Le retour de la répression

Commémoration

Il y avait du monde samedi matin au mémorial du Sablou, pour rendre hommage aux « Indésirables » internés, entre 1939 et 1940, dans ce camp après avoir été arrêtés par la gendarmerie nationale. Leur tort ? être syndicalistes, communistes, ou même Tziganes, ces derniers étant de toutes les façons suspects.

Commémorer les internés du Sablou aujourd’hui prend un relief qui a été souligné par la totalité des intervenants, en ces temps où la répression s’abat sur tous ceux qui luttent, d’abord les syndicalistes et les personnes engagées socialement dans des mouvements de défense des droits humains, ensuite les Gilets jaunes qui se battent pour leur dignité et leur avenir.
Cette cérémonie n’étant pas inscrite au calendrier des cérémonies officielles, pas de représentant de l’état, mais la maire de Fanlac, Anne Roger, et le conseiller départemental Christian Teillac sont eux présents chaque année. Après les dépôts de gerbe effectués par la première magistrate de la commune, Jean-Paul Lachaux (Arac) et Andrée Zdrojower (Ardiep), et André Roche du Bataillon Nord-Dordogne, eurent lieu les différentes prises de parole, qui toutes ont souligné à quel point la vigilance doit être la règle aujourd’hui face aux dérives auxquelles nous assistons dans notre pays, en Europe et dans le monde. Ces internés n’étaient pas des chefs de réseaux ou de dangereux activistes. C’était des ouvriers, des postiers, cheminots, employés de commerce, de mairie, appartenant à un syndicat ou au Parti communiste, ou simplement sympathisants ou supposés tels. Dans une France qui préparait l’armistice, il ne faisait pas bon refuser de marcher au pas... Quant aux Tziganes, ils étaient soupçonnés d’espionnage, sans aucune base. Les plus de 300 internés du Sablou y ont connu des conditions de vie terribles. Anne Roger, Christian Teillac, Régis Safort, membre du bureau national de l’Arac qui marquait de sa présence cette commémoration, ou encore André Zdrojower revenaient sur ces conditions. L’hiver 1940 fut très rude, et ils le passèrent sans table, sans lit, sans eau, avec juste un sac de couchage posé au sol, leur bâtiment étant entouré d’un fil de fer barbelé et d’un chemin de ronde. Les intervenants ont souligné l’aide des habitants du secteur, à commencer par les membres de la section communiste de Montignac, et des individuels, qui recevaient les familles (les prisonniers arrivaient de partout), ou apportaient des produits d’hygiène. Le médecin du secteur y intervenait aussi. « La privation de liberté du fait d’idée ou par dénonciation est intolérable. Soyons vigilants. Il se passe actuellement des choses tout aussi intolérables, contre les Roms, les Juifs, les homosexuels, les mosquées, et je pense particulièrement à celle de Bergerac. Ne laissons pas perdurer les discriminations, les haines, l’intolérance » lançait Christian Teillac. André Zdrojower enfonçait le clou : « Nous ne voulons pas de retour en arrière et encore moins d’une société qui rejette tout ce qui est différent ». Il appartenait à Benjamin Régonési de conclure ces prises de parole au nom de la section périgourdine du Parti communiste français. « Le Sablou vient nous rappeler sans détour ce que fut la trahison de la République qui aboutit à l’ouverture de ce camp, une République qui avait fait sien le slogan : plutôt Hitler que le Front populaire, qui a abandonné les siens devant le mur de l’argent, main dans la main avec les grands patrons de l’époque, aux ligues fascistes et au sinistre maréchal Pétain ». Lieu incontournable du devoir de mémoire, comme de nombreux autres en Dordogne, le Sablou démontre aussi « à nos concitoyens que les communistes, contrairement à ce qui est dit aujourd’hui, sont entrés en résistance dès le début de la guerre, et qu’ils en ont payé le prix fort, comme beaucoup d’autres ». 79 ans après les événements de ce camp, « des éléments doivent nous appeler à une vigilance extrême. Depuis plusieurs années nous voyons la répression syndicale et sociale s’abattre sur celles et ceux qui luttent. Très récemment, sur la mobilisation sociale qui pose la juste question de la répartition des richesses, on a vu le gouvernement prendre deux dispositions à deux semaines d’intervalle : les interdictions de manifester, et la mobilisation de forces armées dans un contexte social. La force du rassemblement de ce jour est d’expliquer la véritable nature des héritiers du pétainisme et de la collaboration, rassemblement national en tête, banques, grand patronat, mais aussi d’expliquer que certains ont laissé faire comme si ce n’était pas grave ».

Des relents de 39
Parmi les participants, on pouvait noter la présence de témoins de l’époque, comme Lucien Cournil, qui confie que les événements se déroulant actuellement dans notre pays et en Europe lui rappellent l’atmosphère qui régnait en 1938 et 1939. Le repli nationaliste, le rejet de certaines communautés,  et le glissement, à travers des lois liberticides, de notre pays d’un état de droit vers un état autoritaire, pour ne pas dire plus, le motivent encore plus à défendre le devoir de mémoire.  

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