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Le gouvernement s’attaque à la vitesse

SÉCURITÉ. L’abaissement de la limitation de 90 à 80km/h maximum sur les routes secondaires devrait être annoncée ce mardi.

PARIS
Pour tenter d’enrayer la hausse alarmante du nombre de morts sur les routes, le gouvernement doit annoncer ce mardi l’abaissement à 80km/h de la vitesse maximale sur 400 000 kilomètres de routes secondaires, après plusieurs années de polémique sur cette mesure sensible.
Cette disposition s’inscrit dans une batterie de mesures qui seront officialisées à l’issue d’un Conseil interministériel de sécurité routière (CISR), alors que la mortalité routière est repartie à la hausse depuis 2014. La France n’a plus connu d'augmentation aussi durable depuis 1972. Et la tendance de 2017 n’est pas bonne : +0,9% de morts sur les onze premiers mois par rapport à 2016.
De sources concordantes, la vitesse maximale autorisée sur les routes à double sens sans séparateur central doit être abaissée de 90 km/h à 80 km/h, avec une entrée en vigueur au 1er juillet. Environ 400 000 kilomètres de routes sur le million du réseau français sont concernés.
« Je refuse de considérer (la hausse du nombre de morts) comme une fatalité », a déclaré au Journal du Dimanche le Premier ministre Edouard Philippe. « Si pour sauver des vies, il faut être impopulaire, j’accepte de l’être », a-t-il insisté.
Du côté du gouvernement, on dresse le parallèle avec d’autres « mesures de rupture », comme l’obligation du port de la ceinture de sécurité à l’avant en 1973 ou l’instauration des radars en 2002. Prises malgré l’hostilité des automobilistes, elles ont contribué à quatre décennies de recul de la mortalité routière. C’est sur les routes à double sens hors agglomération, majoritairement limitées à 90 km/h, que se sont concentrés en 2016, quelque 55% des accidents mortels.
Entre 200 et 400 vies par an « sauvées » Depuis plusieurs années, l’abaissement de la limitation de vitesse sur ce type de routes est source d’interminables débats. Redouté par les gouvernants en termes d’opinion publique, le choix n’a jamais été tranché.
Invoquant le « pragmatisme », Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur du gouvernement Valls, a ainsi préféré lancer en 2015 une expérimentation
a minima sur 81 kilomètres de routes, qui s’est achevée le 1er juillet. Aucun résultat n’a été rendu public. Une note envoyée aux préfets par la Sécurité routière en a toutefois résumé les effets : sur les tronçons-tests, les vitesses moyennes ont diminué, aucun bouchon supplémentaire n’a été constaté. Mais les éventuels effets sur la mortalité n’ont pu être mesurés.
Le président du Sénat Gérard Larcher (LR) a demandé « solennellement » hier la publication des résultats de cette expérimentation.
Selon le gouvernement, reprenant des projections d’experts du Conseil national de sécurité routière, une baisse de 10 km/h permettrait de sauver « entre 200 et 400 vies par an ».
Plusieurs personnalités, dont l’ex-Premier ministre Manuel Valls, ont publié vendredi un appel en faveur de cette mesure, contre laquelle « il n’y a aucun argument ».
Les associations d’automobilistes et de motards sont, elles, vent debout : elles dénoncent, à l’instar du président de 40 millions d’automobilistes
Daniel Qero, une « décision plus politique que rationnelle ». « On s’accroche à ce totem de la vitesse. Mais on a augmenté le nombre de radars depuis 2014 et rien n’a changé. On ne peut pas attendre des résultats de cette mesure », fulmine-t-il.
Le gouvernement doit aussi s’attaquer à l’autre cause majeure de mort sur la route : l’alcool, impliqué dans 29% des accidents mortels. Il souhaite notamment développer le recours aux éthylotests antidémarrage (EAD), dispositif qui impose de souffler dans un éthylotest pour pouvoir faire démarrer son véhicule, notamment pour les récidivistes. AFP