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« Notre défi commun est de construire un monde meilleur »

ENTRETIEN

Les 10 et 11 novembre se tient à Marseille, un forum progressiste au niveau européen.
Celui-ci est la suite d’un Appel intitulé « L’Europe doit changer ! » signé par des militants politiques, associatifs et syndicaux.
Parmi eux, Martina Valente, secrétaire aux relations internationales du Parti des Travailleurs (PT) au Brésil et secrétaire exécutive
du Forum de Sao Paulo.
Quelle est la réalité actuelle du Brésil, plusieurs mois après le coup d’Etat institutionnel contre la présidente Dilma Rousseff?
La réalité est cruelle pour le peuple brésilien. Le parlement a approuvé le projet de loi du Gouvernement de Michel Temer qui gèle les dépenses sociales sur 20 ans; qui flexibilise l’exploration pétrolière au bénéfice des entreprises étrangères sans l’obligation pour l’entreprise nationale Petrobrás de détenir un minimum de 30% du capital, comme c'était le cas durant les gouvernements du Parti des travailleurs. Un profond processus de privatisation a également été lancé dans l’énergie, la poste, les banques, ouvert aux entreprises étrangères. Le chômage atteint 13% et le salaire minimum en a fini avec la précédente politique de revalorisation. Une réforme du travail a également été adoptée avec des pertes des droits des travailleurs. De plus, est en cours une réforme des retraites qui demandera 49 annuités de cotisation avec un âge minimal de départ à 65 ans.
Le Brésil est retourné dans la globalisation de manière subordonnée aux intérêts du grand capital international. Le Brésil n’est plus un acteur du processus d’intégration latino-américain basé sur le multilatéralisme, les relations sud-sud, le renforcement des Brics et du G20... Autre élément révélateur, le gouvernement réalise des exercices militaires conjoints avec les Etats-Unis en Amazonie.
Les forces politiques qui ont usurpé le pouvoir via l’impeachment de la présidente légitimement élue Dilma Rousseff est un agressif programme néolibéral, antipopulaire et antinational. Les coûts sociaux pour le peuple et la perte de souveraineté du pays seront des plus pervers vis-à-vis des futures générations.
On note en outre, chaque jour un peu plus, un déficit de la participation démocratique, avec une recrudescence de la criminalisation des mouvements sociaux et la judiciarisation de l’action politique notamment contre le PT et l’ancien président Lula, en lien avec les grands médias brésiliens.
Dans ce contexte, quel est l’état de la gauche, qu’elle soit politique ou sociale?
D’un côté, il y a une forte contre-offensive néolibérale, de l’autre la lutte et la résistance des mouvements sociaux, syndicaux, politiques de gauche et progressistes. Le défi de la gauche brésilienne c’est de construire une unité en vue des élections de 2018, ce qui n’a jamais été simple. Le PT et Lula sont en train d’organiser la Caravane « Lula à travers le Brésil » au cours de laquelle sont dénoncées toutes les mesures antipopulaires du gouvernement putschiste. On cherche à débattre et construire des alternatives avec le peuple et les organisations pour lancer un projet de développement du pays basé sur la justice sociale.
Il faudra pousser dans le sens d'une coalition dirigée par les partis de gauche et progressistes visant à battre le projet néolibéral de l’actuel gouvernement et construire de nouvelles bases programmatiques pour affronter ce nouveau contexte national et international.
Vous participez au Forum de Marseille. Pour quelles raisons le PT cherche-t-il à tisser des liens avec des organisations politiques et sociales européennes?
Depuis sa fondation dans les années 1980, le PT a toujours mené une action internationaliste. Au départ, cet engagement s’illustrait par des actions de solidarité envers les luttes pour la libération nationale et la dénonciation des atteintes aux droits de l’homme dans divers pays d’Amérique latine et des Caraïbes. Les années 1990 ont, elles, été marquées par la crise des pays socialistes et la rapide expansion du néolibéralisme en Amérique latine. Nous avons consolidé pendant cette période notre orientation consistant à emprunter des voies à partir de relations internationales plurielles nouées avec divers secteurs de gauche et démocratiques, qui reflétaient eux-mêmes la diversité originelle au sein du PT. Nous incluons dans ce cadre, l’appel de Lula et de Fidel Castro aux partis, mouvements et organisations de gauche pour tenir une réunion en juillet 1990, qui deviendrait ensuite le Forum de São Paulo. C'est aussi dans les années 1990 que le PT s’est engagé dans le débat sur l’intégration régionale, en critiquant l’orientation néolibérale portée uniquement sur les aspects commerciaux et en insistant sur le fait que ces processus régionaux devaient s’orienter en faveur de l’intégration des peuples. A partir de la première élection de Lula en 2002, l’action internationale du PT a ouvert de nouveaux chantiers en incluant alors le défi de soutenir la politique extérieure brésilienne tout en maintenant une politique propre et souveraine.
Les gouvernements PT ont eu comme matrice une vision du monde multipolaire. La politique extérieure brésilienne a alors diversifié ses partenariats et réorienté son action autour de quelques axes fondamentaux tels l’intégration régionale, la coopération sud-sud, le renforcement des Brics et du G20. Ces défis sont toujours actuels bien que le monde se soit transformé ces dernières années et que le capitalisme se soit fortement internationalisé à travers des multinationales au coeur du système financier international.
C’est dans ce cadre que le PT réitère sa vocation de parti internationaliste cherchant à construire des relations, des échanges et des actions internationales avec les partis de gauche et progressistes du monde entier. Y compris en Europe qui est une région en pleine transformation et qui représente un nouveau défi pour tous ceux qui souhaitent construire un monde meilleur, pour l’humanité et les futures générations.
Quelles pourraient être les bases d’un nouveau type d’internationalisme?
Je n’aurai pas la prétention de répondre de manière exhaustive à cette question, tant sont nombreuses les injustices politiques, économiques, sociales et environnementales face à nous. Je dirais qu’il est urgent de mieux comprendre le contexte international actuel et construire des voies de progrès. Par exemple, il est important d’observer avec attention la tendance à la concentration et à la formation de gigantesques oligarchies selon un processus indissociable des négociations d’accords commerciaux et des tentatives de faire progresser ce cadre régulateur international au bénéfice de ces intérêts. Les ajustements structurels et les mesures d’austérité promus par le néolibéralisme ont pour vocation cette tendance globale à la concentration de pouvoir et de richesse qui sape la démocratie et la souveraineté populaire.
Même si ces difficultés peuvent se poser de manière différente en fonction de nos propres réalités, le fait de débattre de nos perspectives contribuera à coup sûr à réfléchir à des convergences possibles.
Propos recueillis par Sébastien Madau

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