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Macron n'entend pas « la colère qui monte »

POLITIQUE

Face à l’augmentation des prix du carburant, de nombreux automobilistes dénoncent la hausse des taxes et appellent à un blocage généralisé des routes le 17 novembre. Depuis Verdun, le président s’est fait vivement interpeller par des retraités sur
la baisse de leur pouvoir d’achat.
Après avoir invité un chômeur à « traverser la rue » pour trouver du travail, voilà un nouveau rendez-vous raté pour Emmanuel Macron avec ce que les éditorialistes appellent parfois la « France d’en bas ». De passage à Verdun dans le cadre de son « itinérance mémorielle », le président s’est fait interpeller vivement, hier midi, par un groupe de retraités critiquant la hausse de la CSG et du prix des carburants : « Vous ne nous entendez pas ! Vous n’avez fait qu’aggraver les retraites. Vous vous rendez compte dans la ruralité ? De Paris vous n’entendez pas la ruralité ! Vous ne voyez pas la colère qui monte en France ? Le 17 novembre vous allez la voir! ».
Le président a répliqué sans remettre en question sa politique. Pour Emmanuel Macron, c’est le sexagénaire qui lui fait face qui « n’est pas juste » et qui doit revoir son « calcul » : avec la baisse d’un tiers de la taxe d’habitation, il est sans doute « gagnant » ! Quant à la hausse du prix des carburants, « c’est pas Bibi », a rétorqué le président, affirmant que celle-ci est due « aux trois quarts des cours mondiaux », avant de reconnaître que la hausse des taxes est le fait de l’Etat, et qu’il « les assume » au nom de la transition énergétique.
Des arguments qui peinent à convaincre, à l’heure où 78% des Français estiment « justifié » l’appel à bloquer les routes le 17 novembre pour protester contre la hausse du prix du diesel, selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting réalisé la semaine dernière pour France Info et le Figaro.
Ce mécontentement relève d’une tendance de fond : la popularité du chef de l’État, estimée à 30%, est en berne depuis la rentrée. Après l’affaire Benalla, le départ de Nicolas Hulot puis celui de Gérard Collomb, le remaniement du 16 octobre n’a pas provoqué le « second souffle » espéré à l’Elysée.
De modestes concessions pour éteindre l’incendie Interrogé sur Europe 1, Emmanuel Macron a toutefois envisagé certaines concessions afin d’éteindre l’incendie. Le chef d’État a notamment annoncé sa volonté d’étudier « comment améliorer le chèque énergie ». Rien de nouveau puisque la hausse programmée d’un milliard d’euros du budget du ministère de la Transition écologique prend déjà en compte une hausse de 150 à 200 euros de ce dispositif destiné à aider les ménages modestes. Deuxième piste envisagée : étendre à tout le territoire un dispositif de soutien aux automobilistes qui existe déjà dans les Hauts-de-France. Concrètement, il s’agit d’une aide de 20 euros mensuels pour ceux qui doivent faire plus de trente kilomètres pour aller travailler. « Cette aide sera défiscalisée », a-t-il précisé. Mais ce geste pour les Français « qui, tous les jours, prennent la voiture pour aller travailler », se heurte déjà à la résistance de l’association des régions de France. Dans un communiqué, elle affirme que cela « revient à demander aux régions de payer, alors que c’est l’État qui perçoit les recettes liées à la contribution climat énergie (CCE) ». Le rôle des régions « n’est pas de compenser les mesures fiscales nationales », concluent les Régions. Encore une fois, la concertation semble faire cruellement défaut.
Gabrielle Trottmann