Finance : bien prendre la mesure de l’ennemi

COMBAT. Partant du principe que sans reconquête du pouvoir sur la finance, toute perspective de changement politique comme social se transformera en voeu pieux...

RÉFLEXION
« L’ennemi c’est toujours la finance ». C’est autour de cette phrase vécue comme un symbole du renoncement du mandat de François Hollande que le PCF a impulsé cette semaine des travaux pratiques avec les différentes forces de gauche : le PS de Hamon, la France insoumise et EE-LV.
Partant du principe que sans reconquête du pouvoir du politique sur la finance tout programme ne se transformera qu’en voeu pieux, la séance est d’abord passée par une séance d’« information » à la financiarisation de la monnaie assurée par l’économiste atterré François Morin. L’auteur de La grande saignée a expliqué les processus de globalisation et de financiarisation qui ont conduit à concentrer dans les mains de 14 banques quelque 700 000 milliards de dollars.
Une logique de too big to fail - trop gros pour chuter - qui a rendu les états otages d’un refinancement de ces banques durant la crise de 2007/2008 au point de les surendetter tous, « même l’Allemagne ».
Il s’est ensuite attaché à présenter les éléments ayant retiré « le pouvoir monétaire aux Etats qui se sont laissés faire : d’abord en perdant le contrôle du taux de change puis celui des taux d’intérêt quand on les a obligés à aller financer leur déficit sur les marchés financiers ». Des propos auxquels tous les participants acquiescent, l’ensemble des forces de gauche partageant le décryptage de la situation.
Ces participants ont abordé de nombreux points comme celui des dépenses, des recettes, de l’investissement, du rôle des banques (lire ci-contre), ils ont aussi tous insisté sur la nécessité d’une bataille culturelle, pour montrer que « l’économie n’a rien de naturel » affirme Pascal Cherki représentant Benoît Hamon, que « le problème n’est pas le coût du travail mais du capital » ajoute Frédéric Boccara économiste au PCF, que « si les entreprises sont écrasées de charges, ce n’est pas de charges sociales comme le pensent les gens, mais de charges financières » complète Pierre Laurent. Et de s’en référer au cas de SFR qui affiche 870 millions d’euros de masse salariale et autant de frais bancaires et de charges financières. Et d’enfoncer le clou : « la réalité est que les entreprises payent deux fois plus de frais financiers, bancaires, de dividendes… que de cotisations sociales ».
Cette bataille aura besoin de « nouveaux pouvoirs » affirme Frédéric Boccara, à l’échelle de l’État comme des entreprises. Un point de vue partagé par Jeanne Chevalier de la France insoumise qui veut, elle-aussi, « mettre des acteurs dans les conseils d’administration pour avoir un impact sur les décisions stratégiques ».
Être armés du point de vuedes idées Cette bataille aura aussi besoin de « nouveaux outils » selon Pascal Cherki estimant que dans « la logique de qui finance décide, il y a une forte demande de citoyens qui recherchent à financer des projets éthiques ». Cette bataille aura enfin besoin de combattants « armés du point de vue des idées » renchérit Pierre Laurent qui insiste sur le fait qu’elle sera longue et difficile car « nous aurons à affronter des forces énormes ». Et de s’en référer au combat mené en Grèce : « Je récuse l’idée que Tsipras est un traître. Dans ce bras de fer énorme, ce tout petit pays, affaibli, qu’est la Grèce n’a pas abandonné. Il n’a tout simplement pas pu mener la bataille ».
Et comme le rappelle Françoise Davisse, réalisatrice d’un film sur le combat des ouvriers de PSA : « ce qui leur est arrivé montre qu’il ne suffit pas d’avoir un programme ».
Angélique Schaller

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