La radio... en circuit court

Radio Pays de Guéret

La station fleure bon les privates jokes et les années coloc’. Le mobilier, de bric et de broc, a bien vécu et le moindre élément témoigne de la dizaine d’années passées : indispensables cafetière et liasses de câbles, calepins et bouquins, fauteuil de coiffeur à la généalogie obscure et assortiment de CD aux pochettes incroyables mais vraies. Depuis les hauteurs où ils ont été plantés, surplombant quelques plantes plus ou moins vertes, des jouets assistent parfois encore à des délires d’enfants. Sur les murs et les portes sont indiquées les règles de vie en société : l’emplacement des containers pour verre les plus proches, l’interdiction d’introduire nourriture et boisson dans le studio d’enregistrement, dont l’accès, rappelle une affichette placée à quelques centimètres du sol, reste interdit aux chats. RPG, Radio pays de Guéret (96.5 FM) (1), c’est un peu ça. Mais pas que...
D’ici peu, la radio associative s’en ira vers un local situé un peu plus bas sur l’avenue Charles de Gaulle. Tabula rasa ? En aucun cas. S’il est vrai que la déco des locaux encore actuels de RPG est révélatrice de ce que ses salariés, ses bénévoles et adhérents (2) ont construit au fil des ans, depuis la première émission en décembre 2007 (3), son esprit relève à présent d’un patrimoine immatériel. Hétéroclite. Enrichissant. Anarchique. Improbable. Libre. « À un moment, il y a eu la volonté que Guéret bouge et la radio a joué le rôle de catalyseur. Untel a voulu faire une émission de ciné, après ça a été le rock... et à un moment tout le monde finit par se rencontrer... c’est ce qu’on voit aujourd’hui à la Quincaillerie », explique le directeur de RPG, Thibaut Blond. « La volonté de faire des choses et de pouvoir se dire, même s’il n’y a pas un gros impact sur la population, on l’aura quand même fait... »
Contrat rempli, RPG est aux côtés de ceux qui proposent, ici et là d’animer le territoire, assume des missions d’éducation populaire dans les écoles et dans les quartiers et voit le nombre de ses auditeurs gonfler... La rançon du succès, ceux qui poussent la porte, la mine volontaire et le ton fluet : « j’peux faire une émission sur... » sont, eux, moins nombreux.
« C’est notre première caractéristique, on est ouvert à tous », résume Thibaut qui le répète, la radio a besoin de sang, de voix et de sensibilités neufs. « Pour le conseil d’administration, c’est un truc qui va de soi, RPG est une radio associative locale, il faut que la population écoute mais surtout qu’elle s’exprime. » Media de communication sociale de proximité, RPG se doit, entre autres, de relayer ce qui se passe ici et de faire parler les habitants d’ici, à raison de 4h/jour au fil des informations, des agendas, des rubriques, des émissions...
Sur la forme, une grille hyper fournie et hyper vaste où trouver des reportages sur des sujets graves, pointus, légers, un soir, ce qu’a une association à proposer, le lendemain, du jazz qui n’agressera personne à des choses que certains pourraient qualifier de bruyantes. Mais tout dans ce petit monde, trouve sa place... « C’est aussi ça un média local, tu n’a pas le droit de ne pas en parler sous prétexte que tu ne trouves pas ça intéressant. »

(1) Les pays ayant disparu, Radio pays de Guéret émet sur la quasi-totalité de la Creuse sur 96.5 FM pour peu que le poste soit branché à une bonne antenne, pour le reste, internet, ça marche aussi. Le nom de la radio ne définit pas, non plus, sa zone de service : les membres de l’équipe sont amenés à se rendre aussi bien à Auzances, Chambon qu’à Felletin.
(2) Il y a actuellement trois salariés, Thibaut, Anne-Laure et Swan, et soixante bénévoles y compris personnes morales adhérentes telles que la librairie Au fil des pages, la Métive, Freeswap ou encore le Gang...
(3) L’association sur laquelle repose la radio a été créée, elle, en 2006. Il lui a fallu avant de pouvoir proposer des émissions de radio - et après aussi - jongler avec les contraintes juridiques, financières, temporelles.
 

Pour qui sonne le Gral
Radio pays de Guéret est membre du Gral, groupement des radios associatives libres, composé d’une douzaine de radios réparties sur le Limousin. « C’est une organisation qui permet se partager le gâteau des reportages potentiels », explique Thibaut. « Par exemple, il y a une radio à Magnac-Laval qui intervient dans l’ouest de la Creuse, ils sont à même d’y aller parce qu’ils y sont ancrés. Les reportages sont centralisés à Limoges et rediffusés sur toutes les radios du Gral. Au lieu d’avoir deux reporters locaux, on a 14 reporters régionaux, c’est une grosse force pour la radio. »