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C. Ventura : « Le Venezuela entre dans une phase d’enlisement »

Entretien

Le Groupe de Lima, composé de pays hostiles au président Nicolás Maduro, a écarté l’usage de la force envisagé par Washington. Les États-Unis s’apprêtent à demander cette semaine un vote du Conseil de sécurité sur une résolution portant sur le Venezuela.
Le point sur la situation avec Christophe Ventura, chercheur à l’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques).

Depuis son autoproclamation comme président, Guaido, principal opposant de Nicolás Maduro est allé chercher du soutien auprès de la communauté internationale et notamment des États-Unis. Les manifestations se succèdent, pour l’un ou pour l’autre, les offres de médiation se multiplient pendant que Washington joue les va-t-en-guerre mais sans succès pour l’instant… Pour y voir plus clair : l’éclairage d’un spécialiste de la région, Christophe Ventura.
La Marseillaise : La volonté d’intervention militaire des Américains vient de se heurter au refus de ses alliés du groupe du Lima. Où en est la stratégie de Washington ?
Christophe Ventura : L’objectif des Américains est le changement de régime : faire tomber le régime chaviste de Maduro et ce, par tous les moyens
y compris l’intervention militaire.
Cette stratégie est définie par Donald Trump, Mike Pence, son vice-président, le secrétaire d’État Mike Pompeo mais aussi Marco Rubio, sénateur républicain de Floride qui en est l’architecte au quotidien. Une ligne sur laquelle se retrouve Juan Guaido, le président autoproclamé du Venezuela qui, dès son arrivée à la dernière réunion du groupe de Lima, a réaffirmé que toutes les options étaient sur la table.
C’est la stratégie que continuent de pousser les Américains, après l’échec de l’opération dite humanitaire du 23 janvier, malgré des vents plus ou
moins mauvais. Car l’intervention militaire laisse dubitative la communauté internationale, y compris le groupe de Lima ou l’Union européenne. S’ils veulent certes la chute de Maduro, ils refusent une intervention militaire estimant que celle-ci serait une déflagration qui déstabiliserait toute la région.
Après ce flop, les États-Unis se retrouvent un peu piégés car sans nouvelle cartouche. Mais si l’idée d’une intervention militaire se fragilise, elle reste
plus que jamais sur la table avec le risque d’enlisement.
La convocation de l’ONU n’est pas une nouvelle cartouche ?
C.V. : Les Américains vont en effet déposer une résolution pour obtenir un corridor humanitaire. Mais c’est essentiellement de l’activisme diplomatique en attendant un nouveau rebondissement stratégique. Cette résolution n’a en effet aucune chance de passer avec le veto de la Chine et de la Russie. Il sera en revanche intéressant de regarder s’il y a des abstentions de la part de pays engagés contre Maduro.
À noter que l’ONU, par la voix de son secrétaire général notamment, rejette cette approche humanitaire. Non pour nier le problème mais parce qu’il y a une instrumentalisation à des fins politiques.
Même les grands diplomates ne se cachent plus derrière des mots timorés pour le dénoncer.
Comment caractérisez-vous les forces en présence ?
C.V. : Pour le comprendre, il faut d’abord dresser un panorama des différentes positions. Il y a d’une part ceux qui rejettent Nicolás Maduro : globalement le camp occidental. Un groupe qui se divise en deux sous-ensembles reconnaissant ou pas Guaido, avec encore une subdivision entre les pour et les contre une intervention militaire.
D’autre part, il y a ceux qui reconnaissent la légitimité de Maduro. Un groupe encore divisé entre ceux qui le soutiennent – Russie, Chine, Turquie, Cuba, Bolivie, Nicaragua… – et ceux qui reconnaissent sa légitimité sans le soutenir : l’essentiel des pays de la planète et l’ONU. L’ONU vient d’ailleurs de faire un rappel à l’ordre concernant le droit international, soulignant qu’on reconnaissait un État et non un gouvernement ou un régime.
Tout ceci montre que la question dépasse les frontières vénézuéliennes et révèle les déséquilibres et fractures de la communauté internationale. C’est un fait politique majeur qui nous dit quelque chose de la société.