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Portraits croisés d’Amérique latine

«festival tango» à l’opéra jusqu’au 20 janvier

A l’Opéra de Limoges, le passage à 2018 se fera en tango et en  cinq temps forts, les 8 et 24 décembre, puis les 6, 9 et 20 janvier. Premier rendez-vous ce vendredi pour un portrait croisé de l’Amérique latine autour des compositeurs Astor Piazzolla,  José Pablo Moncayo-García et deux des compositeurs les plus célè-bres du Mexique, Silvestre Revueltas et Arturo Márquez.
Après les terres froides de la Russie, de la Finlande ou de l’Écosse, ces deux dernières saisons, le climat se réchauffe à l’Opéra qui mettra en scène l’Amérique latine ce mois de décembre et jusque fin janvier. Vendredi, c’est à l’orchestre de l’Opéra sous la direction de Robert Tuohy que revient l’ouverture de ce «Festival Tango» en compagnie de la guitariste Liat Cohen et du bandonéoniste Richard Galliano pour des portraits musicaux croisés d'Amérique latine .
Richard Galliano nous mettra à l’abri d’une Argentine trop touristique : sa vision de Piazzolla est fidèle à l’esprit tango nuevo du compositeur, un tango savant, européen, mais tout aussi féroce et virtuose que l’original.
Il sera accompagné dans ce concerto magnifique de Liat Cohen, pionnière de la renaissance de la guitare classique et de la création contemporaine, au jeu habité, sensuel, délicat, inventif autant que virtuose.
Lors de ce concert, l'Orchestre jouera également sous la direction de son chef Robert Tuohy, de belles pages musicales de trois compositeurs mexicains peu connus : Sylvestre Revueltas, José Pablo Moncayo Garcia, Arturo Marquez,  mais fort talentueux, abordant par là même des musiques métissées des années 50 et 60 et nous permettant d'aborder des rivages colorés et étonnants.
Ce voyage musical permet de s’interroger sur la création musicale dans des contextes politiques pour le moins instables. Les relations sont à double sens : si les régimes politiques peuvent utiliser la musique comme vecteur d’identification nationale, les compositeurs peuvent, ou non, s’appuyer sur les détenteurs du pouvoir ou les dénoncer.
Le tango et le champ politique
Il existe d'étranges liens entre dictature et tango. Juan et Eva Peron, admirateurs de Mussolini, aimaient le tango ; ils ont usé de ses inspirations populaires pour servir leur politique et lui faire courir le risque de devenir art officiel entre 1946 et 1955, âge d'or du tango.
Mais si le tango a été utilisé au service du pouvoir, il n'en a pas moins d'abord et surtout été moyen d'expression des plus déshérités.
Considérée par les classes favorisées comme une musique «vulgaire», elle dit la nostalgie des immigrants italiens, espagnols, allemands, français, juifs entassés dans les conventillos, qui avaient eu l'illusion d'une vie meilleure en Amérique, la souffrance de la population locale miséreuse. Le péronisme s'en est servi, parce qu'il se voulait populiste, et la dictature de droite qui a détrôné Peron l'a interdit et a failli réussir à le faire disparaître. Après le coup d'état de 1955, les artistes s'exilent. De 1955 à 1983, il était impossible d'apprendre à danser le tango en dehors des lieux underground.
Piazzolla, inventeur du Nuevo Tango, compose des années 1940 à 1990. Il traverse au moins trois régimes politiques différents, du péronisme à la démocratie, en passant par la dictature des généraux, sans paraître s’en soucier, préoccupé par le seul devenir de sa musique. On le lui reprochera. Habile aux synthèses des différentes sources musicales, novateur et même «révolutionnaire» par sa musique, il élève le tango au rang de la musique classique et universelle.

Soirée «Portraits croisés d’Amérique Latine» Opéra, vendredi 8 décembre à 20h.
- à 18h30, «le Conservatoire en prélude» au foyer du public de l’Opéra de Limoges.
- à 22h after électro : soirée électro tango au foyer du public de l’Opéra de Limoges.

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