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La gauche fait résonner la lutte des cheminots dans l’hémicycle

ASSEMBLÉE NATIONALE. Alors que le débat parlementaire se poursuit jusqu’au 17 avril, les députés communistes, insoumis et socialistes entendent faire barrage à la casse du service public.

RÉFORME
« Nous vous ferons reculer. » Le propos d’Alexis Corbière (LFI) donne le ton de l’état d’esprit des députés de gauche quant au débat parlementaire sur la réforme de la SNCF.
Ainsi, jusqu’au 17 avril, date du vote à l’Assemblée, ceux-ci comptent bien se faire l’écho, au sein de cet hémicycle, de la lutte entamée par les cheminots dans l’ensemble des gares de l’Hexagone. Un relais politique qui se traduira notamment par un nombre conséquent d’amendements. Les groupes LFI, Nouvelle Gauche et PCF en ont déposé 140 au total. De quoi alimenter un débat qui promet d’être vif. A l’instar des premiers échanges ayant eu lieu hier.
« Libéraux autoritaires »
A la ministre des Transports, Elisabeth Borne, martelant que l’intention du gouvernement n’est pas de « passer en force », ceux-ci ont répondu en dénonçant le décalage entre le discours et les actes. Le socialiste Christophe Bouillon a une nouvelle fois insisté sur le manque de démocratie inhérent à « la méthode » employée : le recours aux ordonnances. Sur ce point, le communiste Hubert Wulfranc a évoqué une certaine filiation de « libéraux autoritaires de la trempe de M. Juppé qui sont d’ailleurs nombreux sur vos bancs ». L’attitude du gouvernement qui se caractérise par l’absence de dialogue social et le mépris pour le débat politique n’est en effet pas sans rappeler le mouvement social de 1995.
Quant à l’affirmation selon laquelle « l’ouverture à la concurrence serait un aiguillon stimulant », selon les termes de la ministre, elle n’a pas manqué de provoquer une vague de protestations.
Elisabeth Borne a beau répéter que les craintes des cheminots sur « la casse du service public ferroviaire » et « la privatisation rampante » ne sont pas fondées, difficile d’y accorder un quelconque crédit lorsque les orientations libérales sont à ce point criantes. Christophe Bouillon a ainsi rappelé qu’un changement de statut en société anonyme, comme c’est actuellement prévu pour la SNCF, « a été souvent l’amorce de privatisations » de par le passé.
« Train de mensonges »
« Un train de mensonges peut en cacher un autre » et « rien ne sera réglé parce que vous êtes en train de faire », a renchéri Alexis Corbière. Celui-ci estime que le gouvernement « (veut) porter à la ceinture le scalp » des cheminots en touchant à leur statut.
Statut autour duquel le gouvernement et ses relais tentent de cristalliser les mécontentements, au travers de discours simplistes qui feraient endosser à une poignée de « privilégiés » la responsabilité des dysfonctionnements de l’entreprise.
« Vous bâtissez une réforme sur des contre-vérités », n’a pas manqué de relever Hubert Wulfranc.
Une manière selon lui de « passer sous silence » des questions telles que la dette. Même analyse du socialiste Boris Vallaud qui regrette qu’« aucun des deux vrais sujets » ne soit abordé, faisant lui aussi référence la dette, ainsi qu’aux investissements.
La droite est elle aussi, dans une moindre mesure, montée au créneau, se cantonnant à une posture d’opposition sur la forme, pointant par exemple « un texte bâclé ». Elle n’a en revanche visiblement rien trouvé à redire sur le fond.
Preuve, s’il en fallait, de la bataille idéologique qui se joue à travers la réforme du service public ferroviaire. Une bataille serrée que le pouvoir aura du mal à remporter à coups d’opérations de communication.
A.M. avec AFP

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