucoup de choses. Je trouve ça beaucoup plus intéressant d’aller visiter les lieux où les choses se sont passées plutôt que de s’asseoir dans une classe et de simplement en entendre parler. Et nous avions préparé la visite, on savait la façon dont ça s’est passé, l'encerclement, le regroupement de la population la constitution des groupes et les lieux où ils ont été tués. C’était donc plus facile à suivre que de tout devoir apprendre sur place.

Philippe Jolivet

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