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Six mois de réformes gouvernementales à marche forcée

BILAN. Entré en fonction le 14 mai, Emmanuel Macron entend bien appliquer son programme, oubliant au passage les conditions dans lesquelles il a été élu président de la République.

POLITIQUE
En six mois, Emmanuel Macron aura réformé tambour battant, y compris les dossiers « explosifs » du droit du travail et de l’ISF, au prix d’une baisse de la popularité de ce président au style autoritaire, parfois cassant. Fort de la victoire de son parti aux législatives, il a tenu ses promesses de campagne en faisant voter cet été les lois sur la moralisation de la vie politique et sur la sécurité, et assoupli par ordonnances le droit du travail.
« Il se place sur un horizon de très long terme et ne cède pas », résume un proche. Et pour les observateurs, celui qui a 39 ans est le plus jeune président élu en France pense déjà à sa réélection en 2022.
Décidé à maintenir un rythme élevé de réformes malgré une popularité en baisse de 20 points depuis son arrivée, Emmanuel Macron a mis en chantier les réformes de l’assurance chômage, de la formation professionnelle, de la politique du logement ou encore de l’entrée à l’université. En 2018 et les années suivantes, ce sera le tour notamment de la justice et des régimes de retraites, sans oublier la promesse de baisser le nombre de députés et de sénateurs.
L’ex-ministre de François Hollande a redonné à la fonction présidentielle une stature d’autorité et une aura internationale que saluent
selon des sondages une majorité de Français, en recevant avec faste à Paris Donald Trump, Vladimir Poutine et de nombreux dirigeants mondiaux. Pour le seconder, il s’est entouré d’un gouvernement discipliné, sans grande notoriété, confié à Edouard Philippe, quadra fidèle venu de la droite modérée. A l’Assemblée, il s’appuie sur un parti de novices qui lui doivent tout.
La « vague Macron » a affaibli ses opposants. Si communistes et Insoumis ne manquent pas de monter au créneau à l’Assemblée nationale, le PS est moribond, Les Républicains divisés, le FN déprimé depuis le débat de l’entre-deux-tours. L’opinion lui reproche la réforme de l’impôt sur la fortune ou la baisse des emplois aidés, avec une étiquette de « président des riches » qui lui colle à la peau.
Déterminé et irascible
L’Elysée compte sur la fin de la taxe d’habitation pour 80% des ménages et la réduction des cotisations salariales dès janvier pour corriger cette image. Emmanuel Macron affiche enfin d’immenses ambitions pour l’Europe, allant d’une armée européenne à des taux d’imposition coordonnés, projets sur lesquels beaucoup de ses partenaires sont réticents. A l’inverse, il doit composer avec les atermoiements de Bruxelles sur l’interdiction du glyphosate et reporter la diminution du parc nucléaire.
Les Français ont découvert un homme déterminé, parfois irascible, qui mise sur son verbe pour convaincre et fait volontiers des bains de foule et des selfies, mais peut recadrer sèchement des journalistes ou des ministres et remplacer illico un chef d’état major contestataire. Un homme qui lance des réparties mordantes contre un état d’esprit français qu’il juge trop négatif et qui « déteste les réformes ». Il a fustigé les « fainéants », les « cyniques », les « jaloux » qui s’en prennent aux riches et veulent « jeter des cailloux sur les premiers de cordée », ceux qui réussissent. Et reproché à des manifestants de « foutre le bordel » au lieu de chercher du travail.
« Le principal étonnement est cette incroyable maîtrise et ce côté inflexible », commente Bruno Cautrès. « La suite dépendra de ses succès socio- économiques. (...) Il a l’image de quelqu’un qui ne porte pas d’attention aux souffrances du peuple, ce qui lui nuit », avertit l’analyste.
AFP