Zébrures d’automne : un joyeux bordel !

Dans le cadre d’une collaboration entre le festival des Francophonies 2019 / Zébrures d’Automne et l’Opéra de Limoges la danseuse / chorégraphe Chantal Loïal présentait sa nouvelle création, «Cercle égal demi cercle au carré» samedi dernier.

Loïal a quitté sa Guadeloupe natale pour Paris à l’âge de 8 ans, depuis elle s’est attachée, surtout parisienne, à revenir à ses racines et à multiplier les hybridations (Caraïbes, Martinique, Guyane, Cameroun, Gabon) à l’image de ses danseurs, tout en décapant et promouvant la culture créole des Caraïbes. Le titre de sa chorégraphie qui mélange les traditions de la danse, du chant et du conte tout en les saupoudrant de « danses urbaines » contemporaines (hip-hop, break, voguing) est sensé évoquer le quadrille, danse traditionnelle antillaise. Son spectacle se propose, comme « On t’appelle Vénus » qui l’a précédé, de se heurter « aux codes d’une esthétique blanche héritée des colons et des anthropologues ». Ce n’est pas un hasard si la chorégraphe guadeloupéenne avait choisi alors pour cause celle de la Vénus hottentote : elle-même a eu à affronter les regards que ses proportions de vénus callipyge ont provoqués. Rarement avait-on vu sur la scène de l’Opéra autant de frétillements de croupions de poules et de croupes de chevaux, les deux références animales du spectacle de ce samedi. Au-delà du déni de masculinité – les hommes sur scène sont affublés de coiffes féminines guadeloupéennes ; le danseur principal affecte des poses, genre mannequin de mode, affublé de talons hauts –, c’est évidemment la cause féminine qui est mise en avant avec force coups de rein et ondulations de ventre, au sons de rythmes éminemment entraînants. «C’est le bordel» affirme à moment donné une des danseuses. Un bordel certes, mais un joyeux et envoûtant bordel au point qu’à la fin du spectacle (voir image) la chorégraphe entre sur scène avec sa troupe et parvient à entraîner toute la salle dans l’énergie de sa danse de vie. Une seule petite ombre au tableau a peut-être consisté en une remarque finale, reprise avec sympathie ou veulerie suivant les récepteurs, un tiers humoristique, un tiers ironique, et un tiers cynique sur les financements, essentiellement des financements publics, qui la font vivre. En tout état de cause un spectacle divertissant, chargé d’énergie positive, exécuté par des danseurs et musiciens de talent.

Bruno Chalifour

 

Le programme d’aujourd’hui

Aujourd’hui tables rondes 9h - 17h : entrée libre.

Les journées du pôle francophone : 2e rencontre des acteurs de la francophonie : «Les Français pensent-ils francophone ?». Marionnettes 10h et 14h30 : «The puppet-show man» Théâtre Expression 7.

Jeux 15h - 18h : avec la ludothèque «la Cité des jeux». Théâtre 18h : bord de scène à l’issue de la représentation

«Étranges étrangers».

La caserne Marceau, 64, rue Armand-Barbès, accueille les festivaliers, publics et artistes, tous les jours de 10h à minuit. Restaurant ouvert au public tous les jours de 12h à 14h et de 19h à 23h30. Librairie-tartinerie des territoires ouverte tous les jours de 11h à 20h sous le chapiteau.

Renseignements : 05.55.10.90.10.

Réservations et locations : 05.55.33.33.67

www.lesfrancophonies.fr

 

Photo : «Cercle égal demi cercle au carré», un bon moment.