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Le blues des élus locaux

Face à un Etat rouleau compresseur qui donne l’impression de vouloir totalement reprendre la main sur eux et à une accumulation de désagréments, les élus locaux éprouvent une certaine lassitude et expriment un profond besoin de recouvrer leur liberté. C’est le message délivré hier au congrès de l’Union des maires.

Organisé chaque année à même époque, le congrès de l’Union des maires permet de prendre le pouls des collectivités. Si d’ordinaire les édiles sont prompts à exprimer publiquement et fortement leur colère, on les a sentis cette année un peu en retrait, comme désabusé par un mandat au cours duquel s’accumulent les difficultés, sans véritables perspectives enchantantes.
Un succès limité dans les affaires, un bureau loin d’être en haut d’une tour et surtout l’impression de ne plus contrôler du tout leur univers, l’heure est au blues pour les maires de Dordogne. « Le contexte législatif met à  mal nos marges de manœuvres. L’Etat prend la main sur nous », constate avec amertume Antoine Audi, le maire de Périgueux, qui pose cette question cruciale : « quel est l’avenir de nos territoires ruraux ? »
Une question essentielle car dans les faits et pour reprendre Jacques Chirac, les emmerdes volent en escadrille. Désertification médicale galopante avec la moitié des 350 médecins généralistes de Dordogne qui vont très prochainement prendre leur retraite, développement économique pas toujours facile, desserte ferroviaire compliquée, difficultés sur l’emploi, la formation, dotations de l’Etat incertaines, trésoreries rurales qui ferment, incertitudes sur l’avenir de l’école rurale, services publics qui reculent, pertes de compétences, fracture numérique, sans compter tout un tas de compétences transférées sans compensations ou presque comme les cartes grises, zones blanches, la coupe est pleine pour les élus. Et même pire, elle déborde sérieusement, sans plan Orsec à l’horizon pour colmater les fuites. « Les maires et les présidents d’EPCI sont fatigués, las », résume Bernard Vauriac, le président de l’Union des maires.
Face à la métropolisation plus rapide que la LGV Paris-Bordeaux, un territoire comme la Dordogne « est fragilisé, au bord de la fracture territoriale », insiste Antoine Audi. « L’incertitude nourrit un sentiment non favorable aux collectivités », résume Germinal Peiro, le président du conseil départemental. Si certains élus ont déjà jeté l’éponge en démissionnant et que d’autres n’attendent que la fin de leur mandat pour le faire, tous ne sont pas désespérés et veulent croire qu’il est encore temps d’agir pour effacer ce tableau noir.
« Il ne faut pas succomber à la sinistrose », indique Germinal Peiro. « Il y a des difficultés et un malaise entre les élus et le pouvoir central ». Mais pour les dépasser, les élus réclament la liberté de pouvoir agir et l’arrêt du retour à un Etat recentralisateur. « Les élus veulent un rapprochement entre les décisions centrales et le terrain. Ils veulent plus de concertation, notamment sur des choses simples qui touchent la vie des gens. Nous voulons plus de lisibilité par rapport à l’avenir. Car pour l’instant, on a été bousculé par une succession de réformes », explique Germinal Peiro. « Il faut renouver le fil entre les collectivités et le gouvernement », résume-t-il. Mais attention, prévient Bernard Vauriac, il ne faut pas que ce soit une énième promesse jamais tenue. « L’Etat nous promet les mêmes réductions de normes, les mêmes préfets facilitateurs, les mêmes lois permettant l’expérimentation territoriale. Emmanuel Macron n’y a pas manqué. Sauf que les maires n’y croient plus. Ils ne croient que des actes ».
Bref, les élus ne veulent plus être pris pour des opérateurs de l’Etat, mais bien pour ce qu’ils sont, des personnes élues au suffrage universel. Et pour mener à bien la mission que leur ont confié les citoyens, ils ont besoin à la fois de libertés locales, et que l’Etat leur relâche la bride qu’il respecte ses engagements contractuels.
Message entendu par la représentante de l’Etat en Dordogne, la préfète Anne-Gaëlle Baudoin-Clerc pour qui face à des maires
« découragés, fatigués et excédés, l’Etat à la responsabilité de les accompagner ». Pour ce faire, l’Etat a fait le choix de stabiliser ses dotations aux collectivités. L’an dernier, par exemple l’enveloppe de la DGF (Dotation globale de fonctionnement) s’est élevée à 195 millions d’euros, en hausse de 0,4 % avec un effort consenti aux collectivités les plus en difficulté. Si tout le monde a pu exprimer son point de vue, pas sûr en revanche qu’un accord parfait ait encore été trouvé.