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Renault pris la main sous le capot

DIESEL. Le groupe automobile français met en oeuvre depuis 25 ans « une stratégie » pour « fausser les tests antipollution », juge la direction des fraudes dans un PV révélé par Libération.

FRAUDE
« On sait ce qu’on a dans nos moteurs ... il n’y a pas de triche chez Renault ». Ces mots, prononcés en début d’année par le PDG du groupe automobile français, Carlos Ghosn, sonnent depuis hier comme une triste mascarade. Le journal Libération a révélé dans son édition de mercredi la mise en cause du constructeur par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes dans la falsification des tests anti-pollution de ses moteurs, semblable à celle de Volkswagen dans le « Dieselgate ».
Nos confrères parisiens ont en l’occurrence mis la main sur les 40 pages d’un procès verbal rédigé en novembre 2016 par la DGCCRF, saisie par le ministère de l’Économie face aux remous du scandale outre-Rhin de l’automne 2015. Deux mois plus tard le parquet de Paris ouvrait une information judiciaire pour « tromperie sur les qualités substantielles et les contrôles effectués » par Renault.
Et pour cause ! Le gendarme de Bercy venait de déposer le dit PV sur la table des juges.
Or, le document est sans appel : la marque au losange « a trompé les consommateurs sur les contrôles effectués et notamment le contrôle réglementaire de l’homologation sur les émissions de polluants », écrivent les enquêteurs du ministère.
Pis, la société utilise depuis au moins 25 ans une « stratégie ayant pour objectif de fausser les résultats des tests antipollution », enfoncent les fonctionnaires, témoignages et relevés d’e-mails à l’appui. Et selon l’AFP qui a entre temps épluché le rapport, « l’ensemble de la chaîne de direction » du groupe « jusqu’à son PDG », est impliquée.
Seuil dépassé de 377%
En cause ? Les taux d’oxyde d’azote (NOx) à la sortie des pots d’échappement. Le document met en lumière des écarts importants entre les performances de plusieurs moteurs du constructeur au moment de leur homologation en laboratoire et leur utilisation en conditions réelles. Et pas des moindres. Les modèles Renault Captur et Clio IV dépassent ainsi le seuil réglementaire d’émission de dioxyde de carbone (NO2) de 377% et de 305% ! « Ces résultats permettent de soupçonner l’installation d’un dispositif frauduleux qui modifie spécifiquement le fonctionnement du moteur, pour en réduire les émissions de NOx dans des conditions spécifiques du test d’homologation, afin que les émissions respectent les limites réglementaires
», conclut la DGCCRF.
16,8 milliards de CA
Une manipulation qui va bien au delà de la fraude au consommateur puisque les NOx relèvent d’un véritable poison responsable à lui seul de la mort d’au moins 60 000 personnes par an en France (lire ci-dessous). A l’inverse, le tour de passe-passe, contesté hier par une direction de l’entreprise qui préfère « réserver ses explications aux magistrats », aurait produit 16,8 milliards d’euros de chiffres d’affaires sur les 900 000 véhicules concernés par ces trucages, détaillent
les journalistes du quotidien national. Et Carlos Ghosn lui-même - faut-il le rappeler ? - a clôturé l’année sur un scandaleux doublement de son salaire à 15 millions d’euros, couronné d’un plan de stock-option estimé à 6 millions d’euros.
Alors que l’État détient toujours 19,74% du groupe, comment ne pas déceler dans cette succession de chiffres et de pourcentages, la subtile équation d’un monde qui tourne à l’envers.
Frédéric Dutilleul

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