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Les Français, grands perdants du passage à l’euro

ÉCONOMIE

56 000 euros de PIB par habitant perdus depuis le passage à l’euro en 2002. C’est le résultat d’une étude menée par un think tank libéral.
Aucune remise en cause cependant : les pays les moins bien lotis sont sommés de se convertir au libéralisme.

Les gagnants et les perdants de la zone euro. »
C’est l’intitulé d’une étude réalisée par le centre de politique européenne de Fribourg en Allemagne. Dix-sept ans après le passage à l’euro, deux économistes -Matthias Kullas et Alessandro Gasparotti- ont travaillé à évaluer comment aurait évolué le PIB par habitant si les pays n’avaient pas
fait le choix d’intégrer la zone euro.
Ils ont ciblé leur étude sur les pays fondateurs de l’Union européenne à l’exception du Luxembourg où « les données disponibles ne permettent pas de tirer de conclusions fiables ».
Car pour procéder à ces calculs, ils ont lancé des algorithmes nourris de ce qui s’était passé avant la bascule et ont extrapolé « les tendances en PIB par habitant dans des pays qui n’ont pas introduit l’euro mais aux tendances économiques similaires à celle du pays de la zone euro considéré».
Résultat : l’Allemagne est le grand gagnant du passage à la monnaie unique. Sur la période 1999-2017, ce pays aurait en effet gagné 23 000 euros de PIB par habitant supplémentaires que s’il était resté au mark.
France et Italie sont en revanche les perdants. « En Italie, l’introduction de l’euro a entraîné une perte de la prospérité d’environ 74 000 euros par habitant sur la période (…) en France, la perte est de près de 56 000 euros », indiquent les économistes.
Ce centre étant de tendance clairement libérale, les auteurs y trouvent la confirmation que le modèle allemand est bien celui à suivre et que si
la France ou l’Italie n’ont pas tiré les fruits de la croissance, c’est uniquement parce qu’elles n’ont pas suffisamment appliqué les potions libérales. Et d’affirmer : « Pour pouvoir profiter de l’euro, la France doit absolument suivre le chemin de la réforme que le président Macron poursuit. »
Des conclusions qui font bondir l’économiste atterré Henri Sterdyniak : « Cette étude note que certains pays ont profité plus que d’autres de la croissance mais ne donne aucun élément sur les causalités qui expliquent ces résultats. » Qu’il y ait des différences entre les pays est pour lui « une évidence : on sait très bien que la zone euro n’a pas fait converger les économies des pays et ces divergences sont très bien documentées ».
Et d’expliquer les ressorts de la croissance allemande basée sur la stagnation des salaires ou de la protection sociale et sur l’importation de produits fabriqués dans les anciens pays de l’Europe de l’Est. « Cela a provoqué un excédent fabuleux qui, en même temps, a déstabilisé complètement la zone euro », commente-t-il avant de synthétiser : « La caractéristique de la zone euro est qu’elle permet ce genre de stratégie. Car l’Allemagne n’a pas à craindre que le mark s’envole comme ça aurait été le cas sans la zone euro.
En revanche, les pays, comme l’Italie, qui avait une croissance basée sur des dévaluations régulières, ont énormément souffert, ne pouvant plus dévaluer et se retrouvant donc directement concurrencés par la production de pays à bas salaires. »
Deux optiques : réformes strictes ou relance Lesdysfonctionnementsde la zone euro, cet économiste hétérodoxe les a souvent dénoncés : une monnaie unique, des mêmes taux d’intérêt et de change appliqués à des pays qui sont très différents, des règles rigides imposées par l’Allemagne, des dettes publiques non garanties par la banque centrale ouvrant le champ à la spéculation…
S’il répugne à cautionner les chiffres de cette nouvelle étude, il ne peut que constater que, comme d’habitude, ils ne servent pas à tirer les leçons de l’échec de la construction actuelle de la zone euro.
« Le problème est de savoir quelle stratégie développer et cette étude ne donne aucun argument», pointe Henri Sterdyniak.
« Sachant qu’il y a deux points de vue. Celui de l’Allemagne et des pays du Nord qui veulent que les autres pays se calent sur les réformes strictes et celui de la France qui prône une politique de relance».Et de se corriger :«l’option "traditionnellement française" plutôt, que Macron a tendance
à abandonner. »
Angélique Schaller