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Industrie : les choix de l’Etat passés au crible

COMMISSION D’ENQUÊTE. Nokia, Alstom, Stx : les destinées des anciens d’un fleuron français patiemment dépecée – la CGE – sont au coeur d’une commission sur les choix industriels du gouvernement. Edifiant.

ASSEMBLÉE
La proposition est arrivée du député communiste Fabien Roussel qui, le 17 octobre dernier, suite à l’annonce du « mariage » entre Alstom et Siemens, propose la création d’une commission d‘enquête « sur les conditions de la fusion et sur les contre-propositions économiques et industrielles au service d’une filière stratégique pour la France et d’un large projet européen ».
Le 1er décembre, une commission est créée, plus largement consacrée aux « décisions de l’État en matière de politique industrielle,
notamment dans les cas d’Alstom, d’Alcatel et de STX » confiée à la présidence du Républicain Olivier Marleix, Fabien Roussel étant un des quatre secrétaires aux côtés de Bastien Lachaud (LFI), Marie-Noelle Battistel (Nouvelle gauche) et Dominique David (LREM).
La commission a commencé jeudi soir avec l’audition des représentants syndicaux d’Alstom. Un choix « salué » par Fabien Roussel qui a souligné la « qualité des interventions de syndicats qui se préoccupent d’avenir au-delà des quatre ans d’un accord jugé court-termiste, financier et sans projet industriel, qui s’inquiètent pour l’outil de production, les savoir-faire et l’avenir d’une filière ».
Les analyses reviennent forcément sur la vente de la branche énergie d’Alstom à General Electric justifiée alors par la volonté de créer un « géant ferroviaire français ». « Nous avions alerté notre PDG Henri Poupart-Lafarge pour lui dire qu’en se recentrant sur le ferroviaire on allait devenir petit face à nos concurrents Siemens, Hitachi, Bombardier qui eux, sont rattachés à des conglomérats. Réponse de l’époque : vous rigolez : 30 000 salariés, 10 milliards de chiffre d’affaire, un carnet de commande de presque 20 milliards… » rapporte Claude Mandart CFE-CGC. Et pourtant, aujourd’hui… le salut ne serait que dans un géant européen, pour justifier la cession à Siemens.
« La réalité c’est qu’on vend le transport aux Allemands » insiste Claude Mandart, comme hier la partie télécom de la Compagnie générale électrique (où étaient Alstom, Alcatel et les chantiers de l’Atlantique) a été vendue aux Américains, comme la branche énergie d’Alstom et les chantiers aux Coréens puis aux Italiens.
« Alstom est un groupe solide »
La concurrence chinoise qui justifie la fusion est selon Boris Amoroz de la CGT un faux prétexte. « Alstom est un groupe solide, c’est une capitalisation boursière de 7,9 milliards d’euros, un chiffre d’affaire annuel de 7 milliards d’euros, un carnet de commande important représentant 5 ans d’activité, la trésorerie est de 2 milliards d’euros. Des atouts auxquels il convient d’ajouter les savoir-faire et les compétences reconnues dans le monde entier. Aucun problème technologique ou industriel majeur ne met aujourd’hui en péril l’activité de l’entreprise » développe-t-il avant de conclure : « cette vente reste à nos yeux incompréhensible ».
Des propos différents viennent donc éclairer un dossier trop souvent présenté comme un « mariage de raison » et rendent cette commission très intéressante. Elle s’est poursuivie jeudi dernier avec les syndicats de Nokia et STX (lire ci-contre) et continuera cette semaine avec mercredi l’audition des syndicats de General Electric France, de la direction de Nokia jeudi. Des premiers pas dans une aventure qui se poursuivra jusqu’en avril.
Angélique Schaller

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