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Le compte n’y est pas

Transports

Suite au comité de ligne qui s’est tenu jeudi soir à Boulazac la CGT cheminots déplore une fois de plus le manque de moyens pour lui permettre d’assurer un service public digne de ce nom. La Région vient en effet d’entériner une baisse de 35 millions d’euros de dotations en moins pour le rail.

Si les cheminots déplorent le choix du lieu et de l’heure (18 h à Boulazac) peu commode, ils saluent en revanche la présence des élus et des usagers présents puisque la salle était pleine. « Il y avait des participants en attente d’offre ferroviaire et attentif à ce qui se passe en Dordogne », explique Jérôme Jean, secrétaire de la CGT cheminots. Mais le constat est loin d’être satisfaisant pour les cheminots. « La nouvelle convention TER signée en avril entre la Région et la SNCF s’est largement inspirée de la loi de 2018 sur la réforme du ferroviaire qui n’entrera en vigueur qu’au 1er janvier prochain. Elle entérine malheureusement 35 millions de dotation en moins pour le ferroviaire, l’allotissement du réseau avec cinq lots de lignes dont deux seront ouvertes à la concurrence. Alain Rousset est très volontaire sur cette question. Mais elle entérine aussi le fait que les trains ne seront plus forcément accompagnés d’un contrôleur et la radiation du matériel 72 500 (rames de train) alors que nous avons aujourd’hui un parc sous-dimensionné. Aujourd’hui encore sur le train de 14 h 05 pour Bordeaux on va faire descendre des passagers qui devront rejoindre leur destination en bus ou en taxi parce qu’il n’y a pas assez de places dans le train et ça se passe comme ça toutes les semaines aux heures de pointes. Et ce, alors qu’on a un technicentre à Périgueux qui est en capacité de faire l’entretien et même la rénovation complète des matériels 72 500. Nous sommes donc très en colère face à cette politique de renoncement au ferroviaire malgré les enjeux climatiques et les besoins de transport des
voyageurs ».
Lors de ce comité de ligne Bertran Cathus, conseiller régional a également annoncé l’achat de rames Régiolis. Une aberration économique pour Jérôme Jean, « bien sûr qu’il faut renouveler petit à petit, mais aujourd’hui la réfection totale d’une rame 72 500 revient toujours moins cher que l’achat de rame ». Et pour Olivier Riffet membre du bureau, « ces rames sont jetables, elles sont conçues pour ne pas être rénovées à mi-vie. Elles rouleront quinze à vingt ans et iront au recyclage alors que les rames que nous avons aujourd’hui ont été refaites trois à quatre fois et qu’elles ont quarante ans ». Pour Jérôme Jean ces rames ne vont pas non plus améliorer le trafic, « la Région nous parle en terme de places, car elles en ont 220, mais elle ne sont pas séparables. Et elles vont remplacer des rames de deux fois 70 places que l’on peut séparer. Mais celles-ci se déplacent d’un bloc et quand une rame sera partie à Bordeaux, elle ne pourra pas être à Limoges. Donc on rigidifie les choses avec du matériel qui n’est pas adaptable aux différentes situations ».
Lors de ce comité a également été abordée la problématique du samedi, « Il n’y a qu’un train pour Bordeaux qui part aux environs de 10 h 30 et revient à 17 h 28. Il est à chaque fois surchargé et le conducteur demande donc l’ajout d’une rame ce qui entraîne 25 minutes de retard. On a donc vraiment le sentiment que tout est fait pour écœurer les gens de prendre le train. Ceux qui le font sont ceux qui n’ont pas le choix ou qui le font par choix politique, pour la planète. Mais lorsque nous tractons nous nous rendons compte que plus de 80 % des passagers sont des étudiants, les travailleurs ayant faits d’autres choix de transports comme le co-voiturage. Parce que nous ne jouons pas notre rôle de service public puisqu’on ne nous en donne pas les moyens. Et ces étudiants n’attendent qu’une chose avoir le permis pour ne plus avoir à prendre le train ».
Autre inquiétude qui s’est manifestée lors du comité de ligne, celle sur les guichets. « Nous avons lancé une pétition en 2018 pour le maintien des guichets qui a reçu 1700 signatures. Malheureusement nous n’avons pas eu gain de cause et depuis le 1er janvier, il n’y a plus de guichets ouverts les dimanches et jours fériés. Tout ceci est organisé en prétextant que les usagers seraient demandeurs de dématérialisation et d’internet. Mais quand on les rencontre, ce n’est pas ce qu’il en ressort, ils utilisent les bornes parce qu’ils n’ont pas le choix car soit les guichets sont fermés soit on en ouvre deux sur cinq et les queues sont interminables. Mais une borne ne vous proposera pas le tarif le plus avantageux. Nous sommes donc très inquiets pour l’avenir des guichets en Dordogne d’autant qu’ils sont sur un poste bâtard puisque bien que vendant des billets de TER, ils ne sont pas compris dans la convention TER puisqu’ils font partie de la branche Voyage. Et la politique de la branche, c’est de ne garder des guichets seulement dans les dix gares les plus importantes de France. Je ne suis pas sûr que Périgueux en face partie ».
L’ouverture à la concurrence sur les lignes a également été abordée et là encore le compte n’y est pas, « on connaît déjà, puisque 70 à 80 % des travaux sur les voies sont fait par des entreprises privées. Je n’ai rien contre les camarades qui travaillent dans ces entreprises et qui sont exploités par de véritables négriers modernes. Mais les cheminots étaient capables de faire des travaux sans fermer totalement la ligne et en assurant un train au minimum. Mais ça a un coût pour sécuriser le chantier et ces entreprises veulent économiser alors on ferme la ligne et on met les usagers dans les bus ».
Également évoqué, la navette Mussidan-Niversac, « c’est un serpent de mer. Rappelons que ce projet, la CGT cheminots l’a depuis 1981. Mais ce qui se profile aujourd’hui malheureusement, c’est juste des TER déjà existants auxquels on ajoutera trois arrêts supplémentaires et donc un temps de trajet plus long », explique Jérôme Jean. « Aujourd’hui il y a déjà un train toutes les demi-heures. Le projet était de cadencer avec du matériel dédié entre Mussidan et Niversac avec des trains toutes les demi-heures intercalés entre les TER », explique Olivier Riffet, « mais cela ferait un train sur la ligne toutes les quinze minutes et pour cela, il faut un nouveau système de signalisation lumineux. Et comme ça coûte cher, ça ne se fera pas ». Et Jérôme Jean d’enfoncer le clou, « on n’est pas à la hauteur niveau matériel, on n’est pas à la hauteur en terme de personnel, ni de signalisation, ni d’entretien des voies. Ce n’est pas possible de faire plus avec toujours moins ».
Autre sujet abordé celui de la ligne Périgueux-Sarlat qui a été lancée pendant les travaux de la ligne Bergerac-Libourne. Une liaison qui a été créée sur proposition de la CGT cheminots de Périgueux de pouvoir faire Bordeaux-Sarlat en passant par Périgueux. « Les débuts ont été difficiles mais ça répond vraiment à une attente mais une étude a été lancée pour savoir si elle serait maintenue au delà du 30 septembre (fin des travaux). On sait ce que ça veut dire, ce sera sûrement fermé. Et pourtant lorsque l’on met l’offre avec des horaires adaptés il y a de la demande comme à Agonac avec l’arrêt de 17 h 15 qui est un vrai succès mais qui a disparu dans les propositions d’horaires qui nous ont été remises ». La CGT fait également le constat suivant, « je n’ai pas entendu une seul fois les mots « service public » lors de ce comité. Les élus présents comme les usagers se sont trouvés confrontés à des interlocuteurs aux activités cloisonnées, ce que l’on a dénoncé à la création des trois Epic au sein de la SNCF, qui se renvoient la balle, au lieu d’avoir un seul interlocuteur. L’usager est perdu, et pendant ce temps on casse de l’emploi, les conditions de travail se dégradent et le service aussi ».
Alors qu’hier nos confrères de Sud ouest organisaient un débat sur le thème « Comment sortir du règne de la voiture individuelle en
Dordogne ? », les cheminots ont regretté « que le ferroviaire ait été totalement exclus alors que s’il existe une alternative au tout routier c’est bien le rail. En revanche on invite Vinci autoroute, le choix est clair...».

Philippe Jolivet

 

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