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15 % pour la recherche et 25 % pour les actionnaires

INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE. Malgré l’exaspération ostensible de la majorité LREM, les députés insoumis et communistes ont vendredi réussi à provoquer le débat sur les prix du médicament.

SÉCURITÉ SOCIALE
Les débats se sont poursuivis vendredi à l’Assemblée nationale autour du budget de la sécurité sociale.
Et comme toujours, ce sont les députés insoumis et communistes qui ont porté la contradiction sous l’oeil exaspéré des rares députés
LREM. Des soupirs ostensiblement exaspérés et des oeillades entendues ont effectivement accueilli l’intervention de la députée LFI Caroline Fiat qui a voulu attirer l’attention sur l’article 14 qui « vise à permettre aux laboratoires d’augmenter leur chiffre d’affaire de 3 % sur les médicaments dispensés en hôpital sans avoir à en reverser une partie à l’assurance maladie ». Plaidant pour « un pôle publique du médicament encadrant strictement les bénéfices de l’industrie pharmaceutique », elle a cependant demandé « a mimima que le taux d’augmentation du chiffre d’affaire à partir duquel l’industrie pharmaceutique contribue à l’assurance maladie descende à zéro ».
Même soupir sur les bancs de la majorité quand, dans la foulée, le communiste Pierre Dharréville renchérit sur le pôle public du médicament, citant notamment le cancérologue du centre marseillais Paoli Calmette Anthony Gonçalves qui souligne que dans les budgets de l’industrie pharmaceutique, « 15 % seulement sont consacrés à la recherche quand 20 % vont au marketing et 25 % à la rémunération des actionnaires ». Son opiniâtreté permettra cependant d’obtenir des réponses intéressantes. Car la ministre de la Santé Agnès Buzyn table d’abord sur une réponse quasi affective, s’insurgeant qu’on puisse la remettre en cause sur ces questions de par son passé et soulignant que ces 3 % ont été calculés pour « permettre l’accès à des produits de thérapie cellulaire particulièrement innovants mais aussi très coûteux à des enfants souffrant de leucémie réfractaire ». Mais Pierre Dharréville insiste : « pas de remise en cause personnelle mais l’explosion des prix du médicament est soulignée partout dans le monde. Et pourquoi certains états aux Etats-Unis, comme le Massachusetts ou la Californie sont-ils en train d’imposer des règles de transparence dans la formation des prix et qu’en France on ne le fait pas ? »
« Les pressions sont intenses »
La ministre, effectivement à la pointe sur le sujet, se fait alors pédagogue : elle explique que des remises négociées entre les états et les industries expliquent les décalages de prix en Europe et reconnaît que « la réalité est qu’il n’y a aucune transparence aucun pays ne voulant communiquer les remises car ayant toujours l’impression de mieux négocier que son voisin ». Elle dit aussi « souhaiter que, en Europe, on puisse négocier sans tenir compte des prix américains » où la négociation se fait directement entre industrie et compagnies d’assurance sans qu’une agence n’intervienne sur la réalité de la valeur ajoutée du produit. Elle enchaîne ensuite sur les limites des négociations en Europe : « les pressions sont intenses et quand l’Angleterre s’oppose à un prix trop élevé, in fine, elle n’accède pas au médicament. Résultat, les patients anglais en cancérologie n’ont pas accès à au moins 25 médicaments très utiles que nous avons en France. Ce qui explique la différence de survie des patients après un cancer, inférieure de 10 % en Angleterre
par rapport à la France ». Après avoir souligné « les marges de manoeuvre relativement faibles », Agnès Buzyn conclut par un « vous pouvez cependant compter sur moi pour faire avancer la situation ».
Des propos apaisés dont la remercie Pierre Dharréville qui souligne cependant que « toutes ces informations indiquent à mon sens la nécessité de réfléchir à un pôle public du médicament car on ne peut pas laisser la situation en l’état et que les exigences de transparence montent de partout dans le monde ».
Angélique Schaller