« Ramener de la rationalité, réhabiliter la diplomatie »

ENTRETIEN

Théophile Malo. Renforcer l’ONU, sortir de l’Otan et prôner
la paix : les propositions de Jean-Luc Mélenchon sur la défense prennent toutes leurs mesures avec l’actualité fracassante en Syrie. Décryptage
de cette actualité par le rapporteur du livret édité sur la question à l’occasion de cette élection présidentielle.
Dans ses voeux ou durant une conférence à l’IRIS, Jean-Luc Mélenchon a développé son projet en matière de défense, un projet notamment articulé sur le renforcement de l’ONU, la sortie de l’OTAN et la diplomatie et une optique pacifique comme fil rouge. Un projet qui prend tout son sens à l’aune de l’actualité en Syrie. Entretien avec le rapporteur du livret « Une France indépendante au service de la paix », Théophile Malo, chargé de relations internationales dans une administration publique.
Concernant l’attaque chimique contre Khan Choukheir, quel serait, sans cynisme, l’intérêt de Bachar al Assad et la Syrie n’a-t-elle pas été obligée de détruire ses armes chimiques sous contrôle international ?
Les armes chimiques syriennes ont effectivement été, théoriquement, détruites, Barak Obama l’ayant lui-même confirmé en mettant en avant le savoir-faire américain dans le domaine. Cependant, même l’organisation pour l’interdiction des armes chimiques est incapable de l’affirmer avec certitude. Non plus que Paris.
Concernant l’intérêt du régime, de prime abord cette attaque peut apparaître comme surprenante puisque le régime de Bachar al Assad a été remis au centre du jeu au terme de plusieurs années de guerre, d’une capacité de résilience qui n’avait pas été envisagée mais aussi de l’émergence de Daesh avec une lutte contre cette dernière qui été désormais dite prioritaire, y compris par Trump. Mais il convient de se méfier d’une réflexion en terme d’intérêt, sachant que des éléments à l’intérieur du régime de Bachar al Assad peuvent avoir intérêt à faire capoter les négociations, idem du point de vue de l’opposition qui revient ainsi au centre du jeu alors qu’elle était très affaiblie et que son exigence de faire du départ de Al Assad un préalable aux négociations n’était plus pris en compte.
Votre réaction plus générale sur ce sujet ?
C’est un acte inacceptable qui doit évidemment être sanctionné mais dans un cadre légal international, ce qui suppose que l’on détermine les responsabilités avec certitude pour ensuite les condamner. Le problème de fond est que depuis Paris et malgré un faisceau d’indices laissant supposer que l’attaque viendrait du régime syrien, personne n’est capable de dire ce qui s’est passé. C’était tout l’objet de la résolution de l’ONU, les Russes ayant fait une contre-proposition estimant que celle des Anglais, Français… n’était pas acceptable car demandant une enquête indépendante tout en ayant déjà conclu sur les responsabilités.
J’attire ici l’attention sur une de nos propositions pour promouvoir davantage de transparence à l’ONU car aujourd’hui nous sommes ballottés sans être en capacité de se faire une opinion sur les propositions de résolutions de chacun puisqu’elles ne sont pas diffusées. Tout en respectant les secrets nécessaires, plus de transparence est possible. Ceci dit, nous sommes déjà passé à la phase suivante puisque des attaques militaires américaines ont eu lieu, en dehors de tout cadre légal.
Que pensez-vous de cette « riposte » américaine ?
Nous sommes contre cette réponse militaire unilatérale qui ne peut qu’ajouter du chaos au chaos. Elle ne change pas grand-chose d’un point de vue tactique puisque les lieux étaient quasiment vides, les Russes ayant été prévenus préalablement et les avions syriens enlevés. Cela n’indique absolument rien sur la suite que pourraient donner les Américains qui ont besoin des Russes s’ils veulent poursuivre les opérations d’ampleur contre Daesh prévues à l’est du pays, notamment Raqqa. Sans oublier que toute destitution de Bachar al Assad supposerait une présence au sol à laquelle je ne suis pas sûr que Trump ait souscrit.
Finalement, cela renvoie surtout au point de départ. C’est malheureusement récurrent : quand les négociations avancent survient un acte qui donne l’impression de repartir en arrière. Ce qui peut être extrêmement décourageant pour les populations et donner à penser que les négociations sont inutiles. Ce n’est pas notre point de vue. Nous continuons d’affirmer que la voie militaire est une impasse, que si on renverse Bachar al Assad, la question de l’après reste entière sachant que personne ne contrôle rien sur le terrain et que l’on a vu en Irak ce que cela pouvait donner.
Que pensez-vous des réactions françaises avec un François Hollande qui considère l’intervention américaine comme une « réponse » ?
La France ne doit pas être à l’avant-garde des va-t-en-guerre, ni applaudir comme elle vient de le faire. Elle doit avoir une position indépendante vis-à-vis des Etats-Unis comme de la Russie ou des monarchies du Golfe qui ont imposé un logiciel confessionnel pour aborder ce conflit alors que bien d’autres enjeux sont à l’oeuvre. Elle doit marteler la nécessité de négociations, aussi longues et difficiles soient-elles, répéter qu’il n’y a pas d’autre issue, rappeler que sans cela cette guerre se terminera par l’épuisement des belligérants et de la population qui est déjà dans une situation désastreuse. La France doit jouer le rôle d’intermédiaire, user de son savoir-faire à l’ONU. C’est une position difficile après un acte aussi horrible que cette attaque chimique qui, redisons-le, doit être punie. Mais il ne faut pas agir sous le coup de l’émotion. Il faut ramener de la rationalité, réhabiliter la diplomatie.
Réalisé par
Angélique Schaller
 

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