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Denis Durand : « Une hausse du smic de 200 € net payée par les entreprises est possible »

ENTRETIEN

L’augmentation des salaires
et des pensions de retraite est au coeur des revendications portées par les gilets jaunes et la majorité des Français.
Les politiques publiques menées depuis des décennies ont toutes permis aux entreprises de tasser les rémunérations vers le bas.
Une autre politique est possible, comme le démontre Denis Durand, responsable de la section économique du PCF et ancien directeur adjoint de la Banque de France, qui préconise une augmentation du smic de 200 € net par mois.
La Marseillaise : L’une des revendications des gilets jaunes est l’augmentation du pouvoir d’achat pour les salariés et les retraités. Pourquoi cette urgence sociale et salariale ?
Denis Durand : L’une des caractéristiques de la mondialisation financière capitaliste qui s’impose dans le monde depuis quarante ans consiste à peser sur ce qui est nommé de façon impropre le coût du travail. La précarisation et la libéralisation du marché du travail ont pour objet et pour effet de rendre les salariés plus vulnérables vis-à-vis de leurs employeurs.
Ceci est vrai pour les emplois dont le statut juridique, au regard du droit du travail, n’est pas légal ou très limite, comme les temps partiels, l’ubérisation ou les auto-entrepreneurs. C’est vrai en France, en Europe, aux États-Unis. Les bas salaires rémunèrent les « mauvais » emplois pour lesquels les salariés ne sont pas couverts par un CDI, ni une convention collective, sans reconnaissance de leur qualification.
L’Allemagne en est un exemple. Il y a plus de pauvres qu’en France alors que le plein-emploi est proclamé.
La France est-elle un pays de bas salaires ?
D.D. : Oui, la France est un pays de bas salaires. Les politiques publiques, depuis plusieurs décennies, ont sacrifié l’industrie dans de nombreux secteurs et, du coup, nous nous retrouvons avec des emplois dans des secteurs où ils sont moins bien rémunérés, comme les services ou la restauration.
D’autre part, on a subi des politiques au nom de la baisse du coût du travail qui poussent les entreprises à pratiquer des bas salaires. L’exemple caractéristique est l’exonération de cotisations sociales payées par les patrons sur les salaires jusqu’à 1,6 fois le smic.
Comment imaginer un entrepreneur qui accepterait de payer un nouvel embauché au-dessus de ce seuil alors qu’il sait qu’il va payer les cotisations sociales patronales ?