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Loi asile : rififi chez les marcheurs

ABSTENTION

1 vote contre et 14 absentions chez La République en marche : la loi Asile a provoqué quelques petits accros dans la majorité lisse et uniforme que veut absolument tenir le gouvernement.
Les menaces explicites du patron du groupe La République en Marche à l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, ont porté. « Abstention,
péché véniel, vote contre, péché mortel » avait-il en effet fait valoir. Résultat, dans la nuit de dimanche à lundi, seul un député LREM a osé voter contre le texte de loi sur l’asile et l’immigration -le député de la Vienne Jean-Michel Clément- qui a dans la foulée démissionné du groupe, démission immédiatement acceptée par « le chef » qui l’a même remercié d’avoir constaté qu’il enfreignait « nos règles » et avoir su en tirer « les conséquences ».
Considérant « n’avoir fait ici qu’en appeler à [sa] conscience pour fonder [son] vote », Jean-Michel Clément affirme qu’il pensait « sincèrement que la complexité de ce sujet impliquait que chaque parlementaire de notre groupe soit libre dans son expression et dans son vote. Cela n’a pu être le cas, et je le regrette ». Cet avocat spécialiste du droit des étrangers, ancien socialiste, a donc tenu parole et voté contre un texte « à la logique répressive ». C’est le seul. Mais 14 autres députés LREM n’ont pas été jusqu’à voter pour et se sont abstenus. Tous affichent un profil semblable : un passé politique à gauche, au sein du PS ou d’EELV, des professions liées à la santé, des avocats ou encore des personnalités engagées dans le monde associatif.
Ainsi François-Michel Lembert, député de Gardanne, ex-EELV passé à LREM, qui justifie son abstention par « une certaine idée de bienveillance, de ne pas stigmatiser ceux qui sont différents » qui est, selon lui, « l’esprit insufflé par Emmanuel Macron » durant sa campagne. Ainsi également Martine Wonner du Bas-Rhin, médecin psychiatre et ancienne du Samu social de Paris qui a, au cours des débats, exhorté ses collègues à garder « en mémoire le parcours traumatique » des migrants ou encore Delphine Baggary des Alpes-de-Haute-Provence, médecin de campagne et ex-PS qui s’est opposée aux articles « diminuant le droit des personnes fragiles et vulnérables ».
« Ni fronde ni défiance dans mon vote » précise cependant François-Michel Lembert, comme les autres qui soulignent « quelques avancées » pour justifier l’abstention dont Sonia Krimi, ancienne « migrante économique » tunisienne qui s’était illustrée par la vigueur de ses propos dans l’hémicycle.
Le doute a également gagné le partenaire privilégié de la majorité LREM : les centristes. Huit d’entre eux se sont en effet abstenus
comme Brahim Hammouche de Moselle, chef de service psychiatrie qui a pourtant utilisé l’imparfait pour parler de la « bienveillance qui était au coeur de notre campagne » durant les débats. Une députée MoDEM a même voté contre : Nadia Essayan du Cher qui, « née réfugiée », a « une expérience de l’accompagnement des migrants actuels » via un engagement de longue date dans le milieu associatif.
Sans oublier les 185 députés qui n’ont pas participé au vote.
Angélique Schaller