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Maurice Audin : la victoire de la vérité, 61 ans après

HISTOIRE

Dans une décision unanimement saluée, Macron reconnaît que l’État est responsable de la mort de Maurice Audin et du système d’exception qui a permis cette mort et... des milliers d’autres.
Je ne pensais pas que ça arriverait » : Josette Audin, la veuve de Maurice Audin, ne pensait pas voir la reconnaissance officielle de la responsabilité de l’État dans la mort de son mari.
Maurice Audin est un mathématicien communiste de 25 ans, arrêté le 11 juin 1957 pendant la bataille d’Alger par les parachutistes du général Massu. Torturé, son corps a ensuite disparu, l’armée française se cachant pendant des années derrière l’affirmation qu’il s’était évadé. Une affirmation démentie en 2014 par François Hollande qui a reconnu que la thèse de l’évasion était un mensonge d’État. Sans oser aller plus loin.
Le système des « pouvoirs spéciaux »
C’est désormais chose faite. Emmanuel Macron a reconnu, hier, que « sa disparition a été rendue possible par un système
dont les gouvernants successifs ont permis le développement (...) un système institué sur un fondement légal : les pouvoirs spéciaux ». Et de s’en référer à la carte blanche au gouvernement votée par le Parlement en 1956 ayant donné lieu à un décret autorisant la délégation des pouvoirs de police à l’armée. Autrement formulé, Macron reconnaît que des actes de tortures et des exactions ont été commises avec l’approbation des autorités politiques de l’époque, dont François Mitterrand, ministre de la Justice de Guy Mollet.
« La seule chose que je fais, c’est reconnaître la vérité », a commenté Emmanuel Macron devant Josette Audin. Et d’annoncer
également l’ouverture des archives de l’État via une dérogation générale.
Véritable étendard de la lutte anticoloniale, l’affaire Audin a été portée par de nombreux militants politiques et associatifs. Son visage éternellement jeune s’est souvent accroché aux Unes du quotidien l’Humanité, relayant les appels, portant le combat et annonçant jeudi matin aux aurores et en premier, la victoire.
Une place Maurice Audin ?
« C’est une victoire historique de la vérité et de la justice », s’est félicité Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, aux premières
lignes de ce combat, « une nouvelle époque de vérité peut commencer sur la période coloniale, pour toutes celles et ceux qui la ressentent comme une blessure toujours vive ».
La vérité, c’est également ce qu’attend Jacques Pradel, président de l’association nationale des Pieds Noirs progressistes basée à Marseille, portant ce combat depuis le début. « L’ouverture des archives va permettre un travail des historiens pour aboutir à une vérité historique qui puisse être entendue par toute la population, dans sa diversité, pour que s’estompe la guerre des mémoires».
À Aix, les militants communistes
demandent à ce que le nom de Maurice Audin soit donné à une place. En 2010, ils avaient déjà procédé à ce baptême lors d’une action pour s’insurger contre l’appellation d’un rond-point du nom du colonel Bigeard, protagoniste de la bataille d’Alger ayant qualifié la torture de « mal nécessaire ».
Angélique Schaller