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Plus de 3000 « fainéants » dans la rue

Social

2 500 à Périgueux (1 800 selon la police), 500 à Bergerac et 150 à Sarlat, la journée de mobilisation dans la fonction publique a été un véritable succès avec des inquiétudes spécifiques dans les trois fonctions publiques et une convergence des luttes pour la CGT.

Pari réussi pour l’intersyndicale Cdft, Cfe-Cgc, Cftc, Cgt, Fa, Fo, Fsu, Unsa et Solidaires hier en Dordogne. A Périgueux, c’est Béatrice Sarnac de Fo qui a pris la parole au nom de l’intersyndicale pour dénoncer, « les mesures négatives qui s’accumulent pour les agents de la fonction publique ». Et pour cause Emmanuel Macron fait feu de tous bois contre les fonctionnaires : gel de la valeur du point d’indice, rétablissement de la journée de carence, 120 000 suppressions d’emplois, et hausse de la Csg. Elle a ainsi rappelé le président à ses vœux pieux, lui qui promettait aux fonctionnaires : « j’augmenterai votre pouvoir d’achat, comme celui des salariés des entreprises : vous paierez moins de cotisations et votre salaire net sera augmenté d’autant ». « Pour les fonctionnaires la hausse de la Csg se traduira au mieux par une simple compensation, c’est-à-dire sans gain de pouvoir d’achat », explique-t-elle rappelant que les organisations syndicales exigent, « une véritable négociation salariale qui aboutisse à une réelle reconnaissance du travail, des missions, et de l’engagement professionnel des agents par une augmentation du pouvoir d’achat et la revalorisation des carrières, le non rétablissement de la journée de carence et les moyens nécessaires pour permettre aux agents d’exercer leurs missions de services publics ». Et chaque fonction publique a des  inquiétudes spécifiques à l’image de l’éducation nationale, notamment avec l’annonce de suppressions de postes, « en Dordogne elles nous impactent déjà avec un manque de professeurs de mathématiques, d’histoire et géographie, d’économie et d’Eps. On est déjà obligé de recruter des contractuels, donc des précaires à temps complet »,  explique Teddy Guitton pour la Fsu, « et on nous parle de 120 000 suppressions de postes ? Vu de nos territoires ruraux, on ne peut pas laisser passer. L’autre inquiétude, ce sont aussi les déclarations de Macron sur le point d’indice différencié entre les différentes fonctions publiques. Entre les promesses du candidat et les actions du président,  son augmentation du pouvoir d’achat, on ne le voit pas. Quant à la compensation de la Csg proposée aux syndicats, elle ne concerne que les personnels en place et pas les nouveaux recrutés ». A la Cgt on a voulu faire de cette mobilisation une journée de convergence des luttes, « ce qui fait la différence, c’est que nous faisons le lien entre le privé et le public. On a aujourd’hui un patronat et un gouvernement qui passent leur temps à diverger les intérêts du public et du privé, des retraités, des chômeurs et des actifs. Pour la Cgt nous n’avons pas une fonction publique qui vit en dehors de la société, et quand des ordonnances viennent attaquer les droits des travailleurs du privé, ça a aussi des incidences sur ceux du public et vice versa. C’est pourquoi nous avions appelé pour cette journée à une convergence des luttes entre privé et public à travers un calendrier revendicatif », explique Mathieu Le Roch.
Dans le secteur de la santé et de l’action sociale, « la priorité pour nous ce sont les suppressions de postes massives et les restrictions budgétaires qui détruisent de plus en plus les services publics hospitaliers et d’action sociale, et le manque de reconnaissance professionnelle. Il y a du maltravail qui fait que les gens souffrent et ne se reconnaissent plus dans le métier qu’ils ont choisi à la base. Aujourd’hui les usagers n’ont plus accès au service public auquel ils ont droit. Les droits  fondamentaux sur la santé sont attaqués car les hôpitaux publics n’assurent plus toutes les spécialités, puisque les plus lucratives ont été transférées au secteur privé. Donc sans moyen on ne peut pas se faire soigner. De même le grand âge n’est pas pris en compte par la société comme il devrait l’être. Les situations en Ehpad sont catastrophiques, les personnels sont épuisés et en sous-effectifs et les usagers subissent une maltraîtance institutionnelle », explique Bernadette Dubourg de la Cgt Santé et action sociale. « Tout ceci rentre pour nous dans le cadre de la reconquête de la protection sociale. A la Cgt nous considérons que tout est lié. On ne peut pas donner toujours plus aux actionnaires et continuer de réduire le budget de la sécurité sociale avec encore 4,5 milliards d’économies imposées cette année. Les conséquences de la loi travail affecteront les fonctionnaires à plus ou moins long terme donc nous appelons toujours à combattre cette loi néfaste ». Dans la fonction publique territoriale enfin, si l’on partage les revendications c’est la baisse des dotations aux collectivités qui inquiète.
« Nous les subissons de plein fouet, il n’y a plus de possibilité de remplacer les longues absences. Il y a donc des conditions de travail très dégradées par ces baisses de dotations », explique Pascale Cuisinier de la Cgt des territoriaux, « d’autre part lorsque la loi Notre sera entièrement appliquée et qu’il n’existera plus que les régions et les Epci, on ne sait pas ce que deviendront les salariés du conseil départemental et c’est à horizon 2021-2022 ». Une mobilisation de fond pour Vianney le Vacon élu Pcf de Périgueux, « on sent qu’il y a une véritable mobilisation avec une volonté d’être tous ensemble. Là on peut regarder l’avenir de façon positive et combative car le gouvernement Macron est en train de foutre en l’air le pays. Je l’ai particulièrement ressenti samedi matin sur le marché où nous faisions signer la pétition pour les ateliers du Toulon. On sent monter la colère dans toutes les couches de la population, car on nous a parlé des ateliers mais aussi de la Csg et des Apl. J’ai rarement ressenti ça sur un marché, on sent que le pays est en train de se mettre en mouvement pour sortir de 30 ans de libéralisme. Et Macron c’est ça, ce n’est pas un homme neuf mais le porte-parole du libéralisme que nous subissons depuis trente ans ».

Les cheminots également dans la lutte
Les cheminots avaient également voté la grève et se sont réunis hier matin devant le Technicentre avant de rejoindre le cortège de manifestants.
La Direction avait déserté les lieux et les cheminots ont déploré qu’il n’y ait même pas un responsable des ressources humaines pour les écouter. Dénonçant une fois de plus l’annonce de la suppression de 30 postes aux ateliers de Périgueux et de 135 à Saintes, Olivier Riffet au nom de la Cgt a rappelé que « les hostilités avaient été ouvertes en 2017 par Périgueux avec 90 postes et 30 à Saintes. C’est malheureusement à Saintes de payer le prix fort aujourd’hui. Pour seule compensation la direction annonce un maintien de 75 cheminots avec une activité de kitting déjà commencée à être mise en place en 2017 et une activité confections seulement courant 2019. Mais quelle activité confection alors qu’à Périgueux comme ailleurs, ces charges ont pour la plupart été données au privé. Il n’y a pas longtemps il y a avait une équipe complète aux machines outils, aujourd’hui il reste deux agents ». Et pour lui l’avenir n’est guère plus rose pour Périgueux, « dont la seule charge voiture est du matériel radié à court terme et qui passe pour la dernière fois à l'atelier entre 2018 et 2019. Visiblement il n’y a que le président du Conseil régional pour croire que Périgueux a de l’avenir en charge voiture ». Et celui-ci de rappeler que le 3 octobre dernier la direction du Matériel avait refusé de donner la charge de travail pour 2018 et les effectifs qui y sont liés aux cheminots, « seule annonce faite au minimum 30 emplois supprimés à Périgueux et 135 à Saintes d’ici 2019 ».
Mais les cheminots avaient également souhaité inscrire cette action dans la lutte contre la loi travail « qui veut faire revenir les salariés au 19e siècle, les rendant corvéables et soumis au patronat » et a appelé à l’unité rappelant que le 21 septembre « une grande partie des UD FO ont appelé à la mobilisation malgré la position de leur secrétaire fédéral. Les dirigeants ont des confédération Cdft et FO entre autres ont beau dire que la loi est bonne, leur base n’est pas d’accord et sous la pression des salariés cette journée s’est transformée en convergence des luttes. L’unité se fera donc une fois de plus par la pression des salariés ».
Olivier Riffet avait cependant une bonne nouvelle pour les cheminots, bien qu’un peu tardive.
Elle venait du sénateur Claude-Bérit-Débat qui dans un courriel intitulé « Définir une stratégie industrielle ambitieuse pour les ateliers Sncf » dont le constat est celui des cheminots depuis des années. En effet il parle de « projet insuffisant » qui « entérinerait la fermeture de l’activité de rénovation voitures à Saintes », ou encore d’une « absence notable de vision et de stratégie industrielle ». Revenant sur l’annonce il y a deux ans de la suppression de 90 postes à Périgueux et 30 à Saintes, il a rappelé que « la direction Sncf n’avait alors tenu aucun compte des propositions faites à l’époque par les salariés ».  La cerise sur le gâteau pour les cheminots sont les propositions du Sénateur qui sont celles que martèlent depuis des mois les cheminots à savoir se positionner sur de nouveaux matériels comme les Ter 72500 et 73500 ou  encore les autorails grande capacité (AGC). Il rappelle cependant que « ces trains étant toutefois la propriété de la Région, il convient de convaincre le président du bien-fondé du projet Charente-Périgord ». Un positionnement qui n’est pas le fruit du hasard pour Olivier Riffet, « ce n’est pas pour rien qu’on en est là, mais bien parce qu’on a mis la pression ».

Philippe Jolivet

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