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Pour quelques heures de répit

Canicule

Le thermomètre affiche déjà plus de trente degrés, et il est à peine dix heures. Près du canapé, le ventilateur tourne déjà à pleine puissance, propulsant un peu d’air frais grâce aux bouteilles congelées placées devant. Une fraîcheur bienvenue pour tous, et notamment pour ceux qui profitent d’un petit moment ici, à l’accueil de jour de Guéret, ouvert en septembre dernier, plus nom-breux qu’en temps «normal».
«On a la grande chance d’avoir le centre de jour, c’est un lieu où se poser quelques heures, ce qui n’était pas le cas jusqu’à aujourd’hui», explique Floriane Rocherolles,  du Comité d’Accueil Creusois. Comme en hiver lorsque les températures baissent, ils reçoivent des alertes en été, comme en ce moment en période de canicule. «On essaye d’organiser au mieux avec les moyens qu’on a», souffle la chef de service. En journée, c’est un accueil qui se fait du lundi au vendredi, de 9h30 à 16h30, reste le 115 pour trouver une solution le week-end - souvent un petit moment au foyer creusois au CHRS, mais guère plus...
Une période de grande vigilance pour le personnel, surveiller les premiers signes de déshydratation, «avec la problématique de l’alcool on est en alerte tout le temps, ça peut aller très vite». Car si l’hiver est pénible pour ceux qui passent leur journée dehors, l’été n’est pas mieux, «l’un d’eux m’a confié qu’au début du réchauffement, c’était mieux qu’en hiver, mais là ça devient compliqué, même la nuit, d’être bien».
Offrir la possibilité de prendre une douche, rappeler de boire régulièrement, distribuer des petites bouteilles d’eau que les bénéficiaires pourront remplir à leur guise, donner des pistes sur les lieux stratégiques où passer un moment, comme la gare ou l’hôpital,... Marsouille, lui, préfère la bibliothèque, même si «on a vite fait le tour».
Peu de choses à faire à Guéret, en réalité, même la gare, si elle permet de ne pas avoir trop chaud, on s’y ennuie, finalement. «On est tout seul, il y a trois trains dans la journée, déjà qu’on passe la nuit tout seul, mais quand même on aime voir du monde, discuter, ça fait moins déprimer», continue Marsouille. Venu le temps de prendre un café, Marsouille ne restera pas longtemps. Il vadrouille ici et là, cherche l’ombre, voyage.
Dans la cour de l’accueil de jour, pensée au départ pour accueillir les chiens, l’ombre est présente en matinée. Bruno et Sébastien discutent autour d’un café. Le premier, retraité militaire, s’est retrouvé dans cette situation il y a une semaine, un peu désemparé, une solution de «dépannage» . Contre la chaleur, il se rend aux différents points d’eau, comme à Courtille. En face de lui, Sébastien en a vu passer, des comme lui, qui perdent tout du jour au lendemain, «le 115, c’est pour se remettre sur les rails».
Car ceux qui vivent dans la rue, les «vrais», ne fréquentent pas forcément l’accueil de jour, selon lui. La plupart font la manche. Et puis, il y a les autres. «Il y en a qui ont des ressources, d’autres non. Moi, je travaille, j’arrive un peu à combler le manque, je pourrai avoir de quoi avoir un studio mais ce n’est possible», raconte Sébastien. à 18 ans, le jeune apprenti dans le bâtiment est passé de foyers en familles avant de se retrouver là. «on aimerait rester là, mais ce m’est pas trop faisable, Guéret, c’est le centre le plus demandé, on est plus nombreux que dans les autres lieux. Et puis c’est fermé l’après-midi, le dimanche aussi, il n’y a pas assez de personnel».
Pour beaucoup, le centre de jour, c’est une petite bouée dans la journée, «imaginez, avant, à Guéret, quand il n’y avait pas le centre de jour, on ne pouvait pas prendre de douche». Un lieu qu’ils occupent et dont ils s’occupent. Marie-Line, l’animatrice, devait monter un action collective dans le cadre de sa formation. Elle a proposé de monter un petit potager solidaire, après s’être aperçu qu’à la restauration collective, ils n’avaient pas accès aux fruits et légumes frais.
Des bacs potagers avec des palettes de récupération, qu’ils ont découpés et montés, un peu de terre, et les plantations, données par les magasins et les professionnels. Salades, tomates et radis, certains n’en avaient même jamais mangé, ils apprécient. «Dommage qu’il n’y ait pas plus de place et que ce soit du goudron, mais on a fait avec les moyens qu’on a», commente Marie-Line. Le matin et le soir, les bénéficiaires prennent les choses en main pour l’arrosage.
Marie-Line aimerait pouvoir proposer plus de légumes et fruits frais à ceux qui fréquentent l’accueil de jour. Elle a pour projet de faire un peu de ramasse afin d’en récupérer auprès des enseignes de magasins, mais c’est compliqué. Va peut-être se tourner vers les producteurs, «si les gens ont trop de production, plutôt que de jeter, on peut prendre des choses, enfin, ce qui ne nécessite pas de cuisson».

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