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Chroniques parisiennes d’une droite aux abois

PRÉSIDENTIELLE. Sous pression de son camp, qui tente de l’écarter, François Fillon a livré dimanche au Trocadéro un discours où l’agressivité était le maître-mot.

MEETING
Sur cette place proche de la Tour Eiffel, où des dizaines de milliers de fidèles avaient convergé, drapeau tricolore à la main, le candidat de la droite a semblé s’accrocher, malgré les défections et appels au retrait en cascade sous l’impact de l’affaire des emplois présumés fictifs de sa femme Penelope et de deux de ses enfants.
Son discours d’une demi-heure, scandé dans la foule par des «Fillon, tiens bon» et émaillé de références au général de Gaulle, à Hugo, Voltaire ou Camus, a renvoyé son camp à ses responsabilités à la veille d’un comité politique LR et à sept semaines de la présidentielle. «Ils pensent que je suis seul», mais «vous ne baisserez jamais les bras», a lancé le candidat de la droite à ses partisans, héritiers de «la France des paysans, la France des cathédrales, des châteaux et des sans-culottes».
Traits marqués, voix un peu blanche, l’ancien Premier ministre a reconnu, entre deux averses, sa «faute» si sa campagne «rencontre de si formidables obstacles». Il a assuré avoir fait son «examen de conscience», mais a appelé ceux de son  «camp» à «faire le leur», épinglant «la responsabilité immense» de «ceux qui fuient le navire» à droite.
S’il a dénoncé une «chasse à l’homme» qui cherche aussi à «briser la droite», il a atténué le ton de ses critiques envers la justice.
«Je continuerai à dire à mes amis politiques que ce choix à la fois leur appartient et ne leur appartient pas», a ajouté M. Fillon, sibyllin, rejoint sur la fin à la tribune par son épouse Penelope agitant un drapeau tricolore.
Le candidat, qui est sur France 2, a multiplié les formules ambiguës sur son avenir, se gardant bien cette fois de dire qu’il irait «jusqu’au bout». «Pénible fin de campagne!» a d’ailleurs lâché sur Twitter Dominique Bussereau (Les Républicains).
«Je ne pense pas qu’il va lâcher », pensait au contraire un autre ex-ministre.
Pour la première fois depuis le début de l’affaire, le 24 janvier, Mme Fillon était sortie de son silence quelques heures plus tôt dans le JDD, assurant avoir effectué des «tâches très variées» comme collaboratrice parlementaire. Et disant aussi avoir conseillé à son mari de «continuer jusqu’au bout».
Sarkozy et Juppé parlent "sorties de crise"
Inquiets de sondages donnant désormais leur ex-champion éliminé
dès le premier tour de la présidentielle,
derrière Marine Le Pen (FN) et Emmanuel Macron (En Marche !), quelque 250 élus lui ont retiré leur soutien. Alain Juppé
et Nicolas Sarkozy se sont parlé samedi soir pour étudier «les sorties de crise».
Au Trocadéro, rassemblement organisé avec le concours de Sens commun, émanation politique controversée de la Manif pour tous, M. Fillon était flanqué de fidèles, comme Éric Ciotti, Luc Chatel ou Valérie Boyer. Également présents certains ténors du parti comme les sarkozystes François Baroin ou Christian Jacob.
Nombre de figures de LR manquaient, inquiètes d’une initiative pouvant apparaître comme une attaque de la justice ou de la presse. Mais tout avait été fait «pour éviter tout dérapage» : service d’ordre de 200 personnes, banderoles et sacs interdits.
La tension était encore montée d’un cran samedi, lorsque le parti a annoncé un comité politique avancé à aujourd'hui «pour évaluer la situation».
La nouvelle de cette convocation, à l’instigation de Bernard Accoyer et Gérard Larcher, deux proches du candidat qui s’en sont éloignés ces dernières semaines, était tombée en plein discours de M. Fillon à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) dans une salle pas comble où se trouvaient quelque 1.500 partisans.
Un ténor du parti jugeait récemment:
«Il faut qu’il se retire, mais il faut qu’il le fasse lui-même. Il ne faut pas humilier ses électeurs. Qu’est-ce qu’ils voteront si François Fillon part ?»
«Le fameux +plan B+», à savoir Alain Juppé, «entraînera des déchirements dans notre famille politique », a averti Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR et président de la région Pays de la Loire.
A LR de «trouver une solution de sortie», a jugé le patron de l’UDI Jean-Christophe Lagarde, sinon Jean-Louis Borloo pourrait, selon lui, être sollicité comme candidat centriste.
Nadège Puljak et Isabelle Cortes (AFP)

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